Test DVD / Sukkwan Island, réalisé par Vladimir de Fontenay

SUKKWAN ISLAND réalisé par Vladimir de Fontenay, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Swann Arlaud, Woody Norman, Alma Pöysti, Ruaridh Mollica, Tuppence Middleton, Maria Arlén Larsen…

Scénario : Vladimir de Fontenay, d’après le roman de David Vann

Photographie : Amine Berrada

Musique : Jeremy Villecourt & Florent Chronie-De Maria

Durée : 1h50

Année de sortie : 2026

LE FILM

Tom emmène son fils de treize ans vivre une année sur une île isolée dans le Grand Nord. Ce retour à la vie sauvage au cœur d’une nature majestueuse leur permet de se retrouver. Mais les conditions extrêmes et l’isolement mettent leur relation à l’épreuve.

En fait, le film de Vladimir de Fontenay est la seconde adaptation du roman de David Yann, Sukkwan Island, publié en France en 2010, transposé en roman graphique cinq ans plus tard par Ugo Bienvenu. Il aura fallu attendre 2026 pour que la version cinématographique du Prix Médicis étranger 2010 débarque sur les écrans. Le réalisateur, déjà remarqué en 2018 avec son premier long-métrage Mobile Homes (3 ans après avoir co-mis en scène Memoria avec Nina Ljeti), dans lequel il dirigeait Imogen Poots et Callum Turner, s’empare du livre et se l’approprie en évoquant à nouveau la question de la parentalité. Là où son personnage principal féminin hésitait entre être libre et être responsable en acceptant sa condition de mère, Sukkwan Island, dont le roman original était dédié au père de l’auteur, qui avait mis fin à ses jours à l’âge de 40 ans, se penche sur la paternité. Après plus de trois ans de recherches, Vladimir de Fontenay et son équipe se sont envolés au nord de la Norvège, au-delà du cercle polaire, pour y isoler ses deux comédiens principaux, merveilleusement incarnés par Swann Arlaud et Woody Norman, où les personnages apprennent à se connaître dans des conditions extrêmes, au milieu de nulle part. À la fois récit autobiographique et projection fantasmée de « ce qui aurait pu se passer si… », l’histoire originale de Sukkwan Island permet au cinéaste d’approfondir certains thèmes personnels, tout en démontrant sa virtuosité technique, son film étant d’une beauté de tous les instants. Largement plébiscité dans de nombreux festivals internationaux, y compris aux États-Unis (Sundance, San Francisco), Sukkwan Island, intégralement tourné en anglais (à quelques exceptions près), confirme le grand talent de Vladimir de Fontenay, qui détient désormais les clés pour se retrouver à la barre d’une production hollywoodienne. On mise sur lui.

Roy débarque dans une petite ville du sud de l’Alaska, où il retrouve Anna, pilote d’hydravion. Elle l’emmène au chalet, sur Sukkwan Island, où son père Tom, décédé il y a 10 ans, l’avait convié à passer un an avec lui, alors qu’il avait tout juste 13 ans. Il souhaite en effet voir le chalet avant qu’il ne soit détruit…

Décidément, s’il y a un bien un acteur français qui épate systématiquement et ce dans n’importe quel registre, c’est Swann Arlaud. Celui-ci n’a pas chômé depuis son envol au mitan des années 2000, enchaînant les apparitions chez Yves Angelo, Daniel Duval, Rebecca Zlotowski, Jean-Pierre Améris, Arnaud des Pallières…2017, changement de braquet, son intense interprétation dans Petit paysan d’Hubert Charuel lui vaut la récompense suprême, le César du meilleur acteur. Depuis, l’acteur a encore accéléré la cadence. Il était à l’affiche de quatre longs-métrages en 2025, et non des moindres, L’Étranger de François Ozon, L’Inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier, La Condition de Jérôme Bonnell, Sukkwan Island de Vladimir de Fontenay donc, mais prêtait aussi sa voix dans l’acclamé Arco d’Ugo Bienvenu, le même qui s’était déjà emparé du livre de David Yann il y a dix ans. La boucle est comme qui dirait bouclée.

