
VALEUR SENTIMENTALE (Affeksjonsverdi) réalisé par Joachim Trier, disponible en DVD et Blu-ray le 3 mars 2026 chez Memento Distribution.
Acteurs : Renate Reinsve, Stellan Skarsgård, Inga Ibsdotter Lilleaas, Elle Fanning, Anders Danielsen Lie, Jesper Christensen, Lena Endre, Cory Michael Smith…
Scénario : Joachim Trier & Eskil Vogt
Photographie : Kasper Tuxen
Musique : Hania Rani
Durée : 2h08
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
À la mort de leur mère, Agnès et Nora voient leur père débarquer après de longues années d’absence. Réalisateur de renom, celui-ci propose à Nora, comédienne de théâtre confirmée, de jouer dans son prochain film, mais celle-ci refuse avec défiance. Il propose alors le rôle à une jeune star hollywoodienne, ravivant des souvenirs de famille douloureux.

En l’espace de cinq longs-métrages, Reprise (Nouvelle donne) (2006), Oslo, 31 août (2011), Back Home (2015), Thelma (2017) et Julie (en 12 chapitres), le dano-norvégien Joachim Trier est devenu l’un des réalisateurs européens (pour ne pas dire internationaux) les plus importants de sa génération. Né en 1974 à Copenhague, le cinéaste, qui avait explosé il y a quinze ans avec son somptueux second opus, foudroie une fois de plus avec son dernier film en date, Valeur sentimentale – Sentimental Value, ou bien encore Affeksjonsverdi, pour lequel il retrouve la magnifique Renate Reinsve, précédemment récompensée au Festival de Cannes par le prix d’interprétation féminine pour Julie (en 12 chapitres). Également sélectionné en compétition officielle sur la Croisette, Valeur sentimentale est reparti avec le Grand Prix du Jury, même si on lui aurait remis personnellement la Palme d’or. Car c’est un nouveau sommet dans l’oeuvre magistrale de Joachim Trier, qui se penche sur l’héritage émotionnel et culturel, sur la notion du foyer, avec comme épicentre une maison familiale qui regorge de souvenirs, de rancoeurs, de témoignages, de secrets, où la mémoire des murs subsiste. Joachim Trier fait de la maison un personnage à part entière, une matrice, dans laquelle les générations se sont succédé. C’est dans cette habitation que l’émotion, la sensibilité, les fantasmes, les regrets, la colère, la tristesse se sont transmis. Avec son fidèle coscénariste Eskil Vogt, le metteur en scène multiplie les points de vue et s’éloigne de ses partis-pris habituels, une narration dite chorale, qui peut tout d’abord intriguer, voire déstabiliser les spectateurs habitués à la grammaire de Joachim Trier, qui s’en tire de façon virtuose. Les comédiens sont extraordinaires, à fleur de peau, bouleversants, en premier lieu Renate Reinsve, récompensée à de nombreuses reprises pour sa prestation, qui l’a même portée jusqu’aux Oscars en 2026. Chef d’oeuvre instantané, lauréat (entre autres) du BAFTA du Meilleur film en langue étrangère et par l’Oscar du Meilleur film International.



Après un divorce douloureux, Gustav Borg, réalisateur, choisit de s’éloigner de la Norvège pour se consacrer à son travail, laissant derrière lui son ex-femme Sissel et leurs deux filles, Nora et Agnes. Sissel élève seule les enfants dans la maison familiale d’Oslo, un lieu chargé d’histoire appartenant à la famille Borg depuis des générations. En grandissant, les deux sœurs suivent des trajectoires très différentes. Agnes mène une vie relativement stable : elle est historienne, mariée, et mère d’un garçon nommé Erik. Nora, de son côté, s’impose comme comédienne de théâtre, mais son talent est régulièrement entravé par un trac intense. Sa vie sentimentale est compliquée, marquée par une relation secrète avec Jakob, un collègue marié. À la mort de Sissel, Gustav revient en Norvège avec l’intention de reprendre possession de la maison. Ses retrouvailles avec ses filles sont tendues. Elles lui reprochent ses absences répétées et son alcoolisme. Agnes tente de garder un certain équilibre, mais Nora exprime une colère plus directe. Gustav, maladroit et souvent insensible, échoue à renouer sincèrement avec elles, même s’il parvient à établir une relation plus simple avec son petit-fils Erik, notamment à travers leur amour commun du cinéma. Sur le plan professionnel, Gustav traverse une période difficile. Il travaille sur un scénario inspiré de sa mère, Karin, une résistante durant l’occupation allemande, qui a été torturée avant de se suicider dans la maison familiale lorsque Gustav était enfant. Il souhaite tourner ce film dans ce lieu même et y reconstituer la scène du suicide. Il propose à Nora d’interpréter le rôle de Karin, mais celle-ci refuse catégoriquement, refusant de s’impliquer dans ce projet trop personnel. Lors du festival du cinéma américain de Deauville, Gustav rencontre une actrice américaine, Rachel Kemp, admiratrice de son travail, qu’il choisit finalement pour le rôle.


