Test Blu-ray / Illusions perdues, réalisé par Xavier Giannoli

ILLUSIONS PERDUES réalisé par Xavier Giannoli, disponible en DVD et Blu-ray le 30 mars 2022 chez Gaumont.

Acteurs : Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Salomé Dewaels, Jeanne Balibar, André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, Gérard Depardieu, Jean-François Stévenin…

Scénario : Xavier Giannoli & Jacques Fieschi, d’après le roman d’Honoré de Balzac

Photographie : Christophe Beaucarne

Durée : 2h30

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Lucien est un jeune poète inconnu dans la France du XIXème siècle. Il a de grandes espérances et veut se forger un destin. Il quitte l’imprimerie familiale de sa province natale pour tenter sa chance à Paris, au bras de sa protectrice. Bientôt livré à lui-même dans la ville fabuleuse, le jeune homme va découvrir les coulisses d’un monde voué à la loi du profit et des faux-semblants. Une comédie humaine où tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes. Il va aimer, il va souffrir, et survivre à ses illusions.

L’oeuvre dense d’Honoré de Balzac a toujours inspiré le cinéma et ce depuis les débuts du septième art. Toutefois, les adaptations réalisées pour le grand écran se faisaient rares. On peut évidemment citer La Belle Noiseuse (1991) et Ne touchez pas la hache (2007) de Jacques Rivette, Le Colonel Chabert (1994) d’Yves Angelo ou bien encore La Maison Nucingen (2008) de Raul Ruiz. Le hasard du calendrier fait que deux longs-métrages se sont récemment succédés, Eugénie Grandet de Marc Dugain et surtout Illusions perdues de Xavier Giannoli. Il faut remonter à 1966 et se tourner vers la télévision pour retrouver une transposition du roman d’apprentissage Illusions perdues, une mini-série dans laquelle Yves Rénier incarnait Lucien de Rubempré. Mais c’est tout ! Illusions perdues version 2021 part déjà sur une base aussi solide qu’excitante, avec la présence derrière la caméra de Xavier Giannoli, un de nos plus précieux auteurs, qui signe ici son huitième film en près de vingt ans. Le réalisateur des Corps impatients (2003), Une aventure (2005), Quand j’étais chanteur (2006), À l’origine (2009), Superstar (2012), Marguerite (2015) et L’Apparition (2018) s’associe avec le scénariste Jacques Fieschi pour la troisième fois de sa carrière, les deux collaborateurs s’appropriant le roman original, issu de l’ensemble dit de La Comédie humaine, qui rappelons-le avait été publié en trois parties, entre 1837 et 1843, Les Deux Poètes, Un grand homme de province de Paris (sur lequel le film se concentre essentiellement) et Les Souffrances de l’inventeur. Ce triptyque, pilier important dans l’oeuvre de Balzac, devient donc un film au souffle romanesque d’une durée colossale de 2h30, sans aucun temps mort, aux dialogues renversants, à la mise en scène virtuose et magistralement interprétée par un casting extraordinaire. Avec son quasi-million d’entrées au cinéma et son triomphe récent à la dernière cérémonie des César où il a remporté sept compressions, Illusions perdues est ce qu’on peut appeler un chef d’oeuvre instantané.

Pendant la Restauration, Lucien de Rubempré, jeune provincial d’Angoulême, se rêve poète. Il débarque à Paris en quête de gloire. Il peut compter sur l’amour et le soutien de Louise de Bargeton, une aristocrate qui croit en son talent. Pour gagner sa vie et se faire connaître, Lucien trouve un emploi de journaliste dans le journal dirigé par le peu scrupuleux Etienne Lousteau. Il découvre un monde cynique où l’on se soucie peu de la véracité des faits et où l’argent est roi. Lucien vit une romance avec Coralie, une comédienne très éprise de lui et mène une vie de luxe en s’endettant. Il fait l’erreur de quitter un journal libéral pour un autre royaliste….

Une distribution prestigieuse, Benjamin Voisin, Cécile de France, Vincent Lacoste, Xavier Dolan, Salomé Dewaels (très belle révélation), André Marcon, Louis-Do de Lencquesaing, Gérard Depardieu, Jean-François Stévenin, Jean-Paul Muel et bien d’autres, ils sont tous à leur place, brillants, exceptionnels. Né en 1996 et déjà remarqué dans Bonne Pomme de Florence Quentin et Un vrai bonhomme de Benjamin Parent, Benjamin Voisin explose littéralement dans Été 85 de François Ozon, dans lequel il volait la vedette à son partenaire Félix Lefebvre. Il est formidable dans la peau du « héros » balzacien, apportant à Lucien de Rubempré ce qu’il faut de moderne, voire d’anachronique, pour justement refléter constamment le côté intemporel et universel des récits et des protagonistes de l’écrivain. Le César du meilleur espoir masculin lui revenait de droit. A ses côtés, Cécile de France continue de se promener à travers les siècles et après Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret, campe un personnage diamétralement opposé à celui qu’elle incarnait dans ce dernier et s’avère une fois de plus somptueuse, ici dans la peau d’une femme de la petite noblesse de province, Marie-Louise-Anaïs de Bargeton, qui jouera un rôle déterminant dans le destin de Lucien de Rubempré. Illusions perdues est une nouvelle étape dans la carrière du génial Vincent Lacoste. Il en a fait du chemin le Hervé des Beaux Gosses (2009) et sa filmographie se révèle quasiment exemplaire depuis maintenant presque 15 ans, inspirant Riad Sattouf, Julie Delpy, Laurent Tirard, Noémie Lvovsky, Thomas Lilti, Pascal Bonitzer, Justine Triet, Christophe Honoré, Mikhael Hers, bref un C.V. impressionnant auquel s’ajoute le César du meilleur acteur dans un second rôle, lui aussi on ne peut plus mérité. Outre l’imposante Jeanne Balibar (parfaite en Marquise d’Espard) et ce bon vieux Gégé Depardieu (sublime Dauriat), on notera la belle présence – cela me fait un peu mal de l’écrire, même si cela reflète la solide direction d’acteur de Xavier Giannoli – de Xavier Dolan, accent effacé et droit comme un i dans la peau de Raoul Nathan, qui assure également la fonction du narrateur.

