
LA CONDITION réalisé par Jérôme Bonnell, disponible en DVD et Blu-ray le 7 avril 2026 chez Diaphana.
Acteurs : Swann Arlaud, Galatea Bellugi, Louise Chevillotte, Emmanuelle Devos, Pierre Philippe, Aymeline Alix, François Chattot, Camille Rutherford, Jonathan Couzinié…
Scénario : Jérôme Bonnell, d’après le roman de Léonor de Récondo
Photographie : Pascal Lagriffoul
Musique : David Sztanke
Durée : 1h39
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Nous sommes au début du vingtième siècle. Céleste est bonne chez un couple de bourgeois à la campagne. Dans cette maison quelque peu étouffante tenue par André, notable respecté et se voulant respectable, se joue un jeu de pouvoir dont les femmes font les frais. Par un biais inattendu, Victoire, la femme d’André, et Céleste, vont être amenées à se rapprocher…

À l’occasion de la sortie de Chère Léa en DVD & Blu-ray en avril 2022, l’auteur de ces mots rédigeait une déclaration d’amour au cinéma de Jérôme Bonnell. Quatre ans plus tard, pour l’arrivée de La Condition dans les bacs, les mots pourraient être les mêmes. Ce huitième long-métrage aura permis au réalisateur de se refaire une petite santé après l’échec de son précédent film, passé inaperçu avec seulement 44.000 entrées. La Condition est l’adaptation libre – une première pour Jérôme Bonnell – du roman Amours de Léonor de Récondo, magnifique manifeste féministe porté par la grâce de ses trois acteurs principaux, Swann Arlaud, Galatéa Bellugi et Louise Chevillotte. Ce drame en costumes, jamais poussiéreux, mais au contraire furieusement moderne, rend compte encore et toujours de l’inspiration sans limite du cinéaste quand celui-ci prend les femmes comme héroïnes de ses histoires. L’auteur du Chignon d’Olga (2002), des Yeux clairs (2010), de La Dame de trèfle (2010), sans oublier les merveilleux Le Temps de l’aventure (2013) et À trois on y va (2015), se penche sur la relation tumultueuse et surtout violente entre les personnages, en mettant en relief la « bonne conscience » masculine qui dissimule en réalité une agressivité permanente, qui se déchaîne sur les femmes, qui quant à elles doivent accepter d’être dominée, d’être au service, soumise aux pulsions, au désir de ces messieurs. Jérôme Bonnell s’intéresse aux rapports de pouvoirs et donc à l’opposition des sexes, en s’attachant ici à deux femmes opposées sur le plan social, qui contre toute attente réussissent à s’unir face au même croque-mitaine, magistralement interprété par l’immense Swann Arlaud, qui signe une fois de plus une prestation digne de tous les éloges. Assurément, La Condition est un sommet dans la carrière de Jérôme Bonnell, et disons-le, un de ses chefs d’oeuvre.


1908. Céleste est une jeune bonne discrète qui travaille chez Victoire et André (riche notaire installé). Victoire, l’épouse d’André, est une bourgeoise qui s’interroge sur sa condition et les attentes de son milieu. Malgré tout ce qui les oppose, les deux femmes vont tisser un lien inattendu, bravant ainsi les conventions et les non-dits d’une société austère. Victoire et André font chambre à part. L’entourage espère un enfant pour Victoire et André. Céleste tombe enceinte d’André. Ne pouvant avorter, un accord est trouvé entre Victoire, Céleste et André pour garder l’enfant. André ne devra plus s’approcher du lit de Victoire. Félix, un garçon naît. Victoire et Céleste, secrètement, se rapprochent. Elles se soutiennent quand André fait preuve d’agressivité. André, par le chantage, retrouve sa position au sein du couple et souhaite éloigner Céleste.


Nous sommes dans ce qu’on peut aisément qualifier de qualité à la française. Jérôme Bonnell, n’a jamais aussi bien lié le fond avec la forme. On est tout d’abord subjugué par l’incommensurable beauté de la photographie signée Pascal Lagriffoul, complice du réalisateur depuis ses débuts, qui dévoile les personnages tapis ou réfugiés dans l’ombre, attendant de sauter sur ses proies pour le premier, ou désirant échapper à celui-ci pour les deux autres. Victoire, qui fait ce qu’elle peut pour « incarner » la femme modèle, n’arrive pas à avoir d’enfant et peine à satisfaire son époux André, qui sous ses dehors bien propres et bourgeois, cache en fait une personnalité double et dangereuse. Frustré, celui-ci se tourne vers la jeune bonne Céleste, qui se tait, subit en silence. Jusqu’au jour où celle-ci tombe enceinte. Un marché inattendu va être conclu pour étouffer cette histoire et les deux femmes, que tout sépare, mais qui vivent sous le même toit, vont alors défier les conventions et les non-dits.


