
TRAQUÉ (The Hunted) réalisé par William Friedkin, disponible en DVD & Combo 4K Ultra HD + Blu-ray le 21 avril 2026 chez L’Atelier d’Images.
Acteurs : Tommy Lee Jones, Benicio Del Toro, Connie Nielsen, Leslie Stefanson, John Finn, José Zúñiga, Ron Canada, Mark Pellegrino…
Scénario : David Griffiths, Peter Griffiths & Art Monterastelli
Photographie : Caleb Deschanel
Musique : Brian Tyler
Durée : 1h36
Date de sortie initiale : 2003
LE FILM
L.T. Bonham, un ex-entraîneur des forces spéciales, vit retiré dans les forêts de l’Oregon. Lorsqu’un agent du FBI vient lui demander de l’aide sur une affaire de meurtres perpétrés sur des chasseurs dans la forêt de l’Oregon, il accepte de se rendre sur les lieux du crime. L.T. a l’intuition que ces assassinats ne peuvent avoir été commis que par un seul homme : Aaron Hallam, un de ses anciens élèves, le meilleur. S’engage bientôt un redoutable jeu du chat et de la souris.

Au début des années 2000, tout va bien pour le réalisateur William Friedkin (1935-2023). Après la grande déconvenue de Jade (1995) au box-office (10 millions de dollars de recettes, pour un budget 5 fois supérieur), le cinéaste se refait une santé avec L’Enfer du devoir –Rules of engagement. Ce grand succès est rapidement suivi par celui de la ressortie de L’Exorciste dans sa version intégrale. William Friedkin revient rapidement derrière la caméra pour Traqué –The Hunted, conçu pour le compte de la Paramount Pictures, studio alors tenu par Sherry Lansing, première femme à diriger un studio Hollywoodien et qui n’est autre que l’épouse du metteur en scène. Belle production de 55 millions de dollars, Traqué n’emballe pas le public et le film connaît un échec relatif avec seulement 34 millions de billets verts amassés sur le sol de l’Oncle Sam et à peine onze millions dans le reste du monde. The Hunted sera le dernier film de studio de William Friedkin. Longtemps considéré comme un sous-Rambo, Traqué est pourtant un formidable opus de l’auteur de French Connection, du Convoi de la peur –Sorcerer, de La Chasse – Cruising et de Police fédérale, Los Angeles – To Live and Die in L.A.. S’il n’aura jamais l’aura de ces monuments, The Hunted est un sacré tour de force et démontrait une fois de plus que William Friedkin en avait encore sacrément sous le capot à l’aube de ses soixante printemps.


Dans une forêt du Nord de l’Amérique des chasseurs se font dépecer par un tueur insaisissable. Cet homme exécuteur des basses oeuvres formés par les forces spéciales, est passé progressivement de l’autre côté du miroir après des années de tueries. Alors le seul qui puisse le suivre et le stopper se trouve être son mentor, un ermite retiré dans les grandes étendues gelées du Nord du pays. S’engage alors entre les deux hommes un face-à-face sanglant…


L’une des critiques les plus récurrentes lues à la sortie de Traqué est liée au personnage principal, pourtant brillamment incarné par Tommy Lee Jones, qui pour beaucoup rappelaient le marshal Samuel Gerard qu’il campait dans Le Fugitif –The Fugitive (1993) et dans U.S. Marshals (1998) de Stuart Baird, rôle qui lui avait valu l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, ainsi que le Golden Globe. Réduire L. T. Bonham à cela est une aberration. Tout comme il était aussi absurde de résumer Traqué à un ersatz de Rambo. Pour ce film, William Friedkin retrouve Tommy Lee Jones, avec lequel il s’était merveilleusement entendu sur L’Enfer du devoir et qui restera un ami proche jusqu’à sa mort. Comme le réalisateur, l’acteur, alors âgé de 56 ans, y va à fond dans les scènes d’action, s’avère très crédible dans les bastons ou au maniement du couteau, court à perdre haleine, grimpe sur un tramway en mouvement, rampe sur le toit et campe surtout un « traqueur » (inspiré par Tom Brown, un tracker professionnel qui travaillait entre autres pour les forces spéciales) comme s’il avait fait ça toute sa vie. Son duel avec Benicio del Toro vaut bien tous les éloges.


