Test Blu-ray / Hors-la-loi, réalisé par Robin Davis

HORS-LA-LOI réalisé par Robin Davis, disponible en Blu-ray le 1er février 2022 chez Studiocanal.

Acteurs : Clovis Cornillac, Wadeck Stanczak, Nathalie Spilmont, Isabelle Pasco, Pascal Librizzi, Jean-Claude Tran, Joël Ferraty, Philippe Chambon…

Scénario : Patrick Laurent, Dominique Robelet & Robin Davis

Photographie : Jacques Steyn

Musique : Philippe Sarde

Durée : 1h47

Date de sortie initiale : 1985

LE FILM

Un groupe d’adolescents s’évade d’un centre de redressement. Bien malgré eux, ils déclenchent une tuerie dans un petit bal campagnard. Ils sont désormais, à double titre, recherchés par les forces de police. Les jeunes en fuite connaissent rapidement des dissensions au sein même de leur groupe…

C’est un choc. Méconnu, peu diffusé à la télévision, Hors-la-loi est un coup de poing dans la tronche comme il en arrive rarement dans le cinéma français. Après le triomphe de J’ai épousé une ombre, Robin Davis obtient carte blanche de la part de son producteur Alain Sarde. Alors que le réalisateur avait jusqu’à présent travaillé avec de très grandes vedettes et même des stars, comme Bernard Blier, Alida Valli Jacques Dufilho dans Ce cher Victor, Claude Brasseur, Claude Rich et Marlène Jobert dans La Guerre des polices, Alain Delon, Philippe Léotard et Catherine Deneuve dans Le Choc, Nathalie Baye, Francis Huster, Madeleine Robinson et Richard Bohringer dans J’ai épousé une ombre, Hors-la-loi repose entièrement (ou presque, à l’exception de l’apparition remarquable de Madeleine Robinson) sur un casting de jeunes inconnus. Parmi ceux-ci, un certain « Clovis », il est ainsi crédité au générique, tient le haut de l’affiche. Il s’agit bien sûr de Clovis Cornillac, seize ans au moment du tournage, qui crève l’écran ici dans le rôle de Roland, celui qui devient malgré-lui le leader de ces adolescents en fuite. A ses côtés, Isabelle Pasco, 18 ans, la future star du film mal aimé de Jean-Jacques Beineix, Roselyne et les lions (1989) et qui n’était apparue que dans Ave Maria de Jacques Richard l’année précédente, imprime elle aussi la pellicule de sa beauté diaphane. Tout le reste de la distribution est d’ailleurs exceptionnel et pas un seul comédien n’est laissé en retrait. Hors-la-loi est comme qui dirait le chaînon manquant entre La Traque (1975) de Serge Leroy, Sa Majesté des mouches de William Golding et…Les Goonies de Richard Donner ! Car en effet, le film de Robin Davis est autant un film d’aventure, qu’un western, un road movie, un film de genre aussi puisque Hors-la-loi reste marqué par quelques séquences très difficiles, percutantes, à l’instar de celle où le groupe est littéralement mis à poil par des fermiers illuminés, bien décidés à les remettre sur le droit chemin. Hors-la-loi est un film qui transpire par tous les pores d’un amour incommensurable pour le cinéma, où planent l’ombre de John Huston, Elia Kazan et John Boorman. Voici le chef d’oeuvre de Robin Davis.

Emmené par Christian, un groupe d’adolescents quitte foyer et éducateurs pour s’offrir une virée nocturne. Ils volent le camion d’Eric, un jeune fugueur, et roulent jusqu’au premier bal. La bande chahute un peu. Au moment de partir, le patron réclame le paiement de bières que la bande dit avoir déjà réglé. Le ton monte, un fusil sort de dessous le comptoir et les crans d’arrêt jaillissent des blousons. Le patron tire et touche mortellement un garçon. Aussitôt l’un de ses copains poignarde le tireur. La bande se rue sur le camion. Une voiture le prend en chasse, un fusil sort par la portière et les coups partent. Paniqués, Christian et ses amis jettent sur la chaussée une bouteille de gaz qui explose sous les roues de leurs poursuivants. Dès lors ils deviennent des hors-la-loi, recherchés par toutes les polices. Il n’existe pour eux qu’une seule solution: trouver refuge dans un village abandonné connu d’Eric. Pour y parvenir ils doivent subir le fouet d’un illuminé, souffrir du froid et de la faim, éviter les barrages policiers, déjouer les pièges de la nature. Ils ont aussi à régler les problèmes que créent au sein d’un groupe les oppositions de caractère.