C’est là que La Condition, huis clos oppressant, devient aussi tendu qu’un thriller. Le spectateur a peur pour ces deux femmes et chaque apparition de Swann Arlaud s’accompagne d’un sentiment de stress. Galatéa Bellugi (Chien de la casse, L’Apparition, Keeper), qui chose amusante avait commencé sa carrière à l’âge de sept ans dans Les Yeux clairs de Jérôme Bonnell, et Louise Chevillotte (Le Tableau volé, Un silence, Benedetta) crèvent l’écran de leur talent, de leur beauté, de leur charisme et aussi de leur évidente alchimie. Mention spéciale à Emmanuelle Devos, une des actrices fétiches de Jérôme Bonnell, impériale dans la peau de la mère d’André, qui après une attaque ne peut exprimer sa mauvaise humeur (euphémisme) qu’en écrivant sur une ardoise.


Certes, André possède un lourd passif, il ne sait pas la véritable identité de son père (si celui-ci appartient au monde de la bourgeoisie ou à celui des petites gens), mais cela n’excuse en rien son comportement et ses agissements. C’est juste que la vie a fait de lui un monstre irrécupérable, mais à visage humain et bien sous tous rapports.


Suprêmement élégant, délicat, à fleur de peau, mais aussi sanguin et romanesque, La Condition foudroie chaque seconde. Incompréhensible que le film n’ait reçu qu’une seule nomination (pour ses costumes) aux César en 2026. Espérons que le public découvre en masse ce drame aux résonances forcément contemporaines.
Pour Vanessa.


LE BLU-RAY
167.000 spectateurs auront eu la bonne idée d’aller découvrir La Condition dans les salles. Les autres pourront compter sur le DVD ou le Blu-ray édités par Diaphana. Le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Au rayon bonus, nous trouvons tout d’abord 5 scènes coupées au montage, disponibles avec en option le commentaire de Jérôme Bonnell (6’15). Le réalisateur indique que ces scènes, qui prolongeaient le quotidien des personnages dans la grande demeure, ont été mises de côté, en raison de leur redondance ou tout simplement pour des questions de rythme. On retiendra notamment un dernier hommage d’André à sa mère, après leur dernière altercation. On apprend aussi qu’Emmanuelle Devos a appris à écrire de la main gauche pour ce film, étant donné que son personnage ne parvient à s’exprimer qu’en écrivant ainsi sur une ardoise.







Puis, nous passons à un entretien croisé de Jérôme Bonnell (seul en piste) et des deux comédiennes principales Galatea Bellugi et Louise Chevillotte (ensemble), enregistrées à l’occasion de la présentation en avant-première de La Condition au Festival du film francophone d’Angoulême (21’). Le cinéaste évoque sa découverte du roman Amours de Léonor de Récondo, son adaptation (et donc sa trahison, en l’accord avec l’autrice), les changements apportés par rapport au livre (le personnage de la mère est une création, la fin a été changée), la longue phase du montage (« qui a été long et difficile, mais passionnant »), les thèmes qu’il a voulus aborder, son travail avec les comédiens. Les deux actrices parlent des conditions de tournage, de la psychologie des personnages, de leurs partenaires Swann Arlaud et Emmanuelle Devos. Jérôme Bonnell clôt cette interview en déclarant que le film a été tourné en seulement six semaines, mais qu’à l’avenir, il souhaiterait avoir « un peu plus de liberté ».

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
Diaphana sort l’un de ses titres forts en HD, La Condition. Ce master HD s’en tire avec une grande élégance, avec une superbe restitution de la photo riche et disons-le somptueuse du chef opérateur Pascal Lagriffoul, alliant les teintes chaudes et ambrées avec les gammes plus froides et éthérées des extérieurs. Le piqué est acéré comme la lame d’un scalpel, y compris sur les plans plus sombres, les détails sont riches aux quatre coins du cadre, ainsi que sur les visages des comédiens, la gestion des contrastes est solide, les scènes en extérieur diurnes sont magnifiques et dignes du support.

Le mixage français DTS HD Master Audio 5.1 propose une plongée intimiste dans l’histoire de La Condition, en usant avec parcimonie des ambiances latérales et une délivrance saisissante des dialogues sur la centrale. La musique jouit d’une jolie spatialisation, quelques effets naturels sont mis en valeur. Une piste Stéréo est aussi présente. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste Audiodescription sont aussi au programme.


Crédits images : © Diaphana / Line Nieszawer / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
