Test Blu-ray / Maigret et le mort amoureux, réalisé par Pascal Bonitzer

MAIGRET ET LE MORT AMOUREUX réalisé par Pascal Bonitzer, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juillet 2026 chez Pyramide Vidéo.

Acteurs : Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob, Dominique Reymond, Laurent Poitrenaux, Micha Lescot, Julia Faure…

Scénario : Pascal Bonitzer, d’après le roman Maigret les vieillards de Georges Simenon

Photographie : Pierre Milon

Musique : Alexei Aigui

Durée : 1h16

Date de sortie initiale : 2026

LE FILM

Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise…

Tiens, revoilà Maigret au cinéma ! Première chose, si vous désirez en savoir plus sur les différentes incarnations du célèbre commissaire, sur le petit comme sur le grand écran, reportez-vous à notre article consacré à l’excellent Maigret de Patrice Leconte sorti en 2022. On vous laisse un peu de temps. Ça y est ? Très bien, on peut désormais se pencher sur Maigret et le mort amoureux, adaptation du roman Maigret et les vieillards de Georges Simenon (est-il utile de le préciser ?), publié en 1960. C’est Pascal Bonitzer, qui à l’aube de ses 80 printemps a mis les bouchées doubles en sortant pas moins de trois films en l’espace de deux années, Le Tableau volé, Maigret et le mort amoureux et Victor comme tout le monde (sur lequel nous reviendrons prochainement). Soyons honnêtes, il n’y a rien de véritablement cinématographique dans cette nouvelle proposition du légendaire commissaire et ce dixième long-métrage de Pascal Bonitzer s’apparente, comme c’était déjà le cas pour Le Tableau volé, à un téléfilm de grand luxe, le faste provenant essentiellement pour ne pas dire uniquement, de sa distribution. Rien à redire sur ce point. Si on l’imaginait mal dans l’imperméable aux épaules larges de son personnage, Denis Podalydès, qui retrouve le cinéaste plus d’un quart de siècle après Rien sur Robert, s’en tire à merveille, quand bien même celui-ci est obligé de revêtir le vêtement en question, le chapeau et la pipe, codes ô combien reconnaissables, histoire de bien rappeler qu’il incarne le mythe en question. Mais comme dans tous les romans ou presque de Simenon, ce sont les personnages satellites qui importent peut-être plus que l’atome central autour duquel ils gravitent. Pascal Bonitzer soigne une fois de plus son casting, chaque comédien ayant du grain à moudre, beaucoup de répliques (le film est très bavard, peut-être trop d’ailleurs), au second comme au troisième plan. Aussi, la grande Anne Alvaro (Boléro, Le Goût des autres) se taille la part du lion et fait jeu égal avec son partenaire. Jolie présence d’Irène Jacob dans le rôle de madame Maigret. Les aficionados de Simenon retrouveront cette petite musique, ce ton implacable, cette ironie mordante, les non-dits, l’attente, le faux rythme qui font des enquêtes de Maigret ce qu’elles sont et pourquoi celles-ci ont connu un triomphe dans le monde entier. Dommage que la mise en scène, qui se contente souvent de simples champs-contrechamps, ne parvienne pas à dynamiser une histoire somme toute intéressante, mais qui paraît bien plus longue que ses 72 minutes !

Au petit matin, le commissaire Maigret est appelé en urgence devant le directeur de la P. J. parisienne. Une enquête urgente est requise par le ministère des Affaires étrangères : le comte Berthier-Lagès, un ancien ambassadeur à la retraite, a été retrouvé tôt le matin, assassiné par balles dans son bel appartement rue de Bellechasse. Maigret se rend donc au ministère des Affaires étrangères. Accompagné du commandant Janvier, il est invité par le chef de cabinet, M. Cromières, à aller découvrir le corps du défunt. Maigret interroge Jacotte Larrieu qui a découvert le corps de son patron et qui en a informé le ministère avant le 36, quai des Orfèvres. Jacotte, un peu sourde, se montre laconique et très réservée. Dans l’appartement de la victime, le commissaire et le commandant trouvent de nombreuses lettres prouvant la liaison épistolaire et amoureuse qu’entretenait depuis cinquante années le comte avec la princesse de Vuynes. Le commissaire découvre que le mari de celle-ci, le prince de Vuynes, est lui-aussi mort récemment des suites d’un accident de cheval. Maigret enquête auprès des membres des deux familles (Mazero, le neveu antiquaire pour l’ancien ambassadeur : la veuve, le fils et le petit-fils pour le prince), afin de démasquer le coupable.

