Test Blu-ray / À ma soeur!, réalisé par Catherine Breillat

À MA SOEUR! réalisé par Catherine Breillat, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Libero De Rienzo, Romain Goupil, Laura Betti, Arsinée Khanjian, Albert Goldberg…

Scénario : Catherine Breillat

Photographie : Giorgos Arvanitis

Durée : 1h23

Date de sortie initiale : 2001

LE FILM

Anaïs, treize ans, passe ses vacances d’été à La Palmyre, une station balnéaire proche de Royan, en Charente-Maritime. Elle est accompagnée de ses parents et de sa soeur Elena, âgée de quinze ans. Celle-ci tombe amoureuse d’un jeune Italien, Fernando, qui lui fait connaître ses premiers émois sexuels. Anaïs, qui dort dans la chambre de sa soeur, est témoin de leurs ébats amoureux. Cette situation ne manque pas de perturber l’adolescente, d’autant que ses parents paraissent indifférents à son mal-être.

Au début des années 2000, Catherine Breillat enchaîne les tournages. Portée par ce qui sera alors son plus grand succès, Romance (près de 350.000 entrées), la réalisatrice signe À ma sœur !, présenté à la Berlinale et récompensée dans de nombreux autres festivals. Rétrospectivement et de l’aveu même de la réalisatrice, c’est indiscutablement ce long-métrage qui sera considéré comme culte à travers le monde. Pas étonnant, puisqu’il s’agit également d’un de ses meilleurs opus. En partant d’une image, ou plutôt d’une scène à laquelle elle a assisté – celle d’une petite fille au visage angélique, nageant dans une piscine de Taormina, chantant Tous les garçons et les filles de François Hardy, puis sortant de l’eau, exposant (visiblement) sans complexe son obésité, qui contrastait alors avec son visage hypnotique – Catherine Breillat imagine une rivalité naturelle. Celle de deux sœurs, l’une, la plus jeune, en surpoids conséquent, et celle plus âgée de deux années (qui comptent double ou triple à ce moment de l’adolescence), devant laquelle les garçons, même majeurs, se retournent, admirent ses yeux verts de reptiles, sa chevelure flamboyante et ses formes déjà sculpturales. Là-dessus, la cinéaste évoque la perte de la virginité, le désir, la jalousie, l’envie, mais aussi l’ennui qui accompagne souvent ces sentiments pour Catherine Breillat. À ma sœur !, n’est point une dédicace, mais un toast porté à Marie-Hélène Breillat, sa propre sœur donc, et l’on peut imaginer que certains points s’inspirent de la jeunesse de la réalisatrice, qui comme à son habitude aborde la sexualité frontalement, tout en la désacralisant à coups de dialogues, que certains jugeront trop écrits et verbeux, mais qui font indéniablement partie des plus beaux écrits par leur auteure.

Le récit adopte le point de vue d’Anaïs, 13 ans. Elle passe ses vacances à La Palmyre, en Charente-Maritime, avec ses parents et sa sœur Elena, de deux ans son aînée. Quand Elena fait la connaissance de Fernando, un jeune homme italien, elle tombe immédiatement amoureuse de lui et elle a avec lui ses premières expériences sexuelles. Anaïs, qui dort dans la même chambre, est amenée, malgré elle, à en être le témoin. Les parents ne montrent guère de compréhension à l’égard de leurs filles. Dans la famille, l’atmosphère est très tendue. Les parents ne connaissent guère leurs filles et n’y portent pas beaucoup d’attention. À cause de son travail, le père est obligé de raccourcir ses vacances et de rentrer en ville. Un jour, la mère découvre « la faute » commise par Elena. L’innocence s’est dissoute à jamais.

Honnêtement, s’il n’y avait pas eu les cinq dernières minutes, que l’on peut toujours qualifier de WTF 25 ans plus tard, À ma sœur ! aurait pu être qualifié de chef d’oeuvre, au même titre que le sublime L’Été dernier, dernier long-métrage en date de Catherine Breillat. En effet, en voulant greffer un fait divers réel en guise de conclusion, la cinéaste pourra en laisser quelques-uns sur le bas-côté, du moins parmi celles et ceux qui n’auraient pas déclaré forfait avant cela. Il y en a, systématiquement chez Breillat, on ne peut pas faire l’unanimité. On oublie ça, quand bien même cette parenthèse finale fait tout de même son effet, car l’essentiel est ailleurs, autrement dit dans ce rapport amour-haine qu’entretiennent Anaïs et Elena.

