
AVE MARIA réalisé par Jacques Richard, disponible en DVD & Blu-ray le 15 janvier 2025 chez LCJ Editions & Productions.
Acteurs : Anna Karina, Féodor Atkine, Isabelle Pasco, Pascale Ogier, Dora Doll, Bernard Freyd, Philippe Castelli, Balthazar Clémenti…
Scénario : Jacques Richard & Paul Gégauff
Photographie : Dominique Brenguier
Musique : Jorge Arriagada
Durée : 1h44
Date de diffusion initiale : 1984
LE FILM
Ursula, 15 ans, subit dans un petit village de la France profonde, une éducation morale et religieuse fanatique. Dans la vaste demeure, baptisée « Sainte oeuvre » par Adolphe Eloi, un prêtre défroqué, Ursula sera jugée par les membres de la secte villageois.

Soyons honnêtes d’emblée, si Ave Maria avait parlé de lui avant même sa sortie, c’est en raison de son affiche, qui avait déclenché quelques polémiques. Sur celle-ci, Isabelle Pasco, à peine 18 ans (et juste avant Hors-la-loi de Robin Davis), est seulement vêtue d’un pagne et surtout crucifiée, la poitrine découverte, photographie réalisée par Bettina Rheims qui allait entraîner quelques procès pour injure ou diffamation envers une religion. Le réalisateur Jacques Richard sera d’ailleurs poursuivi par la Fraternité Saint-Pie-X et par près d’une dizaine d’autres associations catholiques, qui demandaient l’interdiction pure et simple de l’affiche. La justice donnera finalement raison aux plaignants et l’affiche sera interdite sur la voie publique. Mais au-delà de ce scandale (identique à celui que connaîtra aussi l’affiche de Larry Flynt de Milos Forman en 1996), Ave Maria est un excellent long-métrage, un drame psychologique à la frontière du fantastique, un récit que n’aurait pas renié un certain Stephen King. Car Ave Maria, mis en scène par Jacques Richard (né en 1954), traite du fanatisme religieux, celui qui gangrène les campagnes les plus reculées, qui abuse des âmes sensibles, qui les suce jusqu’à la moelle. En dehors de quelques digressions et diverses baisses de rythme, Ave Maria reste une œuvre OVNI dans le cinéma français et peut encore aujourd’hui perturber et décontenancer une bonne partie du public, plus de quarante ans après sa sortie.



Âgée de quinze ans, Ursula s’éveille à la sensualité avec Paul, un adolescent de son âge. Elle vit dans un petit village, dans un milieu assez fermé, fortement imprégné de religion. Les habitants de ce village vivent sous la domination du prêtre défroqué Adolphe Éloi, que tous appellent « le Saint-Père ». Ce dernier et sa compagne Berthe Granjeux, « la Sainte-Mère », tentent de soumettre la jeune fille qui est véritablement la seule à ne pas accepter leur tyrannie. Ils tentent de la culpabiliser, et c’est par révolte que l’adolescente s’impose et s’oppose à eux par des tendances de plus en plus perverses. Au soir de Noël, les « fidèles » d’Adolphe Éloi dressent son procès. Pendant cette nuit consacrée à l’exorcisme, Ursula doit subir une avalanche de châtiments corporels destinés à la purifier de tous ses péchés.


Ancien assistant du légendaire Henri Langlois à la Cinémathèque française, ayant fait ses classes chez Benoît Jacquot et Philippe Garrel (oui bon…), Jacques Richard fait ses premiers pas derrière la caméra au mitan des années 1970 avec Né- (ou Le Vivarium). Avec son casting hétéroclite composé de Fabrice Luchini, Michael Lonsdale, Catherine Ribeiro et Jean-Luc Godard, le film est diffusé dans plusieurs festivals. C’est là qu’il est aussi remarqué par la productrice Irène Silberman (À nous les petites anglaises, Diva), qui lui propose de financer Ave Maria, que Jacques Richard coécrit avec Paul Gégauff (More et La Vallée de Barbet Schroeder, Que la bête meurt de Claude Chabrol, bref un cador), avant que le fidèle complice de Claude Chabrol meurt poignardé, assassiné par sa jeune compagne. Le film, qui lui est dédié, sortira quasiment un an après son décès et rend compte de la radicalité qui a souvent été sa marque de fabrique, à l’instar de son travail sur Plein soleil de René Clément.