Comme souvent chez Simenon, les morts les plus mystérieuses et donc les plus difficiles à résoudre ont la plus simple explication, ce qui peut paraître décevant pour le commissaire, même si un doute peut persister quant à la véritable finalité de l’enquête et que certaines apparences peuvent être trompeuses. À ce titre, la dernière scène est la meilleure et l’on regrette que l’ensemble du film n’ait pas la même aigreur. Elle met ainsi en relief que Maigret ne peut pas s’empêcher de voir ou d’espérer trouver une once d’empathie ou de bonté chez l’être qui lui fait face, y compris les criminels. Maigret et les vieillards avait connu d’autres transpositions et ce dès 1962, outre-Manche, avec Rupert Davies dans le rôle-titre. Jean Richard devait s’y coller à son tour en 1980 pour l’épisode Maigret et l’Ambassadeur, puis également Bruno Cremer en 2003 dans Maigret et la Princesse. Pour son film, Pascal Bonitzer déplace l’intrigue du livre au début des années 2000, quand la technologie commence à prendre encore plus de place avec l’arrivée des téléphones portables et d’internet, sans compter les avancées scientifiques qui aident encore plus les flics dans l’exercice de leurs fonctions.

Maigret paraît comme un anachronisme avec son « accoutrement », ses méthodes (laisser parler celui ou celle qu’il a en face de lui, car personne n’est suspect, tout le monde l’est), n’hésitant pas à suspendre un interrogatoire pour aller prendre une bière ou un sandwich. Maigret est aussi réfractaire à la modernité. Dans les romans, il conserve un vieux poêle dans son bureau, ce qui lui permet d’attiser le feu et de jouer ainsi avec les nerfs avec le suspect présent. Il conduit son enquête comme il l’a toujours fait, quitte à s’attirer les foudres de ceux qui sont au-dessus de lui et qui lui reprochent de prendre un peu trop son temps. Dans Maigret et le mort amoureux, Denis Podalydès apporte une certaine nervosité au personnage, sentiment qu’il refrène en mordillant sa pipe. C’est là tout l’art du comédien, puisque son Maigret a constamment le cerveau en ébullition, mais conserve un calme olympien.

L’esprit de Simenon est là, (omni)présent, palpable. C’est juste que le film lui-même manque de corps pour que la réussite soit complète. Le charme agit, c’est déjà ça de pris.

LE BLU-RAY

À l’instar du Tableau volé, Maigret et le mort amoureux fait son apparition dans les bacs, en DVD et en Blu-ray, chez Pyramide Vidéo. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation dessinée par Floc’h, comme souvent pour un film de Pascal Bonitzer et ce depuis Petites coupures en 2003. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition se pare d’une table ronde avec Pascal Bonitzer et John Simenon (fils du grand Georges) menée par Benoît Denis (25’), enregistrée à la Fondation Jan Michalski, le 4 septembre 2024. L’éditeur a réalisé un best of de cette rencontre, qui durait en réalité près d’1h20. En compagnie de John Simenon, le réalisateur Pascal Bonitzer abordera son travail en cours autour du roman Maigret et les vieillards, dans lequel l’acteur Denis Podalydès offre un nouveau visage au célèbre commissaire. Ensemble, ils s’intéresseront au passage de l’écrit à l’écran, parcourant les multiples questions que le geste d’adaptation soulève. La genèse du film (et pourquoi ce roman en particulier a-t-il tapé dans l’oeil du cinéaste), les partis-pris adoptés lors de cette transposition (l’action se déroule au début des années 2000), l’histoire de la création du livre (Simenon vivait alors une crise personnelle, au milieu de sa vie et exorcisait ici la question liée au temps qui passe et à la vieillesse venue), sont entre autres les sujets de ce bonus.

L’autre supplément est une courte interview de Denis Podalydès (4’30), qui semble comme très souvent tiré du lit et paraît étonné de se retrouver devant un micro. Le comédien revient sur sa réaction quand on lui a proposé de revêtir l’imperméable de Maigret (« J’étais aussi surpris que séduit »), sur ce que représentent les enquêtes du célèbre commissaire dans sa vie (il regardait en famille la série avec Jean Richard, même s’il n’avait pas « une grande affection pour le personnage »), déclare ne pas avoir lu beaucoup Simenon (ce qu’il a fait à l’occasion de ce projet), avant d’en venir à la psychologie et aux méthodes de son personnage, ainsi que sur son travail pour se l’approprier et ainsi apporter une nouvelle approche par rapport à toutes les propositions déjà faites au cinéma depuis des décennies.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.

L’Image et le son

Nous voici devant un beau master HD, très propre et clair, avec un cadre fourmillant de détails. La photo de Pierre Milon (habituel chef opérateur de Guédiguian) fait la part belle aux teintes claires, les contrastes sont denses, la définition solide, et le piqué joliment acéré. Maintenant, l’aspect lisse de l’ensemble fait sérieusement à un téléfilm France 3, mais du point de vue technique, rien à redire.

Outre une piste Audiodescription et des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant (ainsi que des sous-titres anglais), la version DTS HD Master Audio 5.1 parvient sans mal à instaurer un indéniable confort phonique. Les enceintes sont toutes mises en valeur et spatialisent excellemment les effets, la musique et les ambiances. Quelques séquences auraient peut-être mérité d’être un peu plus dynamiques ou les dialogues parfois quelque peu relevés quand la partition s’envole. La piste Stéréo est de fort bon acabit et contentera largement ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière.

Crédits images : © Pyramide Films / Pyramide Distribution / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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