Test Blu-ray (édition L’Atelier d’Images) / Au nom du père, réalisé par Jim Sheridan

AU NOM DU PÈRE (In the Name of the Father) réalisé par Jim Sheridan, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD le 7 septembre 2021 chez L’Atelier d’Images.

Acteurs : Daniel Day-Lewis, Emma Thompson, Pete Postlethwaite, Saffron Burrows, Mark Sheppard, Tom Wilkinson…

Scénario : Terry George & Jim Sheridan, d’après le livre de Gerry Conlon, Proved Innocent

Photographie : Peter Biziou

Musique : Trevor Jones

Durée : 2h12

Date de sortie initiale : 1993

LE FILM

1974 : Gerry Conlon, un nord-irlandais de 21 ans vit au jour le jour à Belfast, multipliant les petits délits, ainsi que les vols caractérisés. Alors qu’il est prit sur le fait lors d’un vol de cuivre, et qu’il tente d’échapper aux britanniques, celui-ci s’approche involontairement d’une planque de l’IRA, menaçant ainsi la sécurité du groupuscule armé. Face à cet impair, l’IRA ordonne à Conlon de quitter la ville.En réponse, Gerry Conlon part pour Londres avec son ami Paul Michael Hill. Très vite, tout deux font la rencontre d’une communauté hippie, et mènent une vie des plus dissolues, marquée par la drogue, et les petits larcins.Le 5 octobre 1974 à Guildford, Gerry et Paul volent une prostituée, ignorant qu’au même moment, 2 Pubs britanniques sont la cible d’un attentat à la bombe perpétré par l’IRA. L’attentat provoquera la mort de 5 britanniques, et défrayera la chronique, scandalisant l’opinion publique. Sous la pression médiatique, la police s’empresse de chercher les coupables, et trouve en Gerry et Paul des coupables idéaux.

« In the name of whiskey

In the name of song

You didn’t look back

You didn’t belong… »

Au nom du pèreIn the name of the Father est l’un des sommets de la carrière du cinéaste irlandais Jim Sheridan (né en 1949). En 1993, il retrouve Daniel Day-Lewis quatre ans après My Left Foot, qui avait valu au comédien son premier Oscar du meilleur acteur. Toujours engagé, soucieux de la situation économique, politique et sociale de son pays, Jim Sheridan s’inspire du procès à scandale des « Quatre de Guildford », quatre jeunes gens accusés et condamnés à tort (pour meurtre et conspiration) à la prison à vie par la cour d’assises d’Old Bailey à Londres en octobre 1974 au Royaume-Uni pour les attentats des pubs de Guildford, une ville du sud de l’Angleterre, située dans le Surrey. Ce jour-là, des bombes dissimulées par l’Armée républicaine irlandaise provisoire explosèrent dans deux établissements, tuant quatre militaires en permission et un civil, et fait près de cent blessés. En 1989, quinze ans après leur condamnation, les charges retenues contre les prisonniers sont annulées suite à une preuve irréfutable apportée par Gareth Peirce, l’avocate de la famille Conlon, jusqu’alors dissimulée par la police britannique. En février 2005, le Premier ministre Tony Blair a présenté des excuses publiques pour cette erreur judiciaire. Quatre ans seulement après l’acquittement des accusés à tort, le cinéma devait s’emparer de cette histoire. Le réalisateur et son coscénariste Terry George (The Boxer, Mission évasion, Hôtel Rwanda) s’inspirent du livre autobiographique de Gerry Conlon, Proved Innocent, et en tirent un extraordinaire film dramatique, un chef d’oeuvre pour ainsi dire instantané et magistralement interprété, par Daniel Day-Lewis certes, mais aussi par ses partenaires, Pete Postlethwaite et Emma Thompson. Au nom du père est un des uppercuts cinématographiques des années 1990.

Belfast, 1974. Sans emploi, Gerry Conlon vit de menus larcins. Un jour, en voulant échapper à une interpellation, il attire involontairement des soldats britanniques près d’une planque de l’IRA. Ulcérés, les terroristes menacent de le mutiler. Gerry part alors pour Londres avec son ami Paul, et s’installe dans une communauté hippie. Mais le soir du 5 octobre 1974, à Guildford et à Woolwich, dans la banlieue londonienne, tandis que Paul et Gerry détroussent une prostituée, deux pubs fréquentés par des soldats sont la cible d’un attentat à la bombe. Bilan : cinq morts. La population est sous le choc. Il faut à la police des coupables, car l’État et l’opinion publique veulent des résultats rapides. Et vite, Paul et Gerry sont arrêtés à la suite d’une dénonciation. Gerry est alors interrogé par la police londonienne qui l’accuse d’être l’instigateur des attentats terroristes à Guildford pour le compte de l’IRA. Gerry est soumis à une torture physique et morale. Les interrogatoires n’en finissent pas. Les mêmes questions se répètent, auxquelles Gerry apporte les mêmes réponses. Sous la pression des policiers et la torture, Gerry signe des aveux fabriqués de toutes pièces qui non seulement le mettent en cause mais également Paul Hill, son ami d’enfance, et un couple d’amis hippies, – ces quatre personnes sont alors appelées les Quatre de Guildford – ainsi que plusieurs membres de sa famille dont son propre père.