Ave Maria repose aussi sur le jeu habité d’Anna Karina, qui signe une de ses prestations les plus originales (on ne l’a jamais vue comme ça) dans le rôle de Berthe Granjeux, et celui de Féodor Atkine, métamorphosé après Pauline à la plage d’Éric Rohmer. Les deux comédiens s’en donnent à coeur joie dans l’outrance et l’abject. Il faut voir comment la Granjeux s’extasie à regarder les jeunes femmes, à essayer d’en savoir plus sur leur sexualité, tandis que le « Saint-Éloi » essaye de maîtriser ses pulsions. Ave Maria va crescendo dans la représentation d’une communauté subjuguée et totalement sous le joug de ce « couple » pas très catholique, qui mène ce petit village d’une main de maître, aidé en cela par sœur Angélique, interprétée par la regrettée Pascale Ogier, qui elle aussi meurt prématurément à l’âge de 25 ans, une semaine avant la sortie d’Ave Maria. Étoile filante du cinéma français, Pascale Ogier venait d’être récompensée par la Coupe Volpi de la meilleure actrice pour Les Nuits de la pleine lune. Dans Ave Maria, elle est aussi flippante que frappadingue, comme ses partenaires.


Finalement, dans sa première apparition au cinéma, Isabelle Pasco, en dehors de sa magnifique poitrine dévoilée aux yeux du public, paraît bien sage en comparaison et il faut véritablement attendre le dernier acte pour que l’actrice montre enfin une autre facette, que son personnage se révèle enfin. La scène reste difficile et à ne pas mettre devant tous les yeux, contrairement à ceux de la Granjeux, qui n’en loupe pas une miette et s’avère même à deux doigts de l’hyperventilation. Ah oui, n’oublions pas l’apparition de ce bon vieux Philippe Castelli, hypnotisé lui aussi par les deux escrocs, qui pour expier ses fautes a le torse serré dans un cilice.


Considéré comme un film maudit (le distributeur Gérard Lebovici sera lui aussi assassiné dans un parking en mars 1984), Ave Maria, qui n’a connu aucun succès dans les salles, n’a pourtant rien perdu de son mordant et le thème de la secte « religieuse » demeure évidemment brûlant d’actualité. Jacques Richard privilégie souvent les gros plans, capturés en format large et filmés comme de véritables paysages, idéalement photographiés par Dominique Brenguier (Mister Frost) dont on reconnaît le style froid, clinique, chirurgical. Les dialogues sont percutants, provocateurs, puissants, agissent comme des coups de poing dans la tronche et le final demeure aussi culotté qu’inattendu. Il est temps désormais de reparler d’Ave Maria.



LE BLU-RAY
Ave Maria avait connu une première édition en DVD, il y a plus de quinze ans, chez Studiocanal. C’est LCJ Éditions & Productions qui reprend ce titre en main et qui le propose à nouveau en édition Standard, mais aussi pour la première fois en Blu-ray. La galette HD repose dans un boîtier classique de couleur bleue, qui contient la jaquette, reprenant, heureusement, le visuel jugé « scandaleux » d’époque. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément.
L’Image et le son
LCJ Éditions & Productions présente Ave Maria en version restaurée. Rien à redire sur la propreté de la copie. L’image est belle, stable, fraîche, les contrastes solides et la texture argentique aussi préservée qu’équilibrée. Certaines scènes paraissent sans doute moins définies, surtout sur les scènes en intérieur qui occasionnent quelques plans flous, mais celles qui « aèrent » l’action profitent de cette promotion HD.
Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont clairs, la propreté est de mise, les effets suffisamment riches, sans aucun souffle. La composition de Jorge Arriagada (Trois vies et une seule mort, Généalogies d’un crime) bénéficie en plus d’un très bel écrin. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.






Crédits images : © LCJ Editions & Productions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
