

L’HOMME INVISIBLE APPARAÎT / L’HOMME INVISIBLE CONTRE LA MOUCHE HUMAINE (Tomei ningen arawaru + Tomei ningen to hae otoko) réalisés par Nobuo Adachi et Mitsuo Murayama, disponibles en Blu-ray le 16 juin 2026 chez Roboto Films.
Acteurs : Chizuru Kitagawa, Daijiro Natsukawa, Mitsusaburô Ramon, Ryunosuke Tsukigata, Kichijiro Ueda, Yoshiro Kitahara, Ryûji Shinagawa, Joji Tsurumi, Yoshihiro Hamaguchi, Bontaro Miake, Takiko Mizunoe, Shosaku Sugiyama, Kanji Koshiba, Junko Kano, Ikuko Mori, Shozo Nanbu…
Scénario : Hajime Takaiwa & Nobuo Adachi
Photographie : Hiroshi Murai & Hideo Ishimoto
Musique : Goro Nishi & Tokujiro Okubo
Durée : 1h22 & 1h36
Date de sortie initiale : 1949 & 1957
LES FILMS
Le professeur Nakazato doit départager ses deux meilleurs étudiants, qui travaillent tous deux sur le phénomène de l’invisibilité. Il déclare que celui qui réussira à rendre un objet invisible gagnera le duel. La rivalité entre les deux scientifiques, tous deux amoureux de la fille du professeur, augmente. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le professeur travaille en secret depuis plus de dix ans sur l’invisibilité et qu’il a réussi à créer un sérum qui fonctionne. Il en fait la démonstration au président de la faculté, monsieur Kawabe. Celui-ci voit dans l’utilisation du sérum un moyen de commettre des méfaits et de voler de précieux bijoux. Il kidnappe le professeur, ainsi que l’un des scientifiques. Peu de temps après, une bijouterie reçoit la visite d’un homme portant des bandages sur le visage, qui essaye d’obtenir un précieux collier de diamants. Face au menace d’appeler la police de la part du directeur de la joaillerie, l’homme retire ses bandages, qui ne laissent rien apparaître en dessous ! L’homme invisible vient de faire son apparition. Le police mène l’enquête quand le second scientifique va tenter d’aider la fille du professeur à retrouver son père disparu…

Le capitaine de police Wakabayashi doit faire face à une multiplication de meurtres étranges, car aucun témoin n’a vu l’agresseur. Seul un bourdonnement de mouche semble avoir été entendu juste avant que le meurtrier frappe ses victimes d’un coup de poignard dans le dos. Sans aucun indice, l’enquête piétine. Les investigations de Wakabayashi l’amène à découvrir que certaines victimes avaient un point commun : elles ont toutes été à l’armée au même endroit et il semblerait que des expériences militaires avaient lieu à l’époque, visant à pouvoir réduire la taille d’un humain à celle d’une mouche. Wakabayashi se demande si ces meurtres ont également un point commun avec les expériences menées par le docteur Hawakaya sur un rayon pouvant rendre invisible des objets…

En 1933 aux États-Unis, L’Homme invisible – The Invisible Man, adaptation du roman écrit par H. G. Wells en 1897 réalisée par James Whale est un événement doublé d’un triomphe mondial. Il faut néanmoins attente sept ans pour que parvienne la suite directe sur les écrans, mise en scène par Joe May, Le Retour de l’Homme invisible – The Invisible Man Returns. Ce second opus de la franchise Universal Monsters – Invisible Man s’avère tout à fait digne du premier et saura relancer une saga qui comptera au final cinq films, six si l’on compte l’épisode parodique avec Abbott et Costello, Deux nigauds contre l’homme invisible, réalisé au début des années 1950. Mais c’était sans compter les ersatz et autres copies à travers le monde. C’est là qu’intervient L’Homme invisible apparaît, considéré comme le premier film de science-fiction japonais, sorti en 1949 et produit par la Daiei, dans l’espoir de divertir un public qui en a bien besoin après la Seconde Guerre mondiale (les américains sont d’ailleurs encore présents) et pourquoi pas au passage, élargir l’audience du cinéma nippon à travers la planète (même si finalement ce ne sera pas le cas). On doit ce petit bijou à Nobuo Adachi, dont il s’agit de la première mise en scène solo, épaulé ici par le maître des effets spéciaux Eiji Tsuburaya, co-créateur de Godzilla et d’Ultraman. S’il n’atteint pas la virtuosité du chef d’oeuvre de James Whale et même de sa merveilleuse première suite, L’Homme invisible apparaît n’a pas à rougir de la comparaison et s’en sort miraculeusement encore bien aujourd’hui, tant le film demeure divertissant. Certes, cet opus japonais est moins sombre que ses modèles américains, mais il n’en reste pas moins que l’aventure est au rendez-vous du début à la fin et que les effets visuels conservent encore un charme fou. Malgré le succès rencontré par cet Homme Invisible japonais, la Daiei attendra l’année 1957 pour offrir une (fausse) suite au public, L’homme invisible contre la mouche humaine, emballée cette fois par Mitsuo Murayama, qui cependant n’arrive pas à la cheville du précédent, qui n’a pas non plus la même ambition, en dehors de celle de remplir à nouveau les salles, quitte pour cela à lorgner sur la série B et le film d’exploitation.


