

EL LUTE I: MARCHE OU CRÈVE – EL LUTE II: DEMAIN, JE SERAI LIBRE (El Lute – camina o revienta – El Lute II: mañana seré libre) réalisés par Vicente Aranda, disponible en Combo Blu-ray + DVD le 16 juin 2026 chez Artus Films.
Acteurs : Imanol Arias, Victoria Abril, Antonio Valero, Carlos Tristancho, Diana Peñalver, Margarita Calahorra, Raúl Fraire, Manuel de Blas Jorge Sanz, Pastora Vega, Ángel Pardo, Blanca Apilánez, Silvia Rodríguez, Montserrat Tey, Terele Pávez…
Scénario : Joaquim Jordà & Vicente Aranda, d’après les mémoires d’Eleuterio Sánchez
Photographie : José Luis Alcaine
Musique : José Nieto
Durée : 1h58 + 2h
Date de sortie initiale : 1987 – 1988
LES FILMS
Dans les années 60, au sein de sa famille nomade et des mercheros, le jeune Eleuterio apprend la délinquance. Du vol de poulets jusqu’à l’attaque d’une bijouterie, il va finir en prison pour vite s’y évader et devenir la cible de la Guardia Civil. Après une cavale longue et pénible, Eleuterio est rattrapé par la Guardia Civil. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à perpétuité. Il va alors entreprendre la rédaction de ses mémoires.

El Lute : marche ou crève – El Lute : Camina o revienta et El Lute II : Demain, je serai libre – El Lute II: mañana seré libre, sortis respectivement en 1987 et 1988, écrits et réalisés par Vicente Aranda (1926-2015), s’inspirent des mémoires d’Eleuterio Sánchez Rodríguez (né en 1942), alias « El Lute », un jeune condamné pour meurtre devenu une figure légendaire en Espagne grâce à son évasion de prison dans les années 1960. Le premier long-métrage retrace les débuts de la carrière criminelle d’El Lute et est adapté du premier tome de ses mémoires, publié en 1977 alors qu’il était encore en prison. Le second volet, qui n’était pas prévu à la base et qui a été écrit, tourné et exploité dans la foulée du triomphe rencontré par le premier épisode (nommé pour quatre prix Goya, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleure actrice), poursuit son histoire et s’inspire logiquement du deuxième tome de ses mémoires, paru en 1979. Eleuterio Sánchez devait alors obtenir une libération conditionnelle en 1981. Vicente Aranda délaisse les adaptations d’oeuvres littéraires et donc de fiction, pour aborder le genre autobiographique. Il offre ainsi au comédien Imanol Arias le rôle de sa vie et devient une vedette très convoitée du cinéma ibérique. Révélé en 1982 dans Le Labyrinthe des passions – Laberinto de pasiones de Pedro Almodóvar, qu’il retrouvera en 1995 pour La Fleur de mon secret – La flor de mi secreto, il deviendra l’acteur fétiche de Vicente Aranda, en tournant avec lui à cinq reprises au cours de son illustre carrière. La réalité dépasse la fiction dans EL Lute, dont on appréciera surtout la première partie de ses aventures, forcément romanesques, mais aussi étonnamment violentes et frontales, et pas à mettre devant tous les yeux, en raison notamment de quelques scènes de torture particulièrement difficiles. On pense au diptyque Mesrine de Jean-François Richet, avec cette approche différente d’un opus à l’autre et même si El Lute II peine à insuffler le même intérêt que la première partie, le cinéphile curieux saura accueillir ce personnage méconnu de ce côté des Pyrénées, charismatique et évidemment cinégénique, comme il se doit grâce au travail éditorial d’Artus Films.


Dans l’Espagne des années 1960, une famille pauvre de quinquis (ou mercheros) — un groupe ethnique nomade aux origines obscures et dont la tradition est aussi ancienne que celle des Gitans d’Espagne — vit dans la précarité. Ils fabriquent des objets en fer-blanc et réparent des ouvrages métalliques. Le fils, Eleuterio Sánchez Rodríguez, surnommé « El Lute », vole quelques poules et est condamné à six mois de prison. Il s’installe dans la périphérie miséreuse de Madrid avec sa compagne, Chelo. Ils mènent une vie de colporteurs d’ustensiles de cuisine et vivent dans un bidonville. Peu à peu, il bascule dans la petite délinquance, puis participe au braquage d’une bijouterie au cours duquel un gardien est tué par l’un de ses deux camarades. La Garde civile ne tarde pas à le rattraper. Il est de nouveau arrêté mais, même sous la torture, refuse de dénoncer ses complices. Les deux autres suspects sont rapidement appréhendés. Tous trois sont reconnus coupables de meurtre et condamnés à mort. Une grâce de dernière minute accordée par le général Franco leur sauve la vie, commuant leur peine en trente ans de prison militaire. Plus tard, alors qu’il est transféré en train sous la garde de deux agents de la Garde civile, El Lute parvient à s’évader. Il échappe à une vaste opération de recherche nationale pendant plusieurs semaines, malgré une fracture du bras. La Garde civile finit par le retrouver et le ramène à nouveau en prison. Grâce à son évasion audacieuse et à son opposition au régime franquiste, El Lute devient un héros populaire et un symbole de l’oppression subie par les pauvres sous la dictature de Franco.


