
LES BRAISES réalisé par Thomas Kruithof, disponible en DVD le 15 mai 2026 chez Wild Side Video.
Acteurs : Virginie Efira, Arieh Worthalter, Mama Prassinos, Loup Pinard, Justine Lacroix, Katia Crivellari, Amandine Partensky…
Scénario : Thomas Kruithof & Jean-Baptiste Delafon
Photographie : Christophe Beaucarne
Musique : Grégoire Auger
Durée : 1h38
Date de sortie initiale : 2025
LE FILM
Karine et Jimmy forment un couple uni, toujours très amoureux après vingt ans de vie commune et deux enfants. Elle travaille dans une usine ; lui, chauffeur routier, s’acharne à faire grandir sa petite entreprise. Quand surgit le mouvement des Gilets Jaunes, Karine est emportée par la force du collectif, la colère, l’espoir d’un changement. Mais à mesure que son engagement grandit, l’équilibre du couple vacille.

Il y a toujours de très bonnes, voire d’excellentes intentions chez le réalisateur Thomas Kruithof et ce depuis son premier long-métrage, La Mécanique de l’ombre sorti en 2017 et même depuis son court-métrage Rétention (2012), œuvre tendue, quasi-documentaire et coup de poing, qui montrait le combat d’une femme qui tentait d’empêcher l’expulsion d’un ukrainien sans papiers d’un centre de rétention. Mais le résultat n’est pas forcément, voire rarement à la hauteur de ses ambitions. Toutefois, Les Braises, son troisième film, est sans conteste son meilleur à ce jour. Ce drame social, qui n’a pas peur du romanesque, offre une fois de plus à Virginie Efira un rôle à la hauteur de son talent. L’histoire du cinéma français retiendra cette incroyable chrysalide survenue il y a dix ans avec Caprice d’Emmanuel Mouret. Depuis, l’ancienne animatrice, qui semblait se chercher en tant qu’actrice, est devenue l’une des plus convoitées, voire la plus demandée et ce sont surtout les réalisatrices qui lui ont offert ses plus beaux personnages, Justine Triet (Victoria, Sibyl), Emmanuelle Cuau (Pris de court), Catherine Corsini (Un amour impossible), Anne Fontaine (Police), Alice Winocour (Revoir Paris, César de la meilleure actrice), Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres), Delphine Deloget (Rien à perdre), Valérie Donzelli (L’Amour et les forêts)…Dans Les Braises, elle s’inscrit définitivement parmi les plus grandes et l’on en vient à la comparer à ses illustres aînées comme Romy Schneider, Annie Girardot, Simone Signoret, en raison de sa capacité à se transformer pour chaque film. Elle est ici une femme du peuple, une ouvrière d’usine, qui à l’occasion d’une nouvelle hausse du prix des carburants routiers en France, se découvre une conscience sociale et décide de s’engager dans le mouvement des Gilets jaunes, tout en découvrant la vie en collectif et la conscience de classe. Une situation qui va prendre trop de place au sein de sa vie personnelle, au point qu’elle va se retrouver en opposition avec son compagnon de vie, petit entrepreneur dans le transport routier, qui tente de son côté de maintenir à flot ce qu’il a créé. Si l’ensemble pâtit d’un manque de rythme et croule sous une musique aussi pesante qu’envahissante, Les Braises demeure un joli film qui reste bien en tête après la projection.


À Dompierre vivent Karine et Jimmy, jeunes quarantenaires, avec leurs deux enfants, Enzo 17 ans et Anaïs 15 ans, dans une maison encore en travaux. Alors que lui tente de maintenir à flot sa petite entreprise de chauffeurs routiers, elle, soumise à des cadences infernales dans son usine de conditionnement alimentaire, surveille ce qui se passe sur les réseaux sociaux en réaction à l’augmentation du prix du gasoil. Elle compte bien d’ailleurs aller manifester le samedi suivant. Revêtant son gilet jaune à l’approche du lieu de rendez-vous, elle se retrouve surprise par l’ampleur du mouvement et l’esprit d’entraide qui y règne…