Tous les acteurs sont ici exceptionnels. Joachim Trier a écrit le rôle de Nora pour Renate Reinsve, qui compose un personnage, là encore introspectif, mais plus grave que précédemment, même si l’actrice illumine l’écran cette fois encore comme un astre perché sur le reste de la distribution, également composée d’Elle Fanning, de la révélation Inga Ibsdotter Lilleaas et du fidèle Anders Danielsen Lie. Valeur sentimentale est dans le fond plus grave que Julie (en 12 chapitres), plus brutal, plus douloureux sans doute. On pense souvent et immanquablement au cinéma d’Ingmar Bergman, quand le cinéaste dissèque les liens familiaux, le poids d’un passé lourd, qui entraîne forcément des répercussions sur les générations suivantes, avec lequel il faut apprendre à (sur)vivre, d’autant plus que le « bagage » n’a eu de cesse d’être rempli par celles et ceux qui ont précédé.


Le nouveau coup de génie de Joachim Trier, est de nous tendre un miroir et l’on se prend à s’interroger sur nos propres liens familiaux, sur ce qui nous a été légué, sur ce que nous désirons nous-mêmes laisser à ceux qui suivront. Mais le réalisateur parvient aussi à dévoiler ce que nous laissons malgré nous, involontairement, inconsciemment. C’est le cas avec le personnage de Gustav, incarné par l’immense Stellan Skarsgård (alors entre deux épisodes de Dune de Denis Villeneuve), récompensé par le Golden Globe du Meilleur acteur dans un second rôle, trop longtemps absent auprès de ses filles, dont le comportement a eu une incidence sur leur développement. Nora aura beau tout faire pour rejeter ce père qui n’a jamais été là, elle se rend compte que les chiens ne font pas des chats et qu’elle est en réalité beaucoup plus proche de lui qu’elle ne pouvait l’imaginer dans sa façon d’être et de se comporter.


La mise en scène impressionne, magistrale, sans gras, à l’os, pudique, délicate, élégante. La photographie de Kasper Tuxen Andersen (The Apprentice, Riders of Justice) capte – en 35mm et même en 16mm pour les scènes du passé – les levers du soleil et les crépuscules qui font écho avec l’émotion des protagonistes, les saisons s’enchaînent, dissimulent ou au contraire révèlent ce qui était jusqu’à présent enfoui, dissimulé, oublié. On en prend plein les yeux, plein le coeur, les larmes, de souffrance, mais aussi d’amour et d’apaisement coulent des deux côtés de l’écran. C’est ça la magie du cinéma.


LE BLU-RAY
Après son grand succès dans les salles mondiales, y compris en France où le film a attiré près d’un demi-million de spectateurs, Valeur sentimentale a bénéficié d’une sortie en DVD et en Blu-ray chez Memento Distribution. La galette HD repose dans un Slim Digipack, qui arbore comme visuel celui de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément…Ce que l’on regrette bien…
L’Image et le son
Quelques petites pertes de la définition et un piqué manquant parfois de mordant sur les séquences sombres, mais on chipote. Ce master HD demeure fort plaisant et n’a de cesse de flatter les yeux avec une superbe restitution de la palette chromatique. Les contrastes sont denses, la gestion solide, et les partis-pris esthétiques raffinés du talentueux et éclectique chef opérateur Kasper Tuxen Andersen trouvent en Blu-ray un magnifique écrin.

La version mixant à la fois l’anglais et le norvégien bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1. Le confort acoustique est assuré et l’immersion plus ou moins concrète. Le caisson de basses n’a guère d’occasion de faire parler de lui, tout comme les latérales qui se contentent la plupart du temps de spatialiser la superbe musique d’Hania Rani. Les ambiances naturelles apparaissent là où on les attendait le plus.


Crédits images : © Memento Distribution / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
