
ZOULOU (Zulu) réalisé par Cy Endfield, disponible en Édition limitée 2 Blu-ray + Livret le 3 juin 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Michael Caine, Stanley Baker, Jack Hawkins, Ulla Jacobsson, James Booth, Patrick Magee, Nigel Green, Ivor Emmanuel…
Scénario : Cy Endfield, d’après un article de John Prebble
Photographie : Stephen Dade
Musique : John Barry
Durée : 2h18
Année de sortie : 1964
LE FILM
En janvier 1879, au Natal en Afrique du Sud, une petite garnison établie près d’une mission, commandée par les lieutenants John Chard et Broomhead, est attaquée par quelque quatre mille zoulous entrés en guerre contre l’oppresseur britannique. Après deux jours de bataille, alors que tout semblait perdu, les zoulous se retirent et rendent hommage à la vaillance de leurs ennemis.

En Angleterre, c’est un film culte, du genre à être diffusé à la télévision chaque année durant les fêtes de Noël. Zoulou ou Zulu en version originale, est considéré comme étant le chef d’oeuvre entre le réalisateur Cyril R. Endfield (1914-1995), plus communément appelé Cy Endfield, et le comédien Stanley Baker (1928-1976). Pour leur cinquième et avant-dernière collaboration, le second devient producteur et les deux associés cofondent la société Diamond Films. Zoulou est une œuvre pour laquelle les deux hommes se sont battus et ont tout fait pour que leur rêve puisse devenir réalité. Cy Endfield fut entre autres inspiré pour réaliser le film après avoir lu un article de John Prebble sur la bataille de Rorke’s Drift. C’est lui qui soumet le sujet à Stanley Baker, connaissant le souhait de ce dernier de passer à la production. Endfield et Prebble rédigèrent un scénario que Baker montra à Joseph E. Levine pendant le tournage de Sodome et Gomorrhe (1962) en Italie. Levine accepta de financer le film, produit par la société de Baker, Diamond Films. Le film fut tourné en Super Technirama 70 et distribué par Paramount Pictures dans tous les pays, à l’exception des États-Unis, où il fut distribué par Embassy Pictures. Et c’est un triomphe international. Si à sa sortie Zoulou est surtout le film de Cy Endfield et de Stanley Baker, il est surtout aujourd’hui reconnu comme étant le film qui a révélé Michael Caine aux yeux du monde. Tout juste âgé de trente ans, le comédien britannique enchaînait les apparitions au cinéma, la plupart du temps non créditées, ainsi qu’au théâtre. Zoulou allait changer définitivement sa vie et sa carrière, puisque suite à ce « big hit », l’acteur allait enchaîner immédiatement avec Ipcress, danger immédiat – The Ipcress File de Sidney J. Furie, dans lequel il endossait pour la première fois le costume d’Harry Palmer, puis Alfie le dragueur – Alfie de Lewis Gilbert. L’alchimie à l’écran entre Stanley Baker et Michael Caine participe à la grande réussite de Zoulou, qui s’apparente à un huis clos à ciel ouvert, comme une relecture d’Alamo de John Wayne, sorti quelques années auparavant. Un drame de guerre touchant au western qui a su toucher le public international et dont l’aura ne s’est jamais éteinte aux yeux des cinéphiles. Et la composition mythique de John Barry de rentrer dans toutes les mémoires.