Les Braises est représentatif du cinéma de Thomas Kruithof : direction d’acteurs impeccable, mise en scène solide, drame tendu comme un thriller. Et il y a là encore les bémols ressentis dans ses deux précédents longs-métrages, musique omniprésente qui appuie le pathos de certaines situations (pas un seul moment sans que l’action soit surlignée systématiquement), intérêt qui s’émousse à mi-parcours, comme si le cinéaste ne savait plus quoi faire de ses personnages, avant de relancer l’action dans la dernière demi-heure. Comme il l’a déjà indiqué, Thomas Kruithof est autodidacte et s’est constitué un bagage technique en regardant les plus grands classiques du cinéma. La Mécanique de l’ombre rappelait parfois Conversation secrète de Francis Ford Coppola, mais aussi l’univers de John le Carré, maintes fois adapté. À l’instar du personnage de François Cluzet dans ce premier film, celui de Virginie Efira est en lutte contre le système. Thomas Kruithof et son co-scénariste Jean Baptiste Delafon (Gourou, Visions, la série Baron Noir) se penchent sur ce qui fait l’engagement politique d’une personne dite ordinaire, ici une militante qui risque de perdre le peu qu’elle possède, du fait de son combat social aux côtés des fameux Gilets Jaunes.


Ainsi, des tensions vont apparaître entre Karine et son époux Jimmy (Arieh Worthalter, impressionnant, magnétique), parents et qui profitent de leur rare temps libre pour retaper leur pavillon pour lequel ils se sont endettés un quart de siècle. L’équilibre de leur couple, mais plus globalement de toute leur famille va devenir hésitant, branlant, en raison du combat mené par Karine. Ainsi, le metteur en scène mêle la petite à la grande histoire, reconstitue minutieusement le mouvement de protestation improvisé et apparu en France en novembre 2018, durant lequel s’est joué l’avenir de multiples existences.


On croit fortement, complètement à celles observées au microscope dans Les Braises, celles de Karine et de Jimmy, mais aussi celles de ceux qui les entourent, qui les emportent dans leur sillage. L’intime et le collectif se mêlent la plupart du temps avec réussite et immersion, même si le trait aurait gagné à être allégé, sans avoir recours à cette sempiternelle partition inutilement grandiloquente de Grégoire Auger…


LE DVD
Après une absence de deux ans sur les écrans en raison d’un heureux événement, Virginie Efira a fait un retour discret dans les salles avec Les Braises, qui n’aura attiré que 115.000 spectateurs. Point de sortie en Blu-ray pour ce titre chez Wild Side Video, qui a décidé de proposer Les Braises uniquement en DVD. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Cette édition se compose tout d’abord d’un making of (10’) rapide et plutôt bien construit. Les propos de Virginie Efira et Arieh Worthalter sont très intéressants quand ils reviennent sur les personnages, leur psychologie, leur combat, tandis que l’ensemble est illustré par de nombreuses images de tournage.







Si ses films laissent toujours (pour le moment) une impression de semi-réussite, le réalisateur Thomas Kruithof est toujours passionnant à écouter. Dans son entretien (33’), celui-ci revient tour à tour sur la genèse des Braises (titre trouvé avant même le début de l’écriture), ses intentions (parler de révolte sociale et de passion amoureuse), l’évolution du scénario avec Jean Baptiste Delafon (nourri par les vrais témoignages d’anciens Gilets Jaunes), ses inspirations (le cinéma de Claude Sautet), le casting, avant de se pencher un peu plus sur quelques questions techniques (l’usage du format large, la reconstitution de la manifestation parisienne, le travail sur la couleur).

L’Image et le son
Le master SD des Braises est plutôt bichonné par Blaq Out. Le cadre large est élégant, les couleurs soignées et le piqué suffisamment aiguisé. Les contrastes sont assurés, denses et riches, les détails ne manquent pas et la profondeur de champ est soignée. Malgré un sensible bruit vidéo sur les arrière-plans, des moirages et un léger fléchissement de la définition sur les scènes en intérieur, la copie demeure éclatante. La belle photo riche et contrastée du chef opérateur Christophe Beaucarne (Boléro, Illusions perdues), passe agréablement le cap du petit écran.

La piste Dolby Digital 5.1 offre un agréable confort acoustique, proposant une large ouverture frontale, divers effets latéraux (gros travail sur le son) et une belle spatialisation musicale. De son côté, la Dolby Stéréo 2.0 remplit aisément son contrat avec une balance des avant ferme et savamment équilibrée. À noter la présence de sous-titres français pour sourds et malentendants, ainsi qu’une piste Audiodescription.



Crédits images : © Wild Side Video / WILD BUNCH / Captures DVD : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