« In the name of reason

In the name of hope

In the name of religion

In the name of dope… »

La voix caverneuse de Gavin Friday s’immisce dans les entrailles, qui seront mises à rude épreuve durant près de 2h15. De nombreuses séquences s’installent et se gravent dans la mémoire de façon indélébile. Au nom du père est un rollercoaster d’émotions, qui vous fait pleurer de douleur, de bonheur, qui vous donne la rage et serrer le poing, qui vous donne envie de hurler, de lutter aux côtés du personnage principal. Venu du théâtre, remarqué ensuite au cinéma dans Le Bounty de Roger Donaldson, le comédien Daniel Day-Lewis connaît ses premiers succès en 1985 dans My Beautiful Laundrette de Stephen Frears et Chambre avec vue de James Ivory. Après L’Insoutenable Légèreté de l’être de Philip Kaufman, au côté de Juliette Binoche, Daniel Day-Lewis incarne Christy Brown dans My Left Foot, qui relate la vie du peintre et écrivain paralytique. C’est pour ainsi dire le début de la légende. Sa méthode quasi-schizophrénique fait peur à l’équipe sur le tournage puisque l’acteur refuse de quitter son personnage en dehors du plateau. Il reste cloué à son fauteuil roulant, se casse même deux côtes en raison de sa position voûtée, les techniciens doivent le « déplacer » au moyen de câbles et de poulies, un assistant doit le nourrir à la cuillère et le faire boire à l’aide d’une paille.

« In the name of freedom

You drifted away

To see the sun shining

On some one else’s day… »

Pour Au nom du père, en particulier pour la séquence où Gerry Conlon est torturé, le comédien se forcera entre autres à ne pas dormir, s’affame, se réapproprie l’accent « du cru » (et le conserve en dehors des prises) et surtout demande à se faire « interroger » de façon musclée pendant plusieurs jours dans une vraie prison, qu’on l’humilie, qu’on l’insulte et qu’on lui jette des seaux d’eau glacée à la figure. Une fois de plus, l’acteur s’efface derrière le personnage alors qu’on aurait pu y voir qu'”un truc” de comédien. Cette interprétation, tout comme celle de l’ensemble du casting alors au diapason, élève le film bien au-delà de sa « simple » chronique sur le conflit nord-irlandais. C’est aussi et avant tout le portrait d’une famille unie, une histoire d’amour entre un père et son fils, aussi celle pour un pays, l’Irlande, mais aussi d’un cinéma qui tel le Phoenix renaît de ses cendres, s’élève, tout en portant les stigmates de son histoire violente et chaotique. Et c’est surtout magnifique.

« In the name of the Father

And his wife the Spirit

You said you did not

They said you did it… »

De cette histoire vraie, Jim Sheridan en a tiré un scénario implacable, un drame puissant doublé d’un bouleversant portrait père-fils, porté par une musique enivrante. Critique violente du système judiciaire britannique qui voulait en premier lieu faire du chiffre et désigner des coupables afin de rassurer les concitoyens en usant pour cela de la torture physique et psychologique (ce que l’Angleterre mettra longtemps à admettre), Au nom du père emporte le spectateur dans une spirale infernale, éprouvante, pour ne jamais le lâcher. Sept fois nommé aux Oscars en 1994, quatre fois aux Golden Globes et à deux reprises aux BAFTA, le film est finalement récompensé par l’Ours d’or au festival de Berlin.

« In the name of justice
In the name of fun
In the name of the Father
In the name of the Son… »

L’ÉDITION COLLECTOR BLU-RAY + DVD

Huit ans après une première édition en Haute-Définition, Au nom du père revient dans les bacs en Édition Collector Blu-ray + DVD chez L’Atelier d’Images, présentées dans un boîtier avec fourreau. Le menu principal est fixe et musical.

A noter qu’à la même date, une édition spéciale FNAC réunira Au nom du père et The Boxer.

Là où L’Atelier d’Images frappe fort avec cette nouvelle édition d’Au nom du père, c’est au niveau des suppléments, qui rappelons-le étaient totalement absents du Blu-ray Universal de 2013.