Coécrit par Robin Davis, Patrick Laurent (complice du réalisateur depuis son premier long-métrage) et Dominique Robelet (Le Choc), Hors-la-loi est un joyau, un modèle de mise en scène, de montage, de direction d’acteurs, d’écriture, qui vous happe d’entrée de jeu par la magnificence de la photographie signée Jacques Steyn (Cross de Philippe Setbon, le magnifique Kill Me Again de John Dahl). Puis, il y a la rage des personnages et donc de leurs interprètes, qui sera constante du début à la fin, à l’instar de celle qui anime Maxime, incarné par le puissant Pascal Librizzi, catalyseur de la mutinerie qui s’empare d’un centre de redressement. Hors-la-loi est une succession d’événements, une réaction en chaîne, une fuite vers une utopie (vivre isolés du monde adulte, au milieu de nulle-part), un mirage auquel la jeunesse parvient tout de même à s’accrocher. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans écrivait Arthur Rimbaud, premier vers d’un poème intitulé Roman, l’âge moyen de nos protagonistes dans Hors-la-loi, certains étant même plus jeunes. Devenus les proies de toute une escouade de la gendarmerie, mais aussi de paysans dégénérés, nos jeunes, dans un réflexe de survie, n’auront qu’une possibilité, fuir, courir, trouver un refuge et quitte pour cela à se farcir 200 kilomètres à pied dans les splendides paysages de la Lozère, aussi sauvages qu’eux. Parcouru par une violence sèche et brutale, qui semble avoir accompagné les personnages depuis toujours, Hors-la-loi est aussi marqué par de vraies touches poétiques, qui font office de soupape, qui permettent de relâcher la pression accumulée, aussi bien pour les héros que pour les spectateurs. L’émotion est à fleur de peau et omniprésente dans Hors-la-loi, les jeunes étant autant paumés géographiquement que personnellement, ayant encore pour la plupart un pied dans l’enfance (qu’on imagine meurtrie) que dans celui impitoyable des adultes. Quand ils parviennent à se reposer un petit peu, et ce malgré la faim qui commence à les assaillir, ils surmontent leur situation grâce au jeu, le temps d’une innocence retrouvée, dans un élan commun, en fusionnant, en formant alors une seule entité, afin de se sentir plus forts voire invulnérables, avant d’être rattrapés par la réalité.

Nourri au cinéma américain des années 1950, Robin Davis marque son film de références aux oeuvres de Nicholas Ray et d’Elia Kazan, des réminiscences plutôt à Sur les quais, À l’est d’Eden et La Fureur de vivre, à travers les personnages de Roland (Clovis Cornillac) et Christian (Wadeck Stanczak, impressionnant, que l’on reverra dans Rendez-vous et Le Lieu du crime d’André Téchiné), partenaires et néanmoins rivaux car épris de la même jeune femme, la superbe Ida (Nathalie Spilmont), qui représente pour eux l’inaccessible, l’amour qu’ils n’ont jamais eu dans leur vie, un espoir de rédemption aussi sans doute. Le blouson de cuir, la mèche rebelle, le couteau à cran d’arrêt sont autant de motifs qui renvoient au cinéma de chevet de Robin Davis et qui s’intègrent parfaitement dans le récit éternel de Hors-la-loi sur le sentiment universel et intemporel de rébellion, qui vous prend les tripes à l’adolescence, au moment où tout bascule.