Le second a alors le vent en poupe quand il signe pour Traqué. Depuis son explosion dans Usual Suspects de Bryan Singer, le comédien a enchaîné les fructueuses collaborations (Tony Scott, Abel Ferrara, Terry Gilliam, Guy Ritchie, Christopher McQuarrie, Steven Soderbergh, Sean Penn l’ont tous fait tourner) et son rôle dans Traffic l’a couvert de prix (BAFTA, Ours d’argent à Berlin, Golden Globe et Oscar du meilleur second rôle). Il est impeccable et par ailleurs très impressionnant dans The Hunted, dans la peau d’un ancien soldat, surentraîné pour devenir une machine à tuer, qui a connu l’horreur et qui a laissé sa santé mentale sur le terrain. Benicio del Toro excelle à restituer le bouillonnement intérieur de son personnage, traumatisé par la guerre épouvantable au Kosovo (le prologue demeure l’un des plus ahurissants de toute la carrière de William Friedkin), qui à son retour du front n’a fait que lancer des appels au secours à celui qui l’avait alors formé, L.T. Bonham, qui au passage n’a jamais tué de son existence. Ses agissements, ou quand celles et ceux qu’il croise sont des adversaires potentiels qu’il expédie ad patres, sont ses derniers S.O.S. destinés à ce père spirituel, qui est alors le seul à pouvoir l’arrêter, mettre fin à ce flux continu d’images insoutenables qui envahissent son cerveau. L’affrontement paraît inévitable et montera d’ailleurs en puissance à chaque nouvelle confrontation.


William Friedkin, remarquable directeur d’acteurs (n’oublions pas également la force de la somptueuse Connie Nielsen), filme ses deux protagonistes comme des bêtes sauvages dont les magnifiques paysages naturels feraient office de ring. Inadaptés à la ville, pour ne pas dire à la vie normale (une fois sorti de son antre, Bonham a les nerfs en pelote et s’agite en permanence), les deux (malgré eux) adversaires ne pourront réellement s’exprimer que perdus dans la nature. Pour boucler la boucle, Sylvester Stallone, sûrement impressionné par Traqué, demandera à l’un des co-scénaristes, Art Monterastelli, d’écrire avec lui l’imposant John Rambo, triomphe de l’année 2008.


Génialement mis en scène par un cinéaste au sommet de sa forme, magistralement photographié par Caleb Deschanel (L’Étoffe des héros, Bienvenue, mister Chance), bercé par la composition de Brian Tyler et la participation de Johnny Cash comme narrateur (qui cite Highway 61 Revisited de Bob Dylan), Traqué est un thriller pur et dur, nerveux et tendu, un film de « bonhommes », qui pue la testostérone et le musc et qui pourtant émeut à plus d’un titre au point de se laisser envahir par un vrai spleen lorsque survient l’épilogue furieusement poétique. On en ressort donc lessivé, avec un goût de fer dans la bouche (celui du sang frais), mais aussi chamboulé. Un grand film donc.


LE 4K UHD
La première édition de Traqué en DVD remonte à décembre 2003 chez H2F, ce qui ne rajeunit personne. M6 Vidéo devait ensuite prendre le relais dès l’année suivante, avant d’arriver chez Lancaster en 2008. C’est désormais L’Atelier d’Images qui détient Traqué dans sa musette. À cette occasion, l’éditeur concocte un très beau Combo Blu-ray + 4K UHD, ainsi qu’une nouvelle édition Standard. La jaquette, qui reprend un des visuels originaux d’exploitation, est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, surmonté d’un sur-étui cartonné du plus bel effet. Le menu principal est fixe et musical.