La première est incarnée par Anaïs Reboux, qui restera à jamais Fat Girl (titre international d’exploitation), dans son unique incursion au cinéma et qui apparaîtra dans un seul téléfilm la même année. Il faut certainement beaucoup de courage pour avoir accepté ce rôle « lourd » à porter, qui ne ménage pas l’apprentie-comédienne, qui s’en sort miraculeusement bien et s’avère, comme d’habitude, solidement dirigée par Catherine Breillat, à laquelle elle ressemble d’ailleurs étrangement. Anaïs rejoint ainsi Alice d’Une vraie jeune fille et se retrouve à la même place que le frère de Lili dans 36 fillette, c’est-à-dire comme témoin et observatrice de la vie de sa sœur au moment de son éveil sexuel. Dans À ma sœur !, celle qui crève l’écran est incarnée par Roxane Mesquida, 18 ans, qui jusqu’à présent n’était apparue que Marie Baie des Anges de Manuel Pradal et L’École de la chair de Benoît Jacquot. On comprend pourquoi la cinéaste lui a confié ce personnage d’ange aux ailes pas encore brûlées, mais qui le souhaite ardemment. Ce qu’Elena fera au contact de Fernando, plus âgé, donc expérimenté, avec lequel elle souhaite perdre (enfin) sa virginité.

Celui-ci est interprété par l’italien Libero De Rienzo (disparu en 2021 d’une crise cardiaque, des suites d’une overdose, à l’âge de 44 ans), revu par la suite dans Fortapàsc (2011) de Marco Risi, L’Affaire Pasolini (2016) de David Grieco et Miele (2013) de Valeria Golino. Un solide acteur, charismatique, qui marque le cinéma de Catherine Breillat par sa présence presque spectrale, dont le personnage disparaîtra après avoir eu ce qu’il désirait, autrement dit déflorer Elena, afin de laisser à jamais son empreinte sur elle. Tout cela devant les yeux d’Anaïs, qui écoute aussi leurs longs échanges durant l’acte.

Hormis ce long trajet de retour et cette dernière halte sur le parking d’une aire d’autoroute, qui a été très critiquée et à laquelle les spectateurs résument malheureusement souvent le film, on assiste le temps d’un été (très belle photo de Giorgos Arvanitis, Anatomie de l’enfer, Romance) à l’éclosion de ces deux jeunes filles, l’une complexée par son poids, tapie dans l’ombre, laissée pour compte, qui souffre intérieurement, l’autre qui fait l’apprentissage du premier amour, tandis que les adultes ne comprennent rien, ne font attention à personne et ont visiblement oublié qu’ils sont aussi passés par là. Récompensé à travers le monde, de Berlin à Chicago, en passant par Rotterdam et Cannes, À ma sœur ! demeure et restera l’un des meilleurs longs-métrages de Catherine Breillat.

LE BLU-RAY

Le Chat qui fume continue d’explorer la filmographie de Catherine Breillat. Ainsi, après Anatomie de l’enfer, Sex is comedy, 36 fillette et Une vraie jeune fille, nous nous penchons aujourd’hui sur À ma sœur !, avant de revenir prochainement sur Romance. À ma sœur ! se présente sous la forme d’un boîtier Scanavo. Mention spéciale à la jaquette, très élégante, qui distingue ce titre des opus habituels du Chat qui fume. Un cachet « auteur » dirons-nous. Le menu principal est animé et musical. Première mondiale en Blu-ray.

Aux côtés de la bande-annonce, nous trouvons un entretien avec Catherine Breillat, réalisé à l’occasion de la sortie d’À ma sœur ! en Blu-ray chez Le Chat qui fume (30’). La réalisatrice revient, visiblement avec beaucoup de plaisir, sur ce film, dont elle évoque le point de départ, les scènes qui découlent forcément de souvenirs personnels avec sa propre sœur aînée, avant d’en venir plus précisément aux conditions de tournage. Envisagées un temps à Taormina en Sicile, où la cinéaste a eu l’idée du film, les prises de vues se feront finalement à La Palmyre en Charente-Maritime, faute de moyens conséquents. Le titre original (Fat Girl, qui sera repris pour l’exploitation du film à l’étranger), les thèmes, le casting, l’excellent accueil d’À ma sœur ! (surtout aux États-Unis) et la régression de la censure, sont aussi les points abordés.

L’éditeur propose également un formidable livret de 12 pages, comprenant une analyse très intéressante du film, réalisée par Murielle Joudet, critique de cinéma et auteure en 2023 d’une biographie sur Catherine Breillat.

L’Image et le son

Autrefois édité en DVD aux Éditions Montparnasse, À ma sœur ! fait peau neuve chez Le Chat qui fume et bénéficie pour l’occasion d’une édition en Blu-ray. Cette promotion sied à ravir à la superbe photo du chef opérateur Giorgos Arvanitis (Adults in the Room, La Blonde aux seins nus, Une vieille maîtresse), d’autant plus que le transfert s’avère très réussi. Les contrastes affichent d’emblée une remarquable densité, la clarté est de mise sur les séquences diurnes, la profondeur de champ est palpable et les détails ne manquent pas. La palette chromatique retrouve une nouvelle fraîcheur, le relief est omniprésent, la copie est propre et stable. Quelques séquences apparaissent peut-être plus ouatées, mais cela ne dérange pas du tout. Ce Blu-ray au format AVC est donc une réelle et très bonne surprise !

Le mixage DTS-HD Master Audio 2.0 instaure un confort acoustique suffisant. À part un rendu un peu plat sur certaines scènes, les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. En revanche, toujours pas de mise à disposition de sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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