En janvier 1879, suite à la défaite de 1 300 soldats britanniques à Isandlwana, des guerriers zoulous pillent le champ de bataille. Lors d’une cérémonie de mariage zoulou collective, à laquelle assistent le missionnaire Otto Witt et sa fille Margareta, le roi zoulou Cetshwayo est informé de cette grande victoire. Witt et Margareta fuient vers leur poste missionnaire lorsqu’ils comprennent que les zoulous vont attaquer l’avant-poste isolé de Rorke’s Drift, au Natal. Une compagnie du 24e régiment d’infanterie de l’armée britannique utilise ce poste comme dépôt de ravitaillement et hôpital pour les forces britanniques. Informé de la défaite d’Isandlwana par le commandant Adendorff du contingent indigène du Natal et averti de l’approche d’une force de 4 000 zoulous, le lieutenant John Chard, du génie royal, prend le commandement des 150 hommes du poste, dont 30 sont malades et blessés. Il est légèrement plus gradé que leur commandant direct, le lieutenant Gonville Bromhead. N’ayant pas le temps d’évacuer, Chard décide de rester et de se battre. Il fortifie la station avec des chariots renversés, des sacs de maïs, formant ainsi un périmètre défensif. Furieux que Chard arme les patients de l’hôpital au lieu de les évacuer, Witt persuade les locaux servant dans le contingent indigène du Natal de déserter. Chard ordonne alors que Witt soit enfermé dans la réserve de la chapelle. La première attaque des zoulous est repoussée par les tirs britanniques. Adendorff explique qu’ils sondent les positions ennemies. Witt, ivre, proclame que tous les soldats périront lors de la bataille imminente et Chard autorise Margareta à l’emmener. Les zoulous les laissent passer. Chard comprend que les zoulous sont conscients de la faiblesse de la défense du mur nord et craint une attaque de toutes parts.


En 1964, le film de guerre a pour épicentre l’être humain et la folie du conflit armé. Week-end à Zuydcoote de Henri Verneuil et Pour l’exemple de Joseph Losey replacent l’homme au centre de l’histoire et donc de l’Histoire, après des monuments du genre qui viennent de se succéder au cinéma (Lawrence d’Arabie de David Lean, La Grande évasion de John Sturges et Les Canons de Navarone de J. Lee Thompson). Dans Zoulou, Les « Tuniques rouges » défendent comme un seul homme, comme un seul soldat plutôt, cette petite ferme faisant office de mission et d’hôpital. Mais l’espoir est mince quand le groupe formé par 150 hommes, dont un bon cinquième est alité, se retrouve face à 4000 zoulous. Cy Endfield est très inspiré derrière la caméra avec de fabuleux travellings qui créent une immersion immédiate (son travail aurait largement influencé Peter Jackson pour Le Seigneur des Anneaux – Les Deux Tours), comme si le spectateur devenait instantanément le témoin d’un massacre à venir.


Pendant une bonne heure, l’audience est invitée à aller à la rencontre des nombreux personnages, le décor, naturel et splendide, est planté, les rapports hiérarchiques sont détaillés, les soldats, valides ou non, sont présentés. Puis, survient un bruit, qui ressemble à celui d’un train arrivant au ralenti. Le danger est là, survient et restera jusqu’à la dernière seconde. Mais nombreux sont les protagonistes, avec lesquels nous avons fait connaissance précédemment, qui ne verront pas l’issue de cet affrontement.


Si Cy Endfield est un maître du storytelling, il est ici solidement épaulé par le chef opérateur méconnu Stephen Dade, qui connaît son quart d’heure de gloire avec Zoulou, où l’écarlate des uniformes anglais tranche avec le bleu immaculé du ciel. La séquence où le toit de chaume de l’hôpital est incendié par les zoulous est magistrale, tout comme celle où le soldat Henry Hook rallie les patients pour repousser les assaillants et s’échapper du bâtiment en flammes. Un morceau de bravoure parmi tant d’autres (les scènes de combats demeurent très impressionnants, secs, étonnamment sanglants et violents) durant les 140 minutes de Zoulou, durant lesquelles on ne s’ennuie pas une seconde. On pourra sans doute juste reprocher la place conséquente accordée au personnage du missionnaire incarné par Jack Hawkins (Lawrence d’Arabie, Ben-Hur, Shalako), qui ralentit quelque peu le rythme dans la première partie. La suite s’accélère dès l’arrivée des zoulous sur le pied de guerre et l’intérêt ne s’émoussera jamais. L’émotion est présente, serre le coeur des spectateurs à mesure que les morts s’accumulent, jusqu’à ce que les zoulous se mettent à chanter pour saluer la bravoure de leurs ennemis. C’est alors qu’une voix-off, celle rocailleuse et reconnaissable entre toutes de Richard Burton, se met à énumérer les onze Croix de Victoria décernées pour la bataille tandis que Chard plante un bouclier zoulou dans le sol. Ainsi, Stanley Baker a le dernier mot et l’on peut y voir une allégorie, celle qui signifierait que Zoulou a été planté à jamais dans le septième art.


