Test DVD / Dites-lui que je l’aime, réalisé par Romane Bohringer

DITES-LUI QUE JE L’AIME réalisé par Romane Bohringer, disponible en DVD le 8 avril 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Romane Bohringer, Clémentine Autain, Eva Yelmani, Richard Bohringer, Dominique Frot, Philippe Rebbot, Liliane Sanrey-Baud, Josiane Stoléru…

Scénario : Romane Bohringer & Gábor Rassov

Photographie : Bertrand Mouly

Durée : 1h28

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Romane Bohringer décide d’adapter le livre de Clémentine Autain consacré à sa mère. Rapidement, la comédienne et réalisatrice se rend compte que cette histoire résonne beaucoup en elle…

C’est un projet évidemment personnel auquel nous convie la comédienne Romane Bohringer (née en 1973). Moins exposée depuis les années 2010 (on peut tout de même citer le superbe Renoir de Gilles Bourdos), l’actrice n’a pourtant jamais arrêté de tourner, pour le cinéma, comme pour la télévision. Elle passe derrière la caméra en 2018 avec L’Amour flou, qu’elle coréalise avec son ex-compagnon Philippe Rebbot, inspiré par leur propre vécu, un succès qui sera ensuite décliné sous forme de série télévisée. Roman Bohringer revient à la mise en scène avec Dites-lui que je l’aime, titre repris du film de Claude Miller sorti en 1977 et cela n’est pas anodin. En effet, au générique, aux côtés de Gérard Depardieu, Miou-Miou et Claude Piéplu, on trouvait la comédienne Dominique Laffin (1952-1985), espoir et feu follet du cinéma français, souvent vue comme une « Dewaere au féminin », qui en l’espace de cinq ou six ans jouera entre autres dans Les Petits Câlins de Jean-Marie Poiré, Tapage nocturne de Catherine Breillat, Pipicacadodo de Marco Ferreri, de Claude Sautet et La Femme qui pleure de Jacques Doillon, qui lui vaut d’être nommée pour le César de la meilleure actrice. Dominique Laffin meurt subitement d’une crise cardiaque le 11 juin 1985, dans son appartement du Faubourg Saint-Antoine à Paris, où elle est retrouvée dans sa baignoire. Elle venait d’avoir 33 ans. Pourquoi Romane Bohringer a-t-elle empruntée ce titre ? Parce que Dominique Laffin était la mère de Clémentine Autain, femme politique, qui en 2019 écrit un ouvrage éponyme consacré à sa mère, à leur relation et à son deuil précoce. Une histoire qui bouleverse alors Romane Bohringer, dont la mère, Marguerite Bourry, dite Maggy Bohringer, née à Saïgon d’un père corse et d’une mère vietnamienne — abandonne le foyer lorsqu’elle a neuf mois. Quand Maggy Bohringer mourra, elle aura 36 ans. En lisant le livre Dites-lui que je l’aime, l’actrice y voit de nombreux échos avec sa propre histoire, décide de transposer ce roman, qui petit à petit va donner naissance à un mélange de fiction et de documentaire. D’où ce caractère quelque peu hybride, qui décontenance dans une première partie où la réalisatrice elle-même a l’air de chercher où elle veut en venir, surtout quand elle se met en scène elle-même avec Clémentine Autain. Le côté autofiction est un peu brinquebalant, mais le film trouve ensuite sa vitesse de croisière et en dehors de quelques digressions inutiles, Dites-lui que je l’aime s’avère une œuvre souvent bouleversante.

Une réalisatrice entreprend d’adapter au cinéma le livre autobiographique de Clémentine Autain Dites-lui que je l’aime consacré à la figure de sa mère. Ce projet l’amène à revenir sur son parcours personnel et sur son histoire familiale. Le film alterne scènes liées à la préparation de l’adaptation et évocations du passé, mêlant récit autobiographique et mise en abyme du processus de création.

Voilà, que dire d’autre ? Romane Bohringer livre un film qui peut agacer par moments, surtout sur les passages trop mis en scène, comme lorsqu’elle évoque son désir de transposer le livre de Clémentine Autain. Se succèdent ainsi à l’écran, Céline Sallette, Julie Depardieu et Elsa Zylberstein, qui passent le casting pour avoir le rôle principal. Ces vignettes sont amusantes, mais s’éloignent du sujet principal. Même chose concernant les apartés où Romane Bohringer « dirige » son fils Raoul, mis dans la peau d’un détective privé lancé sur l’enquête, à la recherche d’indices sur la vie de sa grand-mère, qu’il n’a donc pas connue. Le générique de fin n’est pas de très bon goût non plus il faut bien le dire. L’intérêt se relance quand on en apprend plus sur Dominique Laffin, actrice qui troublait, subjuguait, un talent prometteur salué par la critique, une écorchée vive toujours rattrapée par ses excès, dont Clémentine Autain était témoin durant son enfance.

Romane Bohringer met en relief comment un enfant souffre, fortement et en silence, sur la force qui le pousse à avancer malgré tout, avec un pilier en moins, comment il parvient à se construire, à accepter. La dimension méta s’installe progressivement et prend finalement le dessus, au fur et à mesure que la réalisatrice prend réellement possession de sa propre histoire, comme si après avoir trouvé ce vecteur, cette rampe de lancement, elle pouvait enfin se consacrer à sa propre mère. Les souvenirs affluent, se multiplient, de nouvelles informations arrivent, en contredisent certaines que les Bohringer pouvaient avoir, la famille s’agrandit aussi puisque Romane découvre qu’elle a un demi-frère et une demi-sœur. Là-dessus le grand Richard apparaît subrepticement, via des images d’archives en Super 8, mais aussi assis sur un banc, à l’occasion de ce film.

Il est ici question de passage de témoin, de devoir de mémoire, mais aussi de quête de soi. Dites-lui que je l’aime est un vrai film biographique, parfois maladroit (quand la fiction s’en mêle, l’ensemble devient gênant), mais toujours sincère, qui touche à l’universel et donc en plein coeur. Difficile de ne pas s’attacher à cette histoire émouvante.

LE DVD

Près de 115.000 spectateurs sont venus découvrir Dites-lui que je l’aime dans les salles. Un beau succès pour Romane Bohringer. C’est ARP Sélection qui se charge de la sortie de ce film dans les bacs. Le disque repose dans un boîtier classique Amaray transparent, glissé dans un surétui cartonné. La jaquette reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Nous trouvons quelques scènes coupées (14’25), avec certains propos de Romane Bohringer, qui explique pourquoi elle tenait à ces scènes, qui ont dû malgré tout être écartées. On y voyait entre autres une apparition de son coscénariste Gábor Rassov lors d’un prologue alternatif, d’autres enquêtes de Raoul (poursuivi par une mouche géante…) et d’autres éléments de fiction, qui auraient effectivement ralenti considérablement le rythme et alourdi l’ensemble.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Tourné en numérique, Dites-lui que je l’aime ne bénéficie pas d’une édition HD. Néanmoins, ce DVD parvient à restituer les volontés artistiques, un tournage vif afin de capter la spontanéité des intervenants, avec une belle précision. Le cadre est beau, la colorimétrie scintillante et le relief omniprésent. L’encodage AVC consolide l’ensemble avec fermeté, le piqué est acéré.

La piste 5.1. est anecdotique et le soutien des latérales n’est palpable que sur les rares séquences tournées en extérieur. Les scènes demeurent essentiellement axées sur les frontales, les latérales se contentant d’un écho très lointain. Pour cause de tournage brut, l’enregistrement sonore varie selon les conditions des prises de vue. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont au programme, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © ARP Sélection / Escazal Films / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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