
LES ENFANTS VONT BIEN, réalisé par Nathan Ambrosioni, disponible en DVD & Blu-ray le 8 avril 2026 chez Studiocanal.
Acteurs : Camille Cottin, Juliette Armanet, Monia Chokri, Guillaume Gouix, Manoã Varvat, Nina Birman, Myriem Akheddiou, Frankie Wallach…
Scénario : Nathan Ambrosioni
Photographie : Victor Seguin
Musique : Alexandre de La Baume
Durée : 1h50
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Un soir d’été, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa sœur Jeanne. Celle-ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle-même. Au réveil, Jeanne découvre sidérée le mot laissé par sa sœur. La sidération laisse place à la colère lorsqu’à la gendarmerie, Jeanne comprend qu’aucune procédure de recherche ne pourra être engagée : Suzanne a fait le choix insensé de disparaître…

Bon, cette fois c’est confirmé et si pour être honnête nous n’avions plus aucun doute, Les Enfants vont bien confirme que le réalisateur Nathan Ambrosioni (né en 1999) est l’un des nouveaux génies du cinéma français. Il nous avait déjà subjugué avec Les Drapeaux de papier (2018), ébloui avec Toni en famille (2023), il nous hypnotise et émerveille avec Les Enfants vont bien, son cinquième long-métrage, qui fait preuve d’une maturité confondante. D’ailleurs, au passage, on aimerait vraiment découvrir ses deux premiers films, Hostile (2014) et Therapy (2016), alors, si un éditeur lit ce message…Mais pour en revenir à celui qui nous intéresse aujourd’hui, disons que le jeune metteur en scène touche ici au sublime et offre à Camille Cottin, qu’il avait déjà dirigé dans Toni en famille, le plus beau rôle de sa carrière. Incompréhensible que la comédienne n’ait pas été nommée aux César en 2026, mais peut-être que sa position de présidente de la 51è cérémonie l’en a empêché…En l’état, Les Enfants vont bien renvoie au plus grand cinéma français des années 1970-80. On pense surtout à Claude Sautet, qui n’avait pas son pareil pour écrire pour les femmes, pour les filmer, ne serait-ce que la nuque de Romy Schneider dans Les Choses de la vie, ou plus tard Emmanuelle Béart en violoniste dans Un coeur en hiver. Camille Cottin s’impose définitivement dans le cercle des plus grandes actrices de sa génération. Pas étonnant que celle-ci multiplie les projets, y compris de l’autre côté de l’Atlantique, où la série Dix pour cent lui a apporté une certaine renommée. Ainsi, avant de la retrouver aux côtés de Brad Pitt dans The Riders d’Edward Berger (Conclave), elle retrouve pour la deuxième fois Nathan Ambrosioni pour Les Enfants vont bien, drame familial proche du mélo façon Douglas Sirk (le sommet et la référence d’un genre), qui foudroie en plein coeur par sa pudeur et emporte le spectateur dans une spirale ininterrompue d’émotions. Chef d’oeuvre instantané, futur classique en devenir, ruez-vous dessus.


Jeanne travaille dans une compagnie d’assurances et vit seule depuis sa séparation avec sa compagne. Un soir, sa sœur Suzanne arrive chez elle avec ses deux enfants, Gaspard et Margaux, puis disparaît le lendemain en laissant les enfants à la garde de Jeanne. Jeanne doit alors s’occuper des enfants qu’elle ne connaît pas bien. Elle essaye alors d’appeler Suzanne de multiples fois, se rend à son appartement, et finit par aller voir la police. Là, on lui dit que comme les enfants lui ont été confiés, ils ne sont pas en danger et c’est donc le droit de Suzanne de disparaître. Aucun avis de recherche ne pourra être émis…


Je sais que c’est difficile à comprendre, mais parfois, on peut laisser des gens qu’on aime par amour…
Nathan Ambrosioni met dans le mille. À l’instar de son film précédent, le réalisateur suit le quotidien d’une famille. Mais là où Toni en famille restait léger, même si teinté de mélancolie, Les Enfants vont bien est plus dramatique, mais là encore sans pathos, à fleur de peau, à l’os, comme si cinéaste caressait ses personnages de sa caméra, afin de les rassurer et pour leur dire que tout ira bien, que cela s’arrangera, que cela ne sera pas facile certes, mais qu’ils s’en sortiront, quand bien même ils n’auront jamais de réponses à toutes leurs questions. Nathan Ambrosioni, qui s’est largement documenté sur le droit de disparaître volontairement (ce qui arrive à des milliers de personnes en France chaque année), filme l’attente, la stupeur, l’incompréhension, l’entraide, mais avant tout l’amour d’une famille finalement recomposée et sa résilience.