Tout ce beau petit monde est réuni pour une comédie de la vie, qui emporte le spectateur comme dans un typhon, idée renforcée par un montage percutant et saisissant, qui nous attrape de la première à la dernière image. A travers l’histoire de l’échec de Lucien de Rubempré, jeune provincial épris de gloire littéraire qui va se heurter à la vie, Balzac dressait le portrait peu reluisant de la ville de Paris, de ce qui l’animait, de ses acteurs qui décidaient du succès ou au contraire de la débâcle de celui ou de celle qui voulait tenter sa chance, sur scène ou dans le domaine de la littérature. Héros, puis antihéros, arrivant péniblement au sommet, avant d’en chuter brutalement et de retomber encore plus bas, Lucien, « qui a un bon fond et qui a l’air honnête » comme le dira Coralie, ne pourra finalement aller contre sa propre nature et devenir un crabe comme les autres, dans le panier qu’il aurait pourtant souhaité intégrer. Idéaliste, Lucien, poète de son état, né sans fortune, était jusqu’alors parvenu à quitter Angoulême, accompagné de Marie-Louise-Anaïs de Bargeton, femme mariée, mais qui s’ennuie et qui se trouve délaissée par son vieil époux, pour rejoindre Paris, afin d’y satisfaire ses ambitions, dont ses espoirs de réussite mondaine. Bientôt livré à lui-même dans cette ville trépidante et cruelle (tout se vend, tout s’achète, la réussite comme le fiasco, grâce à la presse), il va découvrir que la vie littéraire, intellectuelle et artistique parisienne n’est que la façade d’un vaste système économique cynique, où « tout s’achète et se vend, la littérature comme la presse, la politique comme les sentiments, les réputations comme les âmes ».

Illusions perdues fait partie de ces films qui satisfont à la fois le coeur et l’âme, tout en flattant constamment les sens (la beauté des décors et la reconstitution du Paris vibrant, hypocrite, impitoyable et cynique de la Restauration sont ahurissants), en faisant passer ses personnages, comme les spectateurs, par toute une palette d’émotions, sans jamais caresser l’un ou l’autre dans le sens du poil. C’est beau, c’est grand, c’est immense, furieusement contemporain et élégant, c’est du vrai cinéma, ambitieux, flamboyant et populaire.

LE BLU-RAY

Après avoir attiré près d’un million de spectateurs dans les salles et après avoir raflé pas moins de sept César (Meilleur film, Meilleur espoir masculin, Meilleur acteur dans un second rôle, Meilleure adaptation, Meilleure photographie, Meilleurs costumes et Meilleurs décors), Illusions perdues arrive dans les bacs chez Gaumont, en DVD et en Blu-ray. Le menu principal est animé et musical.

Aucun supplément sur cette édition, à part la bande-annonce. Si vous désirez en savoir plus, il faudra vous tourner vers l’édition Spéciale FNAC, qui comprend un DVD spécial, sur lequel vous retrouverez un entretien de Xavier Giannoli par Marie Sauvion de Télérama.

L’Image et le son

Gaumont prend soin d’Illusions perdues pour son arrivée dans les salons et en Haute Définition. Un master HD irréprochable au transfert immaculé. Respectueux des volontés artistiques originales, la copie se révèle un petit bijou technique alliant des teintes chaudes, ambrées et dorées, avec des teintes plus froides, le tout soutenu par un encodage AVC de haute volée. Le piqué, tout comme les contrastes, sont riches et tranchants, tout comme les arrière-plans, très détaillés. Les gros plans sont ciselés à souhait, la colorimétrie est vive et joliment laquée, le relief très présent. Un service après-vente remarquable et élégant.

Le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 convient parfaitement à un film ambitieux comme Illusions perdues en spatialisant tout d’abord la bande originale et en plongeant généreusement les spectateurs dans l’ambiance des salles de rédaction, comme dans celles des réceptions, des rues animées ou des spectacles parisiens. Les effets latéraux sont probants, les ambiances naturelles éloquentes sur les séquences en extérieur, les basses sont utilisées à bon escient. Les dialogues sont ardents sur la centrale (y compris la voix-off de Xavier Dolan), le confort acoustique est indéniable, la balance frontale saisissante. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 se révèle également dynamique, percutante même, créant une véritable homogénéité entre les dialogues, la musique et les effets. Pour finir, nous disposons d’une piste Audiodescription ainsi que des sous-titres anglais et français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Gaumont / Copyright Roger Arpajou / 2021 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINEMA – GABRIEL INC. – UMEDIA / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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