Déjà croisé à quelques reprises chez L’Atelier d’Images sur les éditions HD de The Game, de The Boxer et celle d’Au nom du père, mais aussi sur le Blu-ray de Quoi de neuf, Pussycat ? de Clive Donner dispo chez Rimini, le journaliste Philippe Guedj nous présente ici Traqué de William Friedkin (26’30). Une intervention forcément passionnante, qui dans un premier temps replace le film (« très important dans la filmographie du réalisateur […] son dernier grand film ») dans la carrière du réalisateur. Philippe Guedj (qui cite plusieurs fois Nicolas Boukhrief, autre défenseur du film) passe ensuite en revue le gros échec critique et commercial de Traqué, qu’il souhaite pourtant réhabiliter ici, en mettant notamment en avant la virtuosité de la mise en scène. Le journaliste explique en détails pourquoi Traqué s’éloigne de Rambo (auquel il a été trop facilement comparé et l’est d’ailleurs encore aujourd’hui). Les thèmes de la violence et de sa représentation brute, le scénario réduit au maximum, les improvisations du cinéaste sur le tournage (la scène du pont et celle de l’embouteillage n’étaient pas prévues dans le scénario), le travail de William Friedkin avec le directeur de la photographie Caleb Deschanel, le sujet de la « machine de guerre » détraquée et qui échappe à ses créateurs sont aussi les points abordés au fil de cette formidable et riche analyse.

L’éditeur reprend les featurettes anciennement disponibles sur le DVD, réunies ici en un seul module d’une demi-heure. L’occasion de revoir et d’écouter William Friedkin (« À mon avis, beaucoup de films d’action sont trop longs et trop bavards aujourd’hui. Un film de ce genre doit être le plus allégé possible ! »), Tommy Lee Jones, Benicio del Toro, Connie Nielsen, Tom Brown (le conseiller technique et véritable pisteur) sur le plateau et en mode promo, évoquer les thèmes du film, les conditions de tournage et leur préparation. Le tout largement illustré par des images de prises de vues.















Le commentaire audio (en VOSTF) de William Friedkin est également de la partie. N’hésitez pas à revoir Traqué en compagnie du cinéaste, qui mine de rien réalise une masterclass. Celui-ci revenait en détails sur la genèse du film, évoquait longuement sa fascination pour les techniques de survie, d’évasion et de mise à mort liées au travail de Tom Brown, mais aussi son travail avec les comédiens, la participation de Johnny Cash, le boulot avec Caleb Deschanel, la préparation des acteurs, les conditions de tournage à Portland et dans ses environs, ainsi que son hommage à la mort de Sherlock Holmes lors de son duel avec Moriarty, qui a largement influencé le combat final de Traqué.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce originale et sur une poignée de scènes coupées sans grand intérêt (9’), dont deux prolongent quelque peu le travail du FBI.








L’Image et le son
Traqué revient dans les bacs et se voit dérouler le tapis rouge par L’Atelier d’Images avec ce superbe Combo Blu-ray + 4K UHD. Une galette Ultra-Haute Définition estampillée Dolby Vision et HDR. N’y allons pas par quatre chemins, il s’agit d’un des plus beaux masters UHD sortis récemment et qui participera assurément à faire briller à nouveau Traqué aux yeux des cinéphiles. Le résultat est bluffant de beauté, les images sont nettes, claires, profondes, y compris sur les scènes sombres (toutes celles en forêt notamment). Le Dolby Vision offre une remarquable palette de nuances, probablement inédites en support physique. La palette chromatique est riche, parfaitement équilibrée et éclatante, respectant le côté « délavé » de la photo, les noirs sont denses, le cadre stable, la propreté irréprochable. La texture argentique est elle aussi préservée, équilibrée, organique et participe à l’aspect sauvage de Traqué, en renforçant ainsi un aspect documentaire, pris sur le vif.

En français comme en anglais Dolby TrueHD 5.1, le spectacle acoustique est au rendez-vous. Les mixages sont pour le moins exceptionnels. Traqué n’est pas avare en scènes agitées et l’action revient quasiment toutes les dix minutes. Autant dire que les enceintes ont de quoi être décrassées, ainsi que le caisson de basses qui a quelques belles occasions pour rugir. De quoi entretenir vos rapports houleux avec le voisinage !



Crédits images : © L’Atelier d’Images / Paramount Pictures / Lakeshore / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