Camille Cottin trône une fois de plus ici, s’avère impériale, crève l’écran, et l’on sent le réalisateur fasciné par le charisme son actrice principale, ainsi que par sa sensibilité fragile comme du cristal. Mais elle n’est pas la seule à briller. C’est le cas aussi de Juliette Armanet, qui n’en finit pas d’étonner depuis que la chanteuse est passée avec succès devant la caméra. Après Rosalie de Stéphanie Di Giusto, Partir un jour d’Amélie Bonnin et dernièrement La Maison des femmes de Mélisa Godet, même si elle n’a que peu de présence à l’écran (et pour cause), son aura demeure tout du long, tandis que son visage fantomatique s’imprime sur les rétines, comme dans la mémoire de sa famille. Comme il l’avait déjà démontré dans Toni en famille, Nathan Ambrosioni impressionne aussi par sa direction des jeunes acteurs, Manoâ Varvat et Nina Birman étant particulièrement bluffant de naturel. N’oublions pas la phénoménale Monia Chokri (Des preuves d’amour, Simple comme Sylvain) et Guillaume Gouix, déjà présent dans Les Drapeaux de papier et Toni en famille, acteur que l’on pourrait qualifier de fétiche de Nathan Ambrosioni, toujours marquant malgré ses rapides participations.


On suit donc Jeanne dans son nouveau quotidien, dans ses nouvelles difficultés, celles rencontrées face à l’administration, face aussi et surtout à ses récentes et inattendues responsabilités, tandis que Suzanne reste injoignable, que les mois passent, et que la vie reprend son cours.


Récompensé par le Valois de diamant au Festival du film francophone d’Angoulême, Les Enfants vont bien a conquis 425.000 spectateurs à sa sortie, devenant ainsi le plus grand succès de Nathan Ambrosioni. On est on ne peut plus confiant quant à la suite de sa carrière. Vous verrez qu’un jour, les César ou le Festival de Cannes viendront le récompenser, on en fait le pari.


LE BLU-RAY
Après Les Drapeaux de papier (chez Rezo Films) et Toni en famille (chez Studiocanal), disponibles uniquement en DVD, Les Enfants vont bien bénéficie d’une sortie en édition Standard, mais aussi en Haute-Définition, chez Studiocanal. Le Blu-ray prend la forme d’un boîtier classique de couleur bleue, contenant la jaquette, qui de son côté reprend le visuel de l’affiche d’exploitation.

Le making of (13’) disponible, compile des instantanés de tournage, sur le plateau, sans commentaire supplémentaire que le son direct. On peut y voir Nathan Ambrosioni, qui a de l’énergie à revendre, avec les acteurs et son équipe technique, bondissant, souriant, ému pendant les prises. La complicité des comédiens est également notable entre les prises. Notons que le titre était visiblement à l’origine « Le Monde qui nous sépare ».















Nous trouvons aussi un ciné-débat (42’35), en compagnie de Nathan Ambrosioni et de Camille Cottin, enregistrés à l’issue d’une projection des Enfants vont bien le 20 novembre 2025 aux 7 Parnassiens. Les deux s’expriment sur leur seconde collaboration (qui ne sera sûrement pas la dernière), sur les sujets du film, sur sa genèse (ou quand le réalisateur apprend en 2019 qu’une personne a le droit de disparaître en France). Les conditions de tournage, la longue phase de documentation (auprès de gendarmes, d’agents des affaires familiales, des juristes, des psychologues pour enfants), la psychologie des personnages, leur évolution, le travail avec les enfants sont aussi les points abordés.


L’Image et le son
Studiocanal frôle la perfection avec ce master HD des Enfants vont bien. Ce Blu-ray subjugue avec la restitution de la très belle photographie du chef opérateur Victor Seguin (À plein temps, Gagarine, Revenir). Le piqué n’est jamais pris en défaut, les contrastes sont merveilleux, la colorimétrie élégante. Le seul bémol provient de certaines séquences sombres et tamisées. La définition flanche quelque peu, les détails sont moins conséquents et la gestion des noirs est un poil plus déséquilibrée. Cela n’empêche pas que l’apport HD demeure probant et indispensable.
Le mixage Dolby Atmos offre un bon confort acoustique en mettant à l’avant la musique d’Alexandre de La Baume (Le Ravissement). De ce point de vue-là, il n’y a rien à redire sur la spatialisation. Les ambiances naturelles sont en revanche un peu plus discrètes et finalement, l’ensemble de l’action se retrouve canalisé sur les enceintes frontales. Néanmoins, les dialogues sont solidement plantés sur la centrale. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Une piste Audiodescription ainsi que les sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Studiocanal / Manuel Moutier – Chi-Fou-Mi Productions / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