Par la suite, Cy Endfield et Stanley Baker se retrouveront une dernière fois l’année suivante pour Les Sables du Kalahari, qui sera un échec cuisant…Mais le réalisateur reviendra au peuple zoulou en écrivant le livre Zulu Dawn, qui sera adapté – par ses soins – au cinéma en 1979, puis mis en scène par Douglas Hickox. Ce sera L’Ultime Attaque, avec Burt Lancaster et Peter O’Toole, préquel de Zoulou qui se penche sur la bataille d’Isandhlwana, dont l’action se déroule la veille des événements de Rorke’s Drift. Mais ce « prologue » ne parviendra jamais à retrouver le souffle épique de son modèle.


LE BLU-RAY
C’est assurément l’une des plus grosses sorties de l’année pour Rimini Éditions. Zoulou débarque en Édition limitée – Blu-ray + livret chez l’éditeur, après être passé à plusieurs reprises par la case Paramount, la dernière mouture remontant à 2008. Rimini revient donc à Cy Endfield, quelques mois après sa magnifique édition Blu-ray des Sables du Kalahari. Cette édition de Zoulou se compose de deux Blu-ray, un comprenant le film, l’autre les suppléments. Les deux disques reposent dans un boîtier classique transparent. Jaquette au visuel élégant, probablement hérité d’une des affiches originales d’exploitation. Un livre de 90 pages est également inclus et glissé avec le reste dans un fourreau cartonné du plus bel effet, mais uniquement centré sur Michael Caine…qui ressemble furieusement à Donald Sutherland…Difficile de le reconnaître et on regrette que Stanley Baker n’ait pas été mis en avant, d’autant plus que celui-ci est aussi le producteur de Zoulou. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément, à ne pas manquer, est l’intervention de Florent Fourcart (49’). Déjà présent sur les éditions HD du Salaire du diable, Une âme perdue, La Chute des héros et Ailleurs, l’herbe est plus verte, toutes disponibles chez Rimini, le spécialiste de l’Histoire au cinéma, historien de formation et élève de l’éminent Jean A. Gili à l’Université Paris I – Panthéon Sorbonne, signe une fois de plus une merveilleuse présentation du film qui nous intéresse aujourd’hui, Zoulou de Cy Endfield. Comme un panneau l’indique en introduction, ce module se penche sur le film dans son intégralité, y compris le dénouement, donc nous vous conseillons bien évidemment (mais est-ce utile de le préciser), de visionner ce supplément après avoir (re)vu Zoulou. Florent Fourcart revient sur la genèse de ce « très grand film de guerre », ou l’aboutissement du rêve de deux personnalités, Cy Endfield et Stanley Baker, le second devenant pour la première fois producteur. La carrière du cinéaste est ainsi passée en revue (« beaucoup de séries B de qualité, toujours engagées »), ainsi que ses six collaborations avec Stanley Baker. Puis, Florent Fourcart aborde la véritable histoire de l’affrontement entre les hommes de l’avant-poste de Rorke’s Drift et les 4000 zoulous. Dans un autre temps, le casting (avec la découverte et donc la révélation de Michael Caine), la recherche du budget, les conditions de tournage (placé à cent kilomètres où se sont déroulés les événements), les thèmes du film, la musique de John Barry, le triomphe de Zoulou au cinéma (surtout en Grande-Bretagne), qui est encore diffusé tous les ans durant les fêtes de fin d’année avec des records d’audience rarement égalés, sont aussi évoqués. Le préquel de Douglas Hickox, L’Ultime attaque, écrit par Cy Endfield, d’après son ouvrage, est aussi mentionné. Une présentation parfaite, érudite, passionnante et complète.
Nous trouvons ensuite une interview de l’immense John Barry (6’30), réalisée en 2007. Le maestro, dont les propos sont croisés avec ceux de Robert Porter (réalisateur de la seconde équipe) et de l’historien du cinéma Sheldon Hall, explique comment le thème principal de Zoulou a été créé, entre autres à partir de la musique indigène zouloue traditionnelle entendue dans le film. Sur ces scènes, John Barry a pu créer sa propre musique.
Également repris de l’édition collector de 2007, l’interview de l’historien du cinéma Sheldon Hall replace le film Zoulou dans son contexte, cinématographique, historique et culturel (11’40). L’occasion de voir quelques rares images de tournage, y compris de films personnels de certains membres de l’équipe du film, qui possédaient une caméra 8mm et capturaient des images du plateau et des coulisses. Sheldon Hall réalise un tour complet du film, aborde les lieux des prises de vues, la carrière de Cy Endfield, celle de Stanley Baker, le casting, tout en indiquant que Zoulou n’est pas selon lui un film patriotique, un film à message ou politique, mais montrait un certain scepticisme sur l’impérialisme, tout en instaurant un sentiment de malaise, une incertitude, un doute.
Last, but not least, Rimini Éditions a pu mettre la main sur le making of rétrospectif d’une durée de 46 minutes, scindé en deux parties (26’ + 20’), datant de 2002. Au programme, des entretiens avec la veuve de Stanley Baker, Robert Porter (réalisateur de la deuxième équipe), quelques acteurs (Glynn Edwards, James Booth, Joe Powell qui était également cascadeur), des images de tournage…Mais aussi un retour cette fois encore très dense sur les conditions de prises de vue, le casting (la Paramount espérait avoir Terence Stamp, mais Cy Endfield a su imposer Michael Caine), les lieux de tournage, la musique de John Barry, le triomphe et la pérennité du film.