Certaines séquences truquées sont particulièrement bluffantes, aussi bien en 1957 qu’en 1949. La magie fonctionne, tout comme l’enquête policière complexe du premier épisode, sans oublier les changements de ton. À ce titre, le sérum permettant l’invisibilité et qui change progressivement la mentalité et les desseins de celui qui se l’est fait injecter, offre des scènes aussi brutales qu’inattendues. « Il n’y a pas de mal ou de bien dans la science, seulement l’usage qu’on en fait » indique un panneau en introduction et en conclusion de L’Homme invisible apparaît. Le film de Nobuo Adachi s’avère mieux conçu, écrit, réalisé, mais aussi mieux rythmé grâce à un montage sec et nerveux, qui enchaîne les séquences rapidement. L’aspect film noir hérité du genre américain lui aussi, est flatteur pour les yeux, la photographie de Hideo Ishimoto recherchée dans ses contrastes, les rebondissements rythmés, la mise en scène énergique, les fausses pistes bien amenées et l’interprétation au diapason, bref L’Homme invisible apparaît s’impose comme une belle réussite fantastique du studio Daiei.


Dès 1940, les studios Universal avaient décidé de rendre une actrice invisible (la pourtant divine et extraordinaire Virginia Bruce), tout en changeant de registre, en intégrant cette fois l’élément fantastique dans une screwball comedy à la Howard Hawks ou à la George Cukor. Le cinéma japonais décide lui aussi de rendre une femme invisible, mais sans l’humour du formidable – pour ne pas dire chef d’oeuvre burlesque et débridé The Invisible Woman de A. Edward Sutherland. L’Homme invisible contre la mouche humaine raconte une histoire de meurtres non élucidés et dont l’auteur reste aussi introuvable que sa façon de procéder inexpliquée.


Nous sommes ici dans l’ambiance sérieuse du patriotique L’Agent invisible contre la gestapo – Invisible Agent (1942) d’Edwin L. Marin, même si ce nouvel opus japonais a pris un sacré coup de vieux dans le déroulé de son récit, qui part un peu dans tous les sens et multiplie les « hommes invisibles » potentiels. Le spectacle est garanti, la violence est plus réaliste et un léger érotisme se dégage de certaines scènes, mais l’intérêt finit par s’émousser. On s’amuse des séquences où l’homme rétrécit pour atteindre la taille d’un insecte (qui vole et bourdonne donc, mais curieusement sans être pourvu d’ailes), d’où cet aspect quelque peu décalé entre un humour, somme toute involontaire, et des crimes commis parfois en pleine rue et de jour, à la vue de tous. Un peu plus et l’on parlerait de giallo avant l’heure !


En l’état, découvrir ces deux pendants nippons d’un des plus grands, pour ne pas dire le meilleur, des légendaires Universal Monsters, est une grande joie pour les cinéphiles, toujours curieux et bienveillants à l’idée de plonger dans un nouvel univers même si rétro.


LE BLU-RAY
C’est l’éditeur Roboto Films qui nous propose de (re)découvrir le cinéma fantastique japonais de la fin des années 1940 (en ce qui concerne L’Homme invisible apparaît) et de la deuxième partie des années 1950 (L’Homme invisible contre la mouche humaine). Un double programme qui prend la forme d’un élégant boîtier Scanavo, dans lequel a été glissée la jaquette aux visuels singuliers, loin des affiches originales d’exploitation. Le tout est surmonté d’un fourreau cartonné très sobre, trop sans doute, qui ne reflète pas réellement la nature fantastique des deux films. Le menu principal est animé et musical. Notons que les deux longs-métrages sont présentés sur la même galette.

Fidèle à l’éditeur, l’excellent et érudit Fabien Mauro revient chez Roboto Films pour nous présenter les deux films qui nous intéressent aujourd’hui (14’+16’). L’auteur/essayiste (L’Écran Fantastique), auteur de Ishiro Honda: Humanisme monstre (Broché, 2018) et Kaiju, envahisseurs & apocalypse (Aardvark éditions, 2020) replace chaque long-métrage dans son contexte cinématographique, mais aussi dans l’histoire du studio Daiei, donne quelques détails sur les réalisateurs, le casting, les conditions de tournage, les effets spéciaux, met en relief les influences du fantastique et même du film noir américain. La mise en scène n’est pas oubliée, ainsi que les partis-pris et la place importante des personnages féminins.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Ce Blu-ray au format 1080p proposée par Roboto Films contient les versions restaurées de L’Homme invisible apparaît et de L’Homme invisible contre la mouche humaine dans leur format original 1.37. Des copies forcément marquées par le poids des ans, ainsi qu’une certaine instabilité, et ce malgré un lifting qui a tenté d’atténuer les défauts. Dans les deux cas, des poussières, griffures, tâches et autres scories subsistent, mais on serait tenté d’écrire que cela ajoute un charme supplémentaire à ces deux opus. Les nombreux fondus enchaînés décrochent systématiquement, un léger bruit vidéo est notable sur les séquences à effets spéciaux (images superposées, incrustations), mais l’encodage AVC reste solide. Le noir et blanc fait ce qu’il peut, avec des blancs parfois cramés, des noirs poreux ou fermes (parfois au cours d’une même scène), la luminosité des séquences diurnes fait plaisir. Certains plans parviennent à sortir du lot grâce à un relief inattendu, tandis que les contrastes sont plus ou moins assurés, mais restent aléatoires. Le grain cinéma est évidemment conservé.

Les mixages ont eux aussi été restaurées en version originale (sous-titrée en français), seule piste disponible sur cette édition, en DTS HD Dual Mono Mono 2.0. Les dialogues, tout comme la musique, demeurent propres et distincts. Le confort acoustique est très appréciable et les craquements, inhérents à l’âge du film, ne sont pas du tout gênants.


Crédits images : © Roboto Films / Kadokawa Corporation / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
