Test Blu-ray / Animal Totem, réalisé par Benoît Delépine

ANIMAL TOTEM réalisé par Benoît Delépine, disponible en DVD & Blu-ray le 10 avril 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Samir Guesmi, Olivier Rabourdin, Solène Rigot, Gérard Boucaron, Patrick Bouchitey, Jonas Dinal, Marguerite Ducroquet, Harpo Guit, Pierre Lottin, Marion Martel…

Scénario : Benoît Delépine

Photographie : Hugues Poulain

Musique : Sébastien Tellier

Durée : 1h29

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien, et sans empreinte carbone, une mystérieuse mission.

Première infidélité en plus de vingt ans de carrière cinématographique ! Les anciens comparses de Groland, Benoît Delépine et Gustave Kervern, c’est globalement une dizaine de longs-métrages qui sont quasiment tous devenus cultes. Aaltra, Avida, Louise-Michel, Mammuth, Le Grand Soir, Saint Amour, I Feel Good et bien d’autres. Il fallait bien que cela arrive un jour, après un nouveau projet avorté, les deux metteurs en scène ont décidé de vaquer (le temps d’un film) à leurs occupations personnelles. Ainsi, Benoît Delépine se retrouve seul à la barre d’Animal Totem, un nouveau road-movie atypique, quasi-inclassable, à la limite du western, tourné l’été 2024 dans les Hauts-de-France, région natale du réalisateur, autour d’Amiens. Animal Totem va de rencontre de rencontre, comme si le personnage principal, impeccablement campé par l’excellent Samir Guesmi (Au nom de la terre, Camille redouble), débarquait de nulle part, au beau milieu des champs, chargé d’une mission secrète, comme un étrange mélange entre Monsieur Hulot et James Bond. Son but se dévoile petit à petit, certains diront « tout ça pour ça » sûrement, mais le plus important est le voyage, pas la destination comme on dit souvent. Comme toujours poétique, surréaliste, lorgnant même ici sur le fantastique, Benoît Delépine expérimente encore sur le cadre (très large ici, du 3:55 pour être exact), signe sans doute sa meilleure réalisation à ce jour et l’une de ses œuvres les plus attachantes.

Avec pour seule possession une valise à roulettes à laquelle il est étrangement menotté, Darius, qui n’a plus de papiers d’identité, se retrouve contraint de traverser la campagne picarde à pied, depuis l’aéroport de Beauvais jusqu’au quartier parisien de la Défense (soit près de 75 bornes tout de même), afin de mener à bien une mystérieuse tâche…

Benoît Delépine a su encore une fois s’entourer d’une belle brochette de comédiens venus d’univers disparates, afin de peupler son nouveau trip. On est heureux de voir débarquer le génial et précieux Olivier Rabourdin (Le Tableau volé, L’Été dernier, Le Sixième Enfant) dans cet univers, tandis que la trop rare Solène Rigot (Chère Léa, La Confession, Tonnerre) revient délicieusement y plonger, presque dix ans après Saint Amour. Pierre Lottin a décidément le vent en poupe (et à raison), intègre logiquement on va dire le monde de Delépine, tout comme l’immense Patrick Bouchitey en coup de vent. Animal Totem adopte le point de vue de certains insectes et animaux (oui oui), observe la faune (l’être humain donc, puisque même s’il croit agir dans la clandestinité, il y a pourtant toujours un témoin, même invisible à l’oeil nu), parle d’écologie, d’engagements, pose ses graines petit à petit, mais sûrement, tandis que Darius continue son périple, se fait arrêter, stoppe au bar pour faire une partie (rapide) de billard, fait du camping sauvage avec une voleuse atypique, se bat contre un combattant de MMA, tire à l’arc (en mettant plusieurs fois dans le mille), laisse un souvenir impérissable à celles et ceux qui croisent sa route. Et n’oublions pas la participation de la fidèle Yolande Moreau, présente en tant que narratrice de cet étrange conte.

Présenté au Festival du film francophone d’Angoulême, Animal Totem foudroie aussi par sa beauté visuelle inattendue (superbe photo de Hugues Poulain, déjà à l’oeuvre sur Effacer l’historique, I Feel Good et En même temps), la partition aérienne de Sébastien Tellier (qui lui aussi avait déjà officié sur Saint Amour). L’absence de Gustave Kervern ne se ressent finalement pas et l’on se trouve embarqué dans cette petite vadrouille douce-amère, toujours engagée et donc politique, aux côtés de Darius, qui guidé par sa montre-boussole, sait parfaitement où aller, dans quel bureau précis d’une des tours spécifiques du quartier de La Défense. Autour de lui, la campagne survit, mais les nouvelles villes viennent parasiter le paysage et s’apparente à un décor de cinéma, factice, en carton-pâte. Darius traverse tout cela d’un bon pas, regarde ce qui l’entoure avec un mélange de circonspection et de dégoût, mais paraît bien déterminé à aller jusqu’au bout.

Animal Totem est une ode à la France d’à-côté, celle que l’on oublie trop souvent, mais aussi un hymne aux tronches (on pense souvent à Fellini), aux seconds et troisièmes couteaux (toujours très affûtés chez Delépine et son compère), aux figurants, aussi indispensables que les gousses d’ail dans le rôti de porc. En agissant de façon solitaire, le cinéaste semble étrangement (ou pas justement) autant concentré sur le fond que sur la forme. Même si on souhaite ardemment que sa moitié lui revienne rapidement, cet interlude s’avère on ne peut plus plaisant.

LE BLU-RAY

En dépit de son lourd échec dans les salles (34.500 entrées), Animal Totem, qui retrouve les petits scores enregistrés par les premiers longs-métrages de Benoît Delépine, bénéficie tout de même d’une sortie en DVD et même en Blu-ray chez Ad Vitam ! Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

L’éditeur propose une rencontre avec Benoît Delépine (11’20). Le réalisateur indique qu’Animal Totem est parti d’une image, celle « d’un mec en costard avec une valise à roulettes, perdu dans la campagne ». Puis, le metteur en scène revient sur l’utilisation du cadre très large, qui lui permettait d’expérimenter, d’adopter le point de vue des animaux et des insectes sur l’homme, mais aussi de magnifier « sa » campagne picarde. Benoît Delépine s’exprime aussi sur quelques scènes du film (notamment le combat MMA), l’accueil du public et sur ce sujet personnel qu’il a voulu traiter, après avoir bossé deux ans et demi sur un film avec Gustave Kervern, qui n’a pas pu se faire.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et le Dossier de presse dispo en partir ROM.

L’Image et le son

Les contrastes sont superbes en Haute-Définition, la copie se révèle claire et lumineuse, le relief est appréciable, la colorimétrie chatoyante et les détails sont précis aux quatre coins du cadre (très) large. Le piqué est acéré, le moindre recoin demeure splendide de précision sur les séquences diurnes tournées en extérieur. Ce Blu-ray est au format 1080p.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, la version Dolby Digital 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. La piste Stéréo est de fort bon acabit et contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © SRAB FILMS – NO MONEY PRODUCTIONS – M141 / Ad Vitam / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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