Test Blu-ray / Dreams, réalisé par Michel Franco

DREAMS réalisé par Michel Franco, disponible en DVD & Blu-ray le 5 juin 2026 chez Metropolitan Film & Video.

Acteurs : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend, Marshall Bell, Mercedes Hernández, Eligio Meléndez, Lee Braithwaite, Eduardo Gonzalez…

Scénario : Michel Franco

Photographie : Yves Cape

Durée : 1h41

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu’elle s’est construite.

À peine Memory venait de sortir sur les écrans, que l’on apprenait que Jessica Chastain et Michel Franco avaient d’ores et déjà tourné un autre film, Dreams, dont on ne savait quasiment rien, si ce n’est que les prises de vue remontaient déjà à l’été 2023 et s’étaient déroulées secrètement. Et ce neuvième long-métrage du réalisateur mexicain de débarquer dans les salles françaises en janvier 2026. Une nouvelle grande réussite à inscrire au palmarès d’un des plus grands cinéastes contemporains, dont chaque film fait l’effet d’un uppercut et s’inscrit dans la mémoire des cinéphiles, qui auront la bonne idée de se pencher sur une œuvre dure mais indubitablement humaine. Dreams est donc la seconde collaboration entre le metteur en scène et Jessica Chastain, qui agit également ici comme productrice exécutive, et s’avère diamétralement opposé à Memory, qui était l’une des œuvres les plus accessibles pour le grand public de Franco et qui touchait par la beauté et l’hyper-sensibilité de ses deux têtes d’affiche. Dans Dreams, il est difficile de s’attacher aux protagonistes, dont les rôles sont bien définis et qui jouent plus ou moins à la comédie de l’amour, avant que les masques finissent définitivement par tomber et que chacun reprenne sa place. Porté par des interprétations intenses, qui contrastent avec le caractère clinique de l’ensemble, Dreams est comme qui dirait un huis clos, où les êtres semblent se mélanger, même s’ils n’ont rien à faire ensemble, mais qui demeurent malgré tout renfermés sur eux-mêmes, impitoyables, prêts à écraser l’autre s’il lui barre la route. Le résultat est à nouveau captivant, cohérent avec le reste de la filmographie de Michel Franco. On en ressort exténué, avec un goût de fer dans la bouche asséchée, tandis que résonne encore ce cri de douleur final, qui signifie autant la souffrance physique que psychologique d’un jeune homme dont le rêve vient de se briser en même temps que le tibia. Hypnotique et envoûtant.

Fernando quitte son Mexique natal pour aller clandestinement à San Francisco retrouver Jennifer, une femme plus âgée que lui, et avec qui il a commencé une relation plus tôt au Mexique. Elle est riche, issue de la haute société et travaille pour une fondation d’art. Grâce à ses contacts, Jennifer parvient à aider Fernando à trouver un travail en tant que danseur de ballet dans une prestigieuse compagnie. Ce faisant, il ébranle son monde soigneusement ordonné. Bien qu’elle tente de rendre possible un avenir commun, elle a également peur de décevoir les attentes de sa famille.

On sait que tout ceci va forcément mal finir. Reste à savoir quand et de quelle façon. Michel Franco signe un drame psychologique doublé d’un thriller implacable, où les deux personnages principaux s’amusent avec l’autre, dans un but différent. Jennifer (Jessica Chastain, aussi sublime que sensationnelle) s’offre ces moments avec Fernando (belle révélation que Isaac Hernández, véritable danseur de ballet à l’American Ballet Theatre) et peut s’adonner à lui, sur lequel elle peut se défouler et se laisser prendre, souvent sauvagement, comme si elle se rabaissait volontairement durant une récréation, entre deux rendez-vous ou participations dans le « grand monde ». Fernando lui est évidemment plus terre-à-terre, s’échappe de son pays, pour tenter d’être l’heureux élu du rêve américain. Mais il doit aussi chercher où dormir, où manger, car Jennifer lui fait bien comprendre que San Francisco n’est pas « son » monde, qu’on ne lui fera pas de cadeau et qu’il doit surtout se tenir à carreau. Jennifer tolère Fernando quand elle a envie de baiser, mais il ne faut quand même pas déconner. Tout le monde doit rester à sa place et ce sera ainsi jusqu’à la fin des temps.

Jennifer finira (attention spoilers) par le dénoncer aux services de l’immigration, espérant ainsi pouvoir vivre plus « facilement » avec lui…mais au Mexique, où elle pourra venir le voir quand elle en aura envie, puisque c’est elle qui « détient » le pouvoir sur les autres. Mais c’était sans compter sur les représailles de Fernando, dont la carrière était sur le point de décoller aux États-Unis. Sa réaction sera terrible, mais après tout, qu’est-ce que Jennifer pouvait attendre d’autre comme réaction de sa part ?

Comme souvent chez Michel Franco, le dernier tiers bouscule les repères, étonne chaque seconde, peut perdre certains spectateurs dès que Jennifer est enfermée dans l’appartement de Fernando, où les rapports de forces (et donc de pouvoirs) seront inversés. Jusqu’au point de non-retour. Mais c’était oublier le reste de la « meute », activement à la recherche de Jennifer. Dreams est un film glaçant, qui laisse des marques (et ce dès l’incroyable prologue), qui fait mal, qui porte au coeur, celles des plus grands films.

LE BLU-RAY

Après Memory en octobre 2024, Metropolitan s’occupe du service après-vente de Dreams, proposé en DVD et en Blu-ray. Si le premier avait réussi à attirer 130.000 spectateurs, ce n’est pas le cas pour le second qui aura cumulé 29.000 entrées…Espérons que Dreams trouve un nouveau public avec cette sortie dans les bacs. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Point de bonus vidéo sur cette édition (en dehors de la bande-annonce de Dreams et celle de Memory), mais une très intéressante interview de Michel Franco disponible en livret (20 pages), menée par l’excellent Nicolas Rioult. L’occasion pour le réalisateur de revenir sur les conditions de tournage, sur les thèmes du film, sur le travail avec Jessica Chastain, sur ses partis-pris et sur bien d’autres éléments. Un complément non négligeable, même si on aurait aimé un petit making of…

L’Image et le son

La galette livrée par Metropolitan est de haut niveau ! Nous avons entre les mains un superbe master HD qui restitue habilement les volontés artistiques du chef opérateur belge Yves Cape (De son vivant, Sarah Bernhardt, la Divine, Fête de famille). L’image est clinquante, les couleurs froides et cliniques sont étincelantes, les contrastes léchés et le relief constamment palpable. Ces partis pris esthétiques sont savamment pris en charge par une compression sans faille, la définition demeure exemplaire sur tous les plans et tout du long, sur les scènes sombres comme sur les très lumineuses séquences diurnes. Les détails sont légion, le piqué aiguisé et la copie éclatante.

Les deux mixages, français et anglais, sont présentés en DTS-HD Master Audio 5.1. Deux choix possibles, une spatialisation concrète et un grand confort acoustique. Dans tous les cas, l’écoute demeure ardente et fait une large place aux dialogues. Les effets latéraux et ambiances naturelles pointent habilement le bout de leur nez.

Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.