L’Image et le son
Zoulou revient dans les bacs grâce à Rimini Éditions. L’oeuvre dantesque de Cy Endfield apparaît pour la première fois en HD en France, dans un transfert 1080p (AVC) au format 2.35:1. Rien à redire sur la propreté de la copie, tout y est immaculé, sans poussière ni griffure. En revanche, là où on tique beaucoup plus, c’est sur l’absence du grain original, ce qui était déjà le cas sur le Blu-ray britannique et avait déclenché quelques hostilités de la part des puristes de la texture argentique. Disons que l’image de Zoulou présentée ici est « trop » parfaite, sans aspérité, à tel point que certains plans paraissent avoir été tournés en rétroprojection, ce qui n’est pas le cas, à l’instar des scènes d’incendie. Le piqué est acéré, mais étonnamment trop pour un film de 1964. Le réducteur de bruit a littéralement écrasé le côté « grumeleux » de la sublime photographie de Stephen Dade, tandis que la luminosité aurait gagné à être revue. Soleil africain d’accord, mais tous les partis-pris semblent avoir été surenchéris, pour ne pas dire exagérés. Les couleurs sont éclatantes, rien à redire là-dessus, les tuniques rouges explosent la rétine, tout comme le ciel bleu. Ceux qui souhaitent une image dénuée de tous défauts seront comblés, ceux qui restent attachés à l’aspect organique risquent de rechigner.


Deux pistes au choix sur cette édition, en français Dual Mono et en anglais Stéréo. Concernant la seconde, vivement conseillée, le mixage s’en sort bien mieux que celui proposé sur l’ancienne édition DVD, avec une plus grande clarté des échanges et des affrontements. La partition de John Barry est également aérée et bénéficie d’une large ouverture des enceintes. La version française vaut le coup pour la qualité de son doublage avec à la barre Jacques Dynam, Claude Bertrand, André Valmy, Michel Gatineau…des cadors. Mais du point de vue « qualité », le confort acoustique demeure plus limité, car étouffé par moments.




Crédits images : © Rimini Éditions / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