Swann Arlaud, en anglais dans le texte s’en tire formidablement et crève l’écran une fois de plus dans la peau de ce père au bord du gouffre, qui tente de (re)nouer de nouveaux liens avec son fils, qu’il ne connaît quasiment pas et qu’il a abandonné alors qu’il était encore bébé. Ce dernier est interprété par l’épatant Woody Norman, révélé dans La Maison du mal de Samuel Bodin et Nos âmes d’enfants – C’mon C’mon de Mike Mills, dans lequel il donnait la réplique à Joaquin Phoenix. Passant les trois-quarts du film face-à-face, les deux acteurs rivalisent de puissance, de charisme et d’intensité durant les quasi-deux heures de Sukkwan Island, plongée intimiste et hypnotique dans un milieu hostile, où les décors sauvages reflètent les états d’âme des personnages.

On est subjugué par la beauté incandescente de la photographie signée Amine Berrada (Les Meutes de Kamal Lazrak), par celle des paysages naturels, par le visage taillé à la serpe de Swann Arlaud, par l’innocence de Roy, qui va laisser place petit à petit à la peur, à la rébellion, à la résignation, avant d’entrer malgré lui dans l’impitoyable monde adulte. Sukkwan Island est une œuvre impressionnante, qui aurait pu se passer des cartons explicatifs (comme si le réalisateur n’avait pas eu confiance en sa propre narration) et qui aurait sans doute gagné à être resserrée, une impression de ventre mou se faisant alors ressentir à mi-parcours, mais le résultat final est là, indéniable, le film est fulgurant, marquant et extrêmement prometteur.

LE DVD

18.000 entrées pour Sukkwan Island…C’est peu (euphémisme), mais le film de Vladimir de Fontenay mérite une seconde chance et heureusement, celui-ci est désormais disponible en DVD chez Blaq Out. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Et pour en savoir plus, dirigez-vous immédiatement sur l’interview du réalisateur, proposée en bonus (25’). Vladimir de Fontenay revient sur la genèse du projet, née de sa découverte du roman de David Yann, que sa famille avait lu avant lui et qui lui avait conseillé de s’y plonger à son tour. Après avoir obtenu les droits (on vous laisse le plaisir de découvrir comment), Vladimir de Fontenay indique avoir rencontré David Yann, qui lui avait avoué que le point de départ de son ouvrage était autobiographique. Son père, avec lequel il n’entretenait aucun rapport, lui avait demandé de l’accompagner pour le même voyage décrit dans le film. Sauf que David Yann avait refusé la proposition. Peu de temps après, son père se suicidait. L’écrivain devait alors imaginer, plus tard, ce qui serait advenu s’il avait accepté de suivre son père durant cette année. Là-dessus, Vladimir de Fontenay explique comment il s’est lui aussi emparé de l’histoire originale. L’adaptation, les conditions et les lieux de tournage, l’implication des acteurs, le casting sont autant les sujets abordés au fil de cet entretien passionnant, parfois illustré par des photos et des images de plateau.

L’Image et le son

Que dire si ce n’est que nous nous trouvons devant une remarquable copie Standard, qui nous fait sincèrement regretter de ne pas bénéficier de Sukkwan Island en HD ! Dès la première séquence, ce DVD en met plein la vue et permet d’apprécier la superbe photographie ainsi que les extraordinaires paysages naturels. Le piqué est constamment ciselé, la luminosité chronique (mention spéciale à la neige immaculée) et les détails omniprésents aux quatre coins du cadre. Les contrastes affichent également une solidité à toutes épreuves sur les scènes nocturnes et diurnes, le relief est indéniable, la colorimétrie est glacée à souhait. Un disque de très grande classe.

Le mixage Dolby Digital 5.1 est très souvent bluffant. Le spectateur est happé dans l’histoire grâce au soutien constant des enceintes latérales qui environnent l’audience avec de multiples ambiances naturelles. Les voix sont solidement ancrées sur la centrale, la balance frontale est dynamique. D’une précision sans faille, dense, dynamique, le confort acoustique est largement assuré. Présence d’une piste Stéréo, également de fort bon acabit, mais forcément moins enveloppant.

Crédits images : © Blaq Out / Haut et Court / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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