Test Blu-ray / Provincia violenta, réalisé par Mario Bianchi

PROVINCIA VIOLENTA réalisé par Mario Bianchi, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Calogero Caruana, Antonella Dogan, Alicia Leoni, Spartaco Battisti, Al Cliver, Richard Harrison, Simonetta Marini, Daniela Codini…

Scénario : Mario Bianchi

Photographie : Umberto Galeassi

Musique : Stelvio Cipriani

Durée : 1h20

Date de sortie initiale : 1978

LE FILM

Franco Sereni, capitaine de carabiniers, est démis de ses fonctions pour avoir défendu « la loi des armes ». Il est chargé de mener une enquête privée sur plusieurs cas de chantage de femmes fortunées. Sereni découvre bientôt qu’il y a bien plus que cela.

Il y a un peu plus d’un an, nous parvenions à défendre L’Enfant de Satan – La Bimba di Satana (1977), réalisé par Mario Bianchi (1939-2022) et ce malgré ses défauts apparents. Ce ne sera pas le cas pour Provincia violenta (1978), dernier baroud d’honneur du metteur en scène dans le genre poliziottesco, qui commençait d’ailleurs sérieusement à battre de l’aile à la fin des années 1970. Rien, absolument rien ne fonctionne dans cet opus qui sent le réchauffé, qui est moche à regarder, pénible à suivre et interprété par des comédiens dépourvus du moindre charisme. C’est bien simple, on a l’impression que tous se sont donné rendez-vous afin d’offrir au public ce qui pouvait se faire de pire dans le genre, en espérant pouvoir ainsi se démarquer du tout-venant. Écrit et mis en scène par Mario Bianchi, avant qu’il prenne les pseudos de Jim Reynolds, Arthur Wolf, Mark B. Light, Nicholas Moore, Martin White et bien d’autres pour signer des œuvres aux titres aussi explicites que Francesca: Sinfonia anale, Doppio contatto anale, La clinica delle ispezioni anali), Provincia violenta devient une comédie involontaire, qui rappelle un épisode de Derrick, tant sur le fond que sur la forme. Pris ainsi, ce « thriller » fauché, extrêmement maladroit, neurasthénique et aux couleurs aussi éteintes que les papiers peints et la moquette murale qui ornaient les murs remplit son contrat et fera le bonheur des adeptes de mauvais films sympathiques.

Le capitaine des carabiniers Franco Sereni — souvent réprimandé pour ses méthodes trop violentes — décide de démissionner après que son supérieur lui a conseillé de prendre congé. Peu après, lorsqu’il est contacté par son amie Nadia, qui se tourne vers lui pour sortir d’un monde interlope, il se retrouve à enquêter sur un réseau de chantage louche contre de riches clientes de salons de beauté, qui sont droguées puis photographiées dans des positions compromettantes. Cependant, les enquêtes de Sereni seront contrecarrées par Righi, le commissaire local, qui est corrompu et au service d’un parrain local de la mafia. Sereni est capturé par le parrain, mais parvient à se sauver grâce à l’intervention de la police, appelée au dernier moment par l’une des filles victimes de chantage.

« Je suis allée voir un polar italien. J’en peux plus de ces films, ils se ressemblent tous ! » (extrait de Provincia violenta)

Il n’a pas l’air comme ça quand on le voit ce fameux Franco Sereni, mais il est brutal. Ce dernier est interprété par un certain Calogero Caruana, dont la tronche rappelle un peu celle de notre Maurice Barrier à nous. Complètement improbable dans la peau du mec qui fait sa loi avec ses propres méthodes, le sieur Calogero se croit en apesanteur, fait ce qui lui chante et se retrouve souvent seul face à la mer. On vous laisse une minute. Vu en second voire en troisième couteau chez Sergio Martino, Michele Lupo, Alfonso Brescia et bien d’autres, le comédien semble lui-même ne pas croire à son personnage et encore moins à sa capacité de l’incarner. Aucune de ses scènes ne tombe juste, et on ne peut s’empêcher de rire quand il commence à donner du coup de pied ou quand il s’énerve avec ses petits poings serrés.

