
CEUX QUI COMPTENT, réalisé par Jean-Baptiste Leonetti, disponible en DVD le 7 août 2026 chez UGC.
Acteurs : Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labeque, Frans Boyer, Alexis Rosenstiehl, Melissa Izquierdo, Alma Ngoc, Kevin Marvinio, Anne-Lise Zanidache…
Scénario : Jean-Baptiste Leonetti
Photographie : David Nissen
Musique : Fred Avril & Pierre Lottin
Durée : 1h34
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Rose élève seule ses trois enfants dans son hôtel restaurant qu’ils sont obligés de squatter parce que la banque l’a saisi. Pour nourrir sa famille, elle doit voler dans les supermarchés. Le jour où elle se fait prendre, elle est secourue par Jean, un solitaire désabusé qui vit en ermite dans sa camionnette. Il ne pensait pas que ce geste de compassion allait chambouler son existence tranquille, car Rose a encore besoin de lui pour se faire passer pour son mari aux yeux des services sociaux…

Remarqué en 2011 avec son ambitieux premier long-métrage, Carré Blanc, inspiré de l’univers de George Orwell, Jean-Baptiste Leonetti avait été tout de suite repéré par Hollywood. Cela lui a valu d’être dépêché outre-Atlantique pour diriger rien de moins que Michael Douglas dans Hors de portée – Beyond the Reach, adaptation de la nouvelle Deathwatch de Robb White. Après, dix ans ont passé, durant lesquels le réalisateur avait plus ou moins disparu. Le premier sursaut pour le cinéma arrive en 2023 avec le court-métrage Tondex 2000, récompensé plus d’une vingtaine de fois dans divers festivals. 2026, retour au long-métrage avec Ceux qui comptent, pour lequel s’octroie le talent de Sandrine Kiberlain et celui de Pierre Lottin, comédie dramatique qu’il écrit et met en scène donc. Étonnant de le retrouver aux manettes d’un tel film, qui s’apparente à une première œuvre, comme si Jean-Baptiste Leonetti souhaitait retrouver la fraîcheur de ses débuts, ou tout du moins repartir sur de nouvelles bases. Ceux qui comptent ne révolutionne sans doute rien, mais repose sur l’alchimie de ses deux acteurs principaux, eux-mêmes solidement épaulés par les trois jeunes acteurs qui campent les enfants de la première. Nous retiendrons d’ailleurs la prestation d’Alexis Rosenstiehl, grande découverte de Juste une illusion du duo Nakache & Toledano, que l’on devrait revoir et qui semble destiné à une belle carrière. Même chose en ce qui concerne Louise Labèque, qui a déjà une filmographie plus conséquente (Roulez jeunesse, Zombi Child, Coma, En thérapie, Toni en famille), assurément l’un des espoirs de demain. Tout ce beau petit monde semble prendre beaucoup de plaisir à se renvoyer la (belle) réplique et Ceux qui comptent fait partie de ces jolis films qui n’en finissent pas de trotter en tête bien après la projection.


Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Elle campe avec ses trois enfants à l’étage de l’hôtel de famille qui ne leur appartient plus, et non, ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés. C’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va très vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Ensemble, tout va devenir possible.


On retrouve cette façon de filmer les décors comme s’il s’agissait d’un film presque fantastique. C’était déjà le cas dans Carré Blanc, ça l’est encore pour Ceux qui comptent en ce qui concerne les scènes qui se déroulent dans l’hôtel où la famille de Rose a trouvé refuge. Des couloirs, des moquettes et des papiers peints qui font évidemment penser à Shining, même si ce qui se déroule n’a à priori rien d’effrayant. C’est dans cet établissement coincé entre diverses époques que les personnages vont faire plus ample connaissance et s’apprivoiser. Entre Rose, montée sur ressorts, débit à la mitraillette, et Jean, au ralenti, qui semble revenu de tout malgré son jeune âge et qui n’aspire qu’à la tranquillité dans son van où il fait chauffer ses raviolis en boîte, la rencontre était improbable.


Il aura seulement suffi que Rose tente de voler un charriot rempli de bouffe (dont beaucoup de bio, faut pas déconner) et se fasse prendre à la sortie d’un magasin, pour que Jean lui vienne en aide…et qu’ils ne se quittent plus. Même si à ce jeu-là, c’est Rose qui revient sans cesse vers Jean, qui au départ ne veut rien savoir, ni rien entendre. Rose a ses raisons, que Jean apprendra très vite.


Là-dessus, Jean-Baptiste Leonetti s’amuse à mettre ses protagonistes dans quelques situations invraisemblables, ce qu’il fait d’ailleurs dès la scène d’exposition, qui n’a rien de réaliste, tout comme plus tard celle où la bande essaye de berner une assistante sociale, génialement campée par Melissa Izquierdo, la véritable compagne de Pierre Lottin. Sandrine Kiberlain a toujours été merveilleuse dans la comédie et son jeu rappelle ici celui de Catherine Deneuve dans les années 1970-80, époque Le Sauvage ou Courage fuyons. Si Ceux qui comptent n’est pas exempt d’émotions, loin de là, mais ce serait trop en dire, le réalisateur trouve le parfait équilibre, convoque le burlesque et le drame social, le tout teinté de romanesque. La vie ne fait pas de cadeau, mais le cinéaste montre que l’être humain possède suffisamment de ressources, non pas pour s’adapter, car ce serait accepter la situation, mais au contraire pour résister encore et toujours face à la société hostile.


On ne s’ennuie pas une seconde devant Ceux qui comptent et on s’attache beaucoup à cette bande de Pieds Nickelés, en se demandant ce qu’ils ont bien pu « devenir ». Signe de la réussite de ce second film de Jean-Baptiste Leonetti, qui on l’espère ne mettra pas plus de dix ans avant son prochain opus.


LE DVD
Après un beau succès dans les salles (avec près de 350.000 entrées), Ceux qui comptent a déboulé dans les bacs, uniquement en DVD chez UGC. Le visuel de la jaquette, glissée dans un boîtier Amaray classique, reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément.
L’Image et le son
Point d’édition Blu-ray, mais un beau DVD pour Ceux qui comptent. Le master est soigné avec des contrastes élégants, à part peut-être durant les séquences sombres où l’image paraît plus douce et moins affûtée, mais cela demeure franchement anecdotique. La clarté est frappante, le piqué vif, les gros plans détaillés et la colorimétrie reste chatoyante, riche et bigarrée.

Ceux qui comptent n’est pas à proprement parler d’un film à effets, mais la piste Dolby Digital 5.1 parvient à distiller ici et là quelques ambiances. La plupart des séquences reposent sur les dialogues et le mixage se concentre souvent sur les enceintes avant. La spatialisation est essentiellement musicale, les effets latéraux sont rares. Même chose pour la piste Stéréo, amplement suffisante pour un film de cet acabit. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Julien Panié / LES FILMS DU 24 – FRANCE 2 CINÉMA / UGC / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
