Test DVD / TKT, réalisé par Solange Cicurel

TKT réalisé par Solange Cicurel, disponible en DVD le 10 avril 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Lanna de Palmaert, Émilie Dequenne, Stéphane De Groodt, Sonia Bekam, Lisa Du Pré, Lily Dupont, Tania Garbarski, Nlandu Lubansu, Kassim Meesters…

Scénario : Solange Cicurel

Photographie : Son Doan

Musique : Remy Lebbos

Durée : 1h19

Année de sortie : 2024

LE FILM

Alors qu’Emma, 16 ans, une jeune fille heureuse dans sa vie, est admise dans l’unité de soins intensifs de l’hôpital, ses parents Meredith et Fred attendent anxieusement des nouvelles du médecin. Désemparés, ils prennent conscience que malgré tous les « T’inquiète » de leur fille, ils auraient dû s’inquiéter. Que lui est-il arrivé ? Entre amitiés toxiques, isolement, messages, moqueries et humiliation, la vie d’Emma a rapidement basculé dans une spirale infernale. Étrangement, Emma est pleinement consciente du monde qui l’entoure mais incapable de communiquer avec lui. Pour comprendre ce qui se passe, Emma doit enquêter sur son passé et démêler le mystère entourant sa soudaine hospitalisation. Petit à petit, elle va être confrontée à la dure réalité de ce qui lui est arrivé.

Après le percutant Un monde de Laura Wandel (L’Intérêt d’Adam), le foudroyant Después de Lucía de Michel Franco et le bouleversant Marion, 13 ans pour toujours de Bourlem Guerdjou (d’après l’affaire Marion Fraisse), TKT, troisième long-métrage de Solange Cicurel, traite à son tour du harcèlement scolaire. En fait, il faudrait presque démarrer par le carton final qui indique que près d’un quart des adolescents ont été victimes au moins une fois de harcèlement scolaire, une des causes principales du suicide des jeunes et la seconde cause de décès chez les 15-24 ans. Là-dessus, la réalisatrice belge, récompensée en 2018 par le Magritte du meilleur premier film pour Faut pas lui dire, livre un objet que l’on pourrait qualifier de scolaire, didactique, sage dans sa mise en scène, mais qui fonctionne et interpelle. Évidemment, TKT (ou « T’inquiète » pour les anciens et les jeunes-vieux de 40-50 ans, ici leitmotiv d’Emma, pour rassurer ses proches) ne peut laisser indifférent avec un tel sujet. Si la réalisation manque de point de vue, le propos n’est pas forcé, mais abordé frontalement, grâce notamment à l’interprétation de Lanna de Palmaert, qui se retrouve pour la première fois en haut de l’affiche et qui porte formidablement bien le film sur ses épaules. De plus, Solange Cicurel se tourne également vers le film de genre pour illustrer son sujet, puisque le personnage, coincé entre la vie et la mort, s’observe sur son lit d’hôpital, inconsciente, intubée, regarde ses parents à son chevet, avant de revivre des souvenirs qui l’ont mené là où elle est désormais, mais aussi en découvrant certains échanges de ses supposés amis…TKT fait son effet et dissèque cette réaction en chaîne qui conduit à l’inéluctable. De plus, le film, grand succès en Belgique avec plus d’un demi-million d’entrées, est d’autant plus poignant quand on sait qu’il s’agit de l’ultime apparition au cinéma de la regrettée Émilie Dequenne, dont la dernière scène déchire le coeur et l’âme…

Tout commence lorsque Emma, jusqu’alors épanouie, est admise en urgence à l’unité de soins intensifs d’un hôpital. Ses parents, Meredith et Fred, attendent avec angoisse des nouvelles des médecins. Alors qu’ils repensent aux nombreux « T’inquiète » par lesquels leur fille minimisait ses difficultés, ils réalisent trop tard qu’ils auraient dû s’alarmer. Emma repense, redécouvre son calvaire : d’abord discrètes, les moqueries et les humiliations deviennent peu à peu insupportables. Les amitiés se transforment en pièges, l’isolement s’installe, et les messages haineux s’accumulent. Emma, incapable de parler de ce qu’elle subit, s’enfonce dans une spirale de souffrance et de silence. Le harcèlement, d’abord insidieux, prend une ampleur dévastatrice, poussant l’adolescente au bord du gouffre.