Provincia violenta apparaît la même année qu’Un flic explosif et Magnum Cop de Stelvio Massi, de Diamants de sang de Fernando Di Leo, d’Un flic de charme de Francesco prosperi, autant dire des polars plus « sexy », bien mieux dirigés et surtout campés par des acteurs bien plus convaincants. Au rayon « p’tites pépées » venues ici pour se dénuder, ce n’est guère reluisant non plus, quand bien même le réalisateur nous impose constamment la petite boulotte à la moue boudeuse Simonetta Marini, dont il s’agit de la quatrième et ultime apparition au cinéma. Antonella Dogan (vue dans Histoire d’aimer de Marcello Fondato) et Alicia Leoni (inconnue au bataillon) s’en sortent mieux et par ailleurs, s’avèrent plus à l’aise que leurs partenaires masculins qui rivalisent de grimaces et de surjeu éhonté.

Cela partait bien pourtant, avec une course-poursuite qui démarre d’entrée de jeu entre des braqueurs et des flics, tandis que la musique de Stelvio Cipriani (Un flic voit rouge, L’Avion de l’apocalypse, Section de choc) se lance aussi sur les chapeaux de roues, avant que notre cher Franco débarque et mette une balle dans la tête à tous. Il faut dire que face à tous ces vols, ces casses, ces enlèvements et de multiples chantages, mieux vaut utiliser des méthodes expéditives et éviter d’aller jusqu’au procès. Mais cela ne plaît pas forcément à tout le monde et sûrement pas à ses supérieurs qui le mettent sur la touche pendant six mois. Franco préfère démissionner. C’était sans compter sur une histoire de drogue, d’hôtel particulier, d’orgies sadiques qui vont vite le rattraper et énerver l’ancien carabinier au regard tristoune qui n’a d’égal que celui de Calimero. « C’est vraiment trop inzuste ! » se dit-il, avant d’aller défendre la veuve et l’orphelin.

Ah si, on peut tout de même sauver la participation d’Al Cliver (L’Enfer des zombies, L’au-delà) dans le rôle du tueur impitoyable, mais si vous désirez faire une rétrospective « Violenta » (Roma violenta, Napoli violenta, Milano violenta, Torino violenta), vous pouvez largement vous passer de cette province…Ou alors pour rendre un dernier hommage à Richard Harrison, qui vient de nous quitter à l’âge de 90 ans et qui se demande lui-même ce qu’il fait dans le film de Mario Bianchi. Peut-être l’a-t-il produit en fait…

LE BLU-RAY

Même les séries Z ont le droit au tapis rouge ! Le Chat qui fume met les mauvais plats dans les grands avec cette sortie HD de Provincia violenta. Le Blu-ray repose dans un boîtier Scanavo. Le visuel de la jaquette est attractif pourtant…le verso fait honneur aux gants de toilette de Simonetta Marini (normal, elle prend un bain), mais non, cela ne sauve pas le film. Le menu principal est animé et musical.

Aux côtés de la bande-annonce (qui dévoile toute l’histoire), l’éditeur propose un entretien avec Alicia Leoni (10’40). Ayant à peine une dizaine de films à son actif (Le Harem de Néron), l’actrice évoque brièvement son parcours et sa rencontre avec Richard Harrison, qui avait joué (et parfois produit) dans plusieurs films dans lesquels elle jouait (Clouzot & C. contro Borsalino & C., Dört Hergele, Anasinin Gözü, Yankesici), y compris diverses et obscures productions turques, et qui l’a plus ou moins imposé dans Provincia violenta. Les drastiques conditions de tournage, la difficulté de tourner les scènes de nu, les rapports avec Mario Bianchi (« un réalisateur très méticuleux avec ses acteurs ») sont les sujets abordés. Alicia Leoni indique aussi, avec le sourire, qu’il manque à ce film « une bonne mise en scène ».

L’Image et le son

Ce master HD permet de (re)découvrir Provincia violenta (inédit dans les bacs) dans de bonnes conditions techniques. L’image est immaculée, mais point de miracle concernant la photo de Umberto Galeassi qui demeure peu avenante en Blu-ray (1080p). Il n’y a pas à dire, certains papiers peints restent affreux en Haute Définition. La stabilité est de mise grâce à un codec AVC de bon aloi, la clarté est agréable, les contrastes ont visiblement été revus à la hausse. Il en est de même pour le piqué, probablement inédit et ciselé aux moments opportuns, le grain est relativement bien géré et la texture plutôt agréable. Notons tout de même que les séquences tournées en extérieur sont celles qui profitent le plus de cette élévation HD.

Seule la version originale est disponible, le film n’étant jamais sorti dans nos contrées. La piste italienne est suffisamment dynamique et les effets convaincants, sans oublier l’entêtante composition de Stelvio Cipriani qui tire son épingle du jeu.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Rewind / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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