
AMOUR APOCALYPSE (Peak Everything) réalisé par Anne Émond, disponible en DVD & Blu-ray le 5 mai 2026 chez L’Atelier d’Images.
Acteurs : Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup, Gilles Renaud, Élizabeth Mageren, Leona Son, Eric K. Boulianne, Jude Beny…
Scénario : Anne Émond
Photographie : Olivier Gossot
Durée : 1h41
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Propriétaire d’un chenil, Adam, quarante-cinq ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent… c’est l’amour !

Tiens, si on allait faire un petit tour du côté du Canada, au Québéc et pourquoi pas même en Ontario ? C’est ce que nous propose la réalisatrice et scénariste Anne Émond (née en 1982), auteure de nombreux courts-métrages et dont il s’agit ici du sixième long, qui nous parvient en France, après avoir été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2025. Lauréat du Grand Prix au Festival du Film de Cabourg, proposé dans de nombreux autres festivals (en Argentine, en Pologne…), Amour Apocalypse nous dévoile l’hypersensibilité d’une cinéaste, qui s’inspire d’une dépression qui lui est tombée dessus durant le confinement de 2020, plus précisément une éco-anxiété. De là est né le personnage d’Adam, 45 piges, en pleine détresse émotionnelle, mentale et physique, persuadé que le monde est au bord du chaos. En fait, Adam, qui déclare ouvertement être profondément triste, sans pour autant savoir pourquoi, est à un carrefour de son existence. Il va consulter une psy, qui s’amuse à décrypter son prénom (« Anxieux Déprimé Atypique Médication ? », avant de remplacer le D par « Dépressif »), sans pour autant lui donner les clés pour aller mieux. Mais il repart avec beaucoup de médicaments, des anxiolytiques, des somnifères, des anti-dépresseurs…et finalement ce qui lui fait le plus de bien semble être la luminothérapie…Cela tombe bien, car sa lampe défaillante va, ironie du sort, éclairer son existence, quand il va entrer en contact avec le service client…Amour Apocalypse ou Peak Everything est une comédie existentielle qui mute en romance inattendue, qui offre à ses deux formidables têtes d’affiche, le québécois Patrick Himon (qu’on a pu voir dans Le Fils de Jean de Philippe Lioret) et la trop rare Piper Perabo (révélée il y a 25 ans dans Coyote Girls – Coyote Ugly de David McNally), de très beaux rôles, les deux comédiens étant parfaits d’alchimie et de complicité. Une jolie découverte que l’univers de cette metteuse en scène !



Adam, propriétaire d’un chenil, est globalement déprimé, à cause de toutes les catastrophes environnementales qui se profilent. Écophobe, il se relaxe comme il peut à l’aide d’une lampe à UV et voit régulièrement sa psychiatre. Alors qu’il fait choir la lampe, il appelle la hotline, tombant sur Tina, auprès de laquelle il s’épanche sur la tristesse qu’il ressent et avec laquelle il sympathise. Entrée en empathie, celle-ci lui renvoie une nouvelle lampe, dessinant un petit flocon de neige sur le courrier qui accompagne celle-ci…


La peur d’Adam est-elle légitime ? On sent son inquiétude, son stress, son malaise grandir de jour en jour, jusqu’à l’implosion. Jusqu’à présent impuissant face à sa situation, ce grand enfant, dont la mère est morte quand il avait deux ans et qui a donc été élevé par un père qui a fait comme il le pouvait, va enfin prendre les choses en main et ce grâce à la belle voix de son interlocutrice au téléphone. Les crises climatiques allant de mal en pis, Adam paraît investi d’une mission, il va se rendre en Ontario pour aider celle qui semblait en fâcheuse posture (on évoque un tremblement de terre) et avec laquelle le courant était bien passé au service après-vente. On pense beaucoup au méconnu Jusqu’à ce que la fin du monde nous sépare – Seeking a Friend for the End of the World (2012) de Lorene Scafaria, qui lui aussi narrait une histoire d’amour sur fond de destruction de l’humanité, dont on retrouve aussi la même mélancolie, le même spleen traîné par des personnages qui paraissent usés par leur première moitié de vie, durant laquelle ils semblent n’avoir pas fait le quart de ce qu’ils imaginaient plus jeunes.


Amour Apocalypse est la rencontre de deux solitudes, quand bien même Tina vit en couple et est même mère de famille, deux âmes perdues et éteintes qui vont repasser de l’obscurité à la lumière. Il faut un petit temps d’adaptation pour entrer pleinement dans Amour Apocalypse, qui présente longuement le personnage principal, son quotidien dans le chenil, ses petits jeux sexuels avec sa secrétaire plus jeune que lui, son père aussi envahissant (il est toujours dans les parages) qu’inutile (il ne sert absolument à rien dans la vie d’Adam), ses rares potes, ses chiens auxquels il donne les croquettes adéquates. On se croirait presque dans Un jour sans fin – Groundhog Day d’Harold Ramis, tant les jours qui passent se ressemblent encore et toujours. Puis, vient l’événement qui vient tout bouleverser, la lampe thérapeutique d’Adam tombe par terre, en panne. Un numéro de téléphone à appeler en cas d’incident est mentionné sur le produit. Adam appelle, tombe sur une voix aussi professionnelle que sexy (et encore, il n’a pas encore vu la « bouche à Piper »)…Son destin bascule.


Amour Apocalypse touchera personnellement et différemment les spectateurs, selon leur propre vécu. Mais il y a bel et bien cette touche universelle qui fait que le film s’adresse finalement à tous. Il n’est pas exclu d’avoir la larme à l’oeil à la fin tant on a lâché prise en même temps qu’Adam. Tendre et charmant, chaleureux et optimiste, un baume au coeur à appliquer sans modération.



LE BLU-RAY
30.500 entrées ! C’est tout ce qu’Amour Apocalypse a su attirer comme spectateur lors de sa sortie dans les salles françaises en février 2026. Espérons que le film d’Anne Émond connaisse une seconde chance avec sa sortie en DVD et Blu-ray chez L’Atelier d’images. La galette HD repose dans un boîtier classique de couleur bleue. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et bruité.

Aux côtés de la bande-annonce, l’éditeur fournit une interview d’Anne Émond, accompagnée de Patrick Himon (12’), réalisée à l’occasion de la sortie française d’Amour Apocalypse. La réalisatrice et son acteur principal, s’expriment sur la genèse du film (durant le confinement, Anne Émond vivait une éco-anxiété sévère), sur les éléments autobiographiques du scénario, ainsi que sur le casting. C’est là qu’intervient le comédien, même s’il demeure un peu en retrait, qui parle essentiellement de son travail et de son alchimie avec sa partenaire avec Piper Perabo.

L’Image et le son
Amour Apocalypse a été tourné en 35 mm. De ce Blu-ray, se dégage l’impression d’un piqué peu aiguisé, doux, comme si volontairement atténué, histoire de refléter le brouillard dans lequel se trouve Adam. Les contrastes sont corrects, la palette chromatique manque de vivacité, mais il s’agit sans doute de volontés artistiques, toujours pour accentuer la déprime du personnage principal. Les détails s’accentuent à mesure du récit et le cadre large est idéalement exploité.

Nous n’avons pas à nous plaindre du mixage français québécois/anglais Dolby Digital 5.1 qui répartit les répliques, la musique et les effets avec une belle fulgurance, tout du moins en adéquation avec le parcours d’Adam, qui retrouve le goût de vivre au fil de ses rencontres avec Tina. Le caisson de basses intervient à bon escient, comme lors d’un orage ou de la tempête finale.



Crédits images : © L’Atelier d’Images / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