On commence par une interview exclusive de Jim Sheridan (16’30), enregistrée visiblement chez lui et à l’occasion de cette nouvelle sortie HD d’Au nom du père. Le réalisateur revient sur la genèse du projet, un temps envisagé avec Gabriel Byrne et Johnny Depp, le premier étant par ailleurs crédité en tant que producteur exécutif. Le cinéaste est franc du collier et indique que c’est avant tout l’histoire d’un père et de son fils qui l’a intéressé et servi finalement de vecteur pour la raconter, étant au premier abord peu emballé à l’idée de mettre en scène un film uniquement politique. Il en vient au casting, sur l’amitié qui unissait Pete Postlethwaite et Daniel Day-Lewis, qui malgré onze ans d’écart seulement sont parvenus à faire croire à cette relation père-fils à l’écran. Jim Sheridan n’oublie pas Emma Thompson, « cette chère Emma qui est toujours la même, très libérale, qui n’hésite pas à donner son avis ». Il évoque aussi le vrai Gerry Conlon (décédé en 2014 à l’âge de 60 ans), « un fou, drogué et à cette époque, accro au crack ». Ensuite, après avoir parlé des partis-pris (ne pas suivre le livre à la lettre), de ses intentions (on apprend qu’il a mis beaucoup d’éléments de sa propre vie dans le film, surtout sur sa relation difficile avec son propre père, avec lequel il était toujours en conflit), des récompenses, des multiples nominations aux Oscars, Jim Sheridan se penche un peu plus sur la réception critique du film et forcément sur les attaques de la presse anglaise, qui l’accusait d’avoir fait une œuvre de propagande et d’avoir déformé les faits. Il parle une dernière fois de son père à travers une anecdote bouleversante, tout en expliquant que sans lui, il ne serait sans doute jamais devenu réalisateur.

Déjà présent sur l’édition Blu-ray de The Game, l’excellent Philippe Guedj fait son retour ici pour nous présenter Au nom du père (30’). N’y allons pas par quatre chemins, il s’agit probablement ici d’une des meilleures analyses que vous entendrez sur une édition DVD ou HD française en 2021. Le journaliste cinéma (Le Point Pop) vous dévoilera TOUT ce que vous avez toujours voulu savoir sur le chef d’oeuvre de Jim Sheridan. L’histoire vraie, la relation des personnages, la préparation de Daniel Day-Lewis, le contexte politique, la genèse du film, le casting, les conditions de tournage, l’accueil d’Au nom du père à sa sortie et les critiques anglaises virulentes, les nominations et les récompenses, la musique, et bien d’autres sujets sont abordés au cours de ce remarquable module. Philippe Guedj donne également son propre avis sur In the name of the Father, « réquisitoire contre l’injustice qui nous agrippe du début à la fin, sur un rythme alerte, d’une grande efficacité dramatique ».

Philippe Guedj, acte 2, dans un bonus court, mais passionnant, dans lequel il commente les cinq premières minutes du film. « Un modèle d’exposition, géopolitique et géographique de la situation » selon lui. On regrette tout d’abord que le journaliste n’ait pas pu commenter l’intégralité du film, mais vu la qualité de son intervention précédente, cela aurait été finalement redondant. Ne manquez pas ce supplément où l’invité de L’Atelier d’Images revient sur les choix narratifs de Jim Sheridan (« un récit en voix-off »), sur la symbolique du tunnel dans lequel s’engouffre l’avocate Gareth Peirce en écoutant le récit de Gerry Conlon, la plongée directe dans les rues chaotiques et dangereuses de Belfast (« une poudrière »), quadrillée par les militaires et en constante opposition avec tous les habitants.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces, dont celle d’Au nom du père, marquée par la chanson d’In the name of Love de U2, peu appropriée pour le film…

L’Image et le son

L’Atelier d’images reprend le même master précédemment sorti chez Universal Pictures en mai 2013. D’emblée, la colorimétrie s’impose par sa vivacité, le relief des rues de Belfast est très appréciable et le piqué est souvent tranchant pour un film qui fêtera bientôt son trentième anniversaire. Le grand chef-opérateur Peter Biziou (Fatale, Mississippi Burning) voit sa photo merveilleusement restituée et offre un lot de détails conséquents. Si la profondeur de champ n’est guère exploitée, certains gros plans étonnent par leur précision, la clarté est de mise, les contrastes probants, la copie stable (merci au codec AVC) et les noirs denses. N’oublions pas non plus la vertueuse propreté de la copie, débarrassée de toutes les scories perceptibles sur les anciennes éditions SD. Ce Blu-ray est format 1080p.

Penchons-nous tout d’abord sur la version originale proposée en DTS-HD Master Audio 5.1. Immersive dès la première séquence, cette piste offre de fabuleuses ambiances intimistes bien que les voix des comédiens auraient mérité d’être un poil plus ardentes sur la centrale. La superbe partition de Trevor Jones alliée à la voix aérienne de Bono et celle digne d’un subwoofer de Gavin Friday est savamment spatialisée, sans oublier les effets latéraux souvent saisissants au moment des deux explosions. Les basses ne sont pas non plus oubliées et ponctuent de manière frappante la musique du film. Au nom du père contient un lot conséquent de séquences en intérieur où l’action est évidemment canalisée sur les frontales. La piste française est – contrairement à l’ancienne édition Universal – présentée elle aussi en DTS-HD Master Audio 5.1., également de fort bon acabit. Si les deux options acoustiques sont souvent équivalentes, l’aspect intimiste reste moins convaincant en VF et la version anglaise s’impose aussi par une homogénéité plus évidente.

Crédits images : © L’Atelier d’Images / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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