Ce que l’on retient de TKT, outre son brûlant sujet de société, c’est l’intensité de l’interprétation. Si Lanna de Palmaert est une belle révélation, l’astre Émilie Dequenne, disparue en mars 2025, brille une dernière fois, tandis que Stéphane De Groodt trouve assurément son plus beau rôle à ce jour, celui d’un père attentif, fou de sa fille, ouvert, qui cependant ne pourra se rendre compte de l’enfer dans lequel est plongée. On pense à l’excellent Pas de vagues de Teddy Lussi-Modeste, dans lequel un professeur, magistralement campé par François Civil, était accusé à tort de harcèlement. Dans TKT, la forme est certes moins inspirée, certaines mauvaises langues diront d’ailleurs que l’entreprise ressemble à un long spot d’avertissement sur le harcèlement scolaire, mais on se laisse facilement porter par le parcours de cette présence (Emma n’est pas un fantôme), qui tente de comprendre, de recoller les morceaux d’un puzzle éclaté qui lui échappe.

Le spectateur comprend en même temps qu’Emma ce qui lui est arrivé, tandis que la réalisatrice instaure un suspense (léger), qui prend l’allure d’une enquête menée par sa victime. TKT analyse et révèle la mécanique implacable du harcèlement, la solitude des victimes, et l’aveuglement parfois involontaire des adultes. Le film se penche aussi sur le rôle des témoins, souvent silencieux, et l’impact des réseaux sociaux dans l’amplification de la violence. Les téléphones portables sont omniprésents et montrés comme de véritables armes de destructions massives quand leurs utilisateurs sont laissés libres d’agir, sans supervision de leurs parents.

En s’inspirant du roman Tout ira bien d’Elena Tenace, la cinéaste belge signe une œuvre édifiante, sur laquelle le spectateur devrait s’arrêter ou que les élèves des écoles, des collèges et des lycées mériteraient d’étudier, afin de pouvoir parler ensemble, ou peut-être même de libérer la parole chez certains qui seraient, sans le savoir, concernés par le sujet. C’est aussi à ça et pour cela que sert le cinéma.

LE DVD

TKT a frôlé la barre des 100.000 entrées en France. Un joli score pour ce petit film, qui a su faire son chemin et toucher la sensibilité des spectateurs. Celui-ci est désormais disponible en DVD chez Blaq Out. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est fixe et musical.

Aucun supplément. Vraiment dommage…il y aurait eu temps à dire sur le sujet.

L’Image et le son

Point de Blu-ray pour ce titre. Il faudra donc se contenter de cette édition standard, mais heureusement la qualité est là. Les couleurs alternent à la fois le chaud et le froid, le piqué est suffisamment affûté, la clarté de mise et les contrastes élégants. En revanche les détails manquent parfois à l’appel et la définition baisse sur certaines séquences en intérieur.

Ne vous attendez pas à des explosions ou des effets surround fulminants dans TKT, mais le mixage Dolby Digital 5.1 permet de spatialiser gentiment la musique du film. Cependant, les dialogues auraient peut-être gagné à être un poil plus alerte sur la centrale et l’ensemble demeure essentiellement frontal en dehors des plages musicales. Les ambiances naturelles se font parfois ressentir et la balance des enceintes avant et arrière est plutôt bien équilibrée. Quant à la stéréo également proposée, elle s’avère largement suffisante, les voix des comédiens y étant indubitablement plus dynamiques. L’éditeur joint aussi les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.


Crédits images : © Blaq Out / Sony Pictures / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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