Le second épisode démarre là où le premier s’était arrêté. Vicente Aranda se penche ici sur l’histoire d’un homme qui lutte de toutes ses forces pour sa vie et sa liberté. Eleuterio s’engage dans une existence plus mouvementée, porté par le rêve de vivre comme ses compatriotes — des aspirations qui ne cessent de grandir en lui. Rien ni personne ne peut l’arrêter cette fois. Après son évasion de la prison de Puerto de Santa María, ses retrouvailles avec sa famille ne sont que le début d’une cavale sans fin. El Lute n’est plus seul, devient un chef de clan, a appris à lire et à écrire et c’est en homme désormais instruit qu’il dirige son existence et donc pas conséquent celle de ceux qui l’accompagnent et qui ne souhaitent pas le laisser, dont ses frères et sa sœur (incarnée par Pastora Vega, véritable compagne de la tête d’affiche).


Outre Imanol Arias, impressionnant et qui crève littéralement l’écran, Victoria Abril, qui avait déjà plus de dix ans de carrière (La Rose et la Flèche de Richard Lester, J’ai épousé une ombre de Robin Davis, La Lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix) et qui avait déjà collaboré plusieurs fois avec le réalisateur, y compris pour le légendaire Je veux être femme – Cambio de sexo de Vicente Aranda et Le Temps du silence –Tiempo de Silencio (dans lequel elle donnait déjà la réplique à Imanol Arias), tire facilement son épingle du jeu dans El Lute I (elle est absente du deuxième) par son tempérament volcanique.


Si le second s’avère beaucoup moins attachant, n’est clairement pas à la hauteur du premier et ne connaîtra pas du tout le même engouement commercial, on se laisse porter par ces aventures sombres, émouvantes, prenantes, non dénuées d’humour noir (histoire de relâcher un peu la pression) et qui donnent sérieusement envie d’en savoir encore plus sur le personnage principal après ces quasi-quatre heures de projection, qui se doublent d’une radiographie sans concession sur le franquisme. La mise en scène de Vicente Aranda est sèche, virtuose, la reconstitution soignée, le rythme soutenu (bien mieux sur le premier épisode) et l’émotion est au rendez-vous.


Ne manquez donc pas ce thriller social et politique centré sur cette « icône », qui au passage révèle comment la carrière criminelle et l’image médiatique de ce petit délinquant ont été manipulées et exploitées par les autorités comme tactique de diversion en une période de troubles politiques.


LE COMBO BLU-RAY + DVD
Artus Films frappe fort encore une fois avec l’édition en Combo Blu-ray + DVD des deux volets du diptyque El Lute de Vicente Aranda ! Les quatre disques, différemment sérigraphiés, reposent dans un Digipack à deux volets, illustrés par les affiches originales. Le tout est glissé dans un fourreau cartonné très élégant. Les menus principaux sont fixes et musicaux.


En plus de Diaporamas d’affiches et de photographies d’exploitation, les deux films sont présentés par le désormais incontournable Marcos Uzal. Mises bout à bout, ces deux interventions avoisinent les 55 minutes, durant lesquelles le critique et rédacteur en chef des Cahiers du cinéma revient sur tous les aspects d’El Lute et de sa suite. La carrière du réalisateur Vicente Aranda, la figure historique d’Eleuterio Sánchez Rodríguez, son parcours, sa légende, puis le casting, le grand succès de la première partie, les conditions de tournage, les partis-pris, les différences de ton entre les deux volets, l’évolution du personnage entre les deux films et bien d’autres éléments sont abordés au cours de ces deux suppléments immanquables.






L’Image et le son
Au jeu des comparaisons, il semble que le master HD d’El Lute II s’en tire mieux que celui de la première partie. En effet, pour le début des aventures d’Eleuterio Sánchez Rodríguez, la palette chromatique s’accompagne de menus décrochages, parfois au cours d’une même séquence. Dans l’ensemble, les copies restaurées 2K sont propres (des poils en bord de cadre, des poussières et des rayures verticales subsistent tout de même), stables, les contrastes sont convaincants. La texture argentique est préservée, mais s’avère plus grumeleuse et donc chancelante sur les scènes sombres et tamisées. Même chose concernant la clarté, équilibrée la plupart du temps, mais qui peut paraître d’un coup plus atténuée.


Point de version française pour El Lute, ni pour sa suite, les deux films n’ayant jamais été exploités dans nos salles. Les mixages espagnols PCM 2.0 Stéréo s’accompagnent parfois de craquements (surtout sur le premier épisode) et le rendu des dialogues est de temps en temps peu élevé. Le confort est tout de même assuré, mais il ne faut tout de même pas trop en attendre plus.


Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