Soutenu financièrement par Jean-Paul Belmondo lui-même via sa société de production Cerito Films, Hors-la-loi emmène, entraîne plutôt le spectateur vers l’inattendu, car il est impossible de prévoir les nombreux rebondissements, les divers affrontements et même les dangers auxquels devront faire face les quinze délinquants. A ce titre, Robin Davis n’épargne pas ses comédiens et les plonge dans diverses situations on ne peut plus impressionnantes, comme celle où ceux-ci sont obligés de plonger dans une rivière déchaînée, avant d’être emportés par le courant. Une cavale (sans issue) rapidement suivie par une plongée souterraine dans une caverne, aussi somptueuse qu’asphyxiante, qui anticipe presque la quête du trésor de Willy le Borgne par les Goonies. La touche finale, le dernier diamant qui vient sertir définitivement ce bijou du cinéma français, provient de la composition du maestro Philippe Sarde, à la fois mélancolique et légère quand elle vire à la country, pour laquelle Eric Weissberg, légendaire banjoïste américain, connu pour avoir signé la bande originale du film Délivrance (on y revient donc), a participé.

Hors-la-loi fait partie de ces trésors insoupçonnés du cinéma hexagonal, que le temps a longtemps fait oublier et que l’on redécouvre aujourd’hui, quarante ans après sa sortie, qui éveillent les sens et sur lesquels le temps passé a été doux comme une caresse, tout en reflétant aujourd’hui leur originalité et leur modernité. Le genre de film qui nous fait aimer le grand cinéma, qui donne envie d’en parler partout, à son réseau d’amis et de camarades cinéphiles, qui sauront aussi l’apprécier et le recommander à leur tour.

LE BLU-RAY

Inédit en DVD, Hors-la-loi débarque non pas en édition Standard, mais directement en Haute-Définition chez Studiocanal. La jaquette, placée dans un boîtier classique de couleur bleue, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Même chose pour l’illustration du menu principal, fixe et muet.

Après J’ai épousé une ombre, Robin Davis présente Hors-la-loi, durant un entretien aussi passionnant que le premier (43’). Le réalisateur revient donc sur la genèse de son cinquième long-métrage (« né du désir d’un espace de liberté »), cette fois encore produit par Alain Sarde, qui lui a alors donné carte blanche après le succès de son film précédent. Le casting des jeunes comédiens (avec quelques images issues de l’essai de Pascal Fabrizzi), le « rejet » du scénario par Françoise Dolto (« moi vivante, je ne vous autoriserai jamais à faire ce film ! »), les conditions de tournage en Lozère, la musique de Philippe Sarde, l’investissement des acteurs, la cohésion de l’équipe, les thèmes de Hors-la-loi (sans doute le film le plus personnel du cinéaste), les partis-pris et ses intentions, Robin Davis s’exprime sans langue de bois sur son œuvre, qui a « désarçonné le public ». N’oublions pas aussi l’anecdote sur Jean-Paul Belmondo qui a soutenu Hors-la-loi en apportant la somme nécessaire pour boucler le tournage.

L’Image et le son

Epoustouflant. Il serait aujourd’hui difficile de faire mieux que cette édition HD (Encodage MPEG 4 / AVC – Format du film respecté 2.35, 1080p) qui respecte les volontés artistiques originales (dont le grain original) du chef opérateur Jacques Steyn, tout en tirant intelligemment et admirablement partie de l’élévation en Haute définition. La clarté est très appréciable, notamment sur toutes les séquences en extérieur, la propreté du master est sidérante, ainsi que la stabilité, le relief, la gestion des contrastes et le piqué qui demeure impressionnant. N’oublions pas la colorimétrie, pimpante, bigarrée, restituant à merveille les partis-pris esthétiques, sans lissage excessif. On se délecte de découvrir ce chef d’oeuvre du cinéma français dans de telles conditions techniques !

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un bon confort acoustique. Les dialogues sont clairs, la propreté est de mise, les effets suffisamment riches, sans aucun souffle. La composition de Philippe Sarde bénéficie en plus d’un très bel écrin. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Studiocanal / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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