Test Blu-ray / Été 85, réalisé par François Ozon

ÉTÉ 85 réalisé par François Ozon, disponible en DVD et Blu-ray le 17 novembre 2020 chez Diaphana.

Acteurs : Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni Tedeschi, Melvil Poupaud, Isabelle Nanty, Laurent Fernandez, Aurore Broutin…

Scénario : François Ozon, d’après le roman La Danse du coucou (Dance on My Grave) d’Aidan Chambers

Photographie : Hichame Alaouie

Musique : Jean-Benoît Dunckel

Durée : 1h40

Date de sortie initiale : 2020

LE FILM

L’été de ses 16 ans, Alexis, lors d’une sortie en mer sur la côte normande, est sauvé héroïquement du naufrage par David, 18 ans. Alexis vient de rencontrer l’ami de ses rêves. Mais le rêve durera-t-il plus qu’un été ? L’été 85…

Dix-neuvième long-métrage réalisé par François Ozon en un peu plus de vingt ans, Été 85 démontre une fois de plus l’inspiration du cinéaste. A raison de quasiment un film par an, le cinéaste de Sous le sable (2000), Huit femmes (2001), Swimming Pool (2003), Potiche (2010) et dernièrement du formidable Grâce à Dieu (2018) livre une chronique adolescente et se penche sur « la première fois », les premiers émois, probablement le premier rapport sexuel, le premier deuil. Alors forcément, on ne peut s’empêcher de penser au somptueux Call Me by Your Name, réalisé par Luca Guadagnino et adaptation du roman éponyme d’André Aciman, mais François Ozon parvient à échapper au copier-coller en s’appropriant tout d’abord le livre La Danse du coucouDance on My Grave d’Aidan Chambers, puis en s’inspirant de ses propres souvenirs d’adolescence. Certes, Été 85 n’a pas la même force que ses autres films à l’instar de 5×2 (2004) et Jeune et jolie (2013), mais force est de constater une fois de plus que François Ozon est et demeure l’un de nos metteurs en scène et auteurs les plus doués de sa génération et probablement l’un des plus importants du cinéma français de la deuxième moitié du XXe siècle.

Tu crois qu’on invente les gens qu’on aime ?

Première chose. Le titre du film devait initialement être Été 84. Il a été changé suite à l’inclusion de la chanson In Between Days de Robert Smith (du groupe The Cure), sortie en 1985. Deuxième chose, en 1985 François Ozon a 18 ans et découvre le livre d’Aidan Chambers. Il est donc évident que le réalisateur se livre en filigrane à travers cette transposition qu’il envisageait depuis ses débuts. Mais on oublie finalement rapidement cet aspect puisqu’Été 85 est avant tout un drame existentiel et amoureux poignant, peut-être pas autant qu’on l’aurait souhaité, mais réaliste (à l’exception des costumes « idéalisés ») et sincère, ambigu et frontal (même si François Ozon a volontairement coupé les scènes de sexe qu’il avait filmées), violent et délicat, magnifiquement interprété par deux jeunes comédiens inconnus du grand public. Dans le rôle d’Alexis, Félix Lefebvre crève l’écran et l’on devrait sans aucun doute le retrouver à la prochaine cérémonie des César en 2021, où il devrait en toute logique remporter la compression du meilleur espoir. Certains spectateurs l’auront déjà aperçu dans le superbe L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, mais à l’instar de Ernst Umhauer dans Dans la maison (2012), c’est ici qu’il explose véritablement pour la première fois. Même chose pour son partenaire, Benjamin Voisin (Bonne Pomme de Florence Quentin, Un vrai bonhomme de Benjamin Parent), qui semble encore plus débarqué des années 1980 que Félix Lefebvre et qui n’a absolument rien à lui envier. L’alchimie entre les deux comédiens est évidente, on croit à cette histoire d’amour du début à la fin – où l’on croise aussi Valeria Bruni Tedeschi (5×2, Le Temps qui reste), Melvil Poupaud (Grâce à Dieu, Le Temps qui reste et Le Refuge) et Isabelle Nanty (géniale) – même si ceux qui connaissent suffisamment le cinéma de François Ozon devineront rapidement où ce dernier souhaite mener les spectateurs.

C’est là que démarre le dernier acte, celui qui donne son titre original au livre d’Aidan Chambers, qui contraste avec le reste du film et qui s’avère sans doute moins intéressant et surprenant. Néanmoins, Été 85 s’incorpore naturellement dans la filmographie de François Ozon, souvent placée sous le signe de la sexualité, de l’ambiguïté, de l’ambivalence. Dans le merveilleux décor naturel du Tréport, le cinéaste pose sa caméra et capture en Super 16 cette idylle inattendue, le temps d’un été, où tout paraît possible.

Comme s’il bouclait la boucle à maintenant 50 ans révolus, François Ozon semble dire adieu à son adolescence à travers cet Été 85, où l’on pourra reconnaître au détour d’une scène la fameuse Robe d’été, sujet de son court-métrage mis en scène en 1996. Un motif parmi tant d’autres que le réalisateur disperse tout au long de cette promenade mélancolique, drôle et grave, éminemment romanesque, une parenthèse (dés)enchantée (impression renforcée par la partition de Jean-Benoît Dunckel), comme la vie. Été 85 restera aussi le film emblématique du déconfinement du 14 juillet 2020.

LE BLU-RAY

Été 85 est disponible en DVD et Blu-ray chez Diaphana Edition Vidéo. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal de cette édition HD est animé et musical.

Comme très souvent, le film de François Ozon s’accompagne de nombreux suppléments. On commence par le commentaire audio enregistré le 2 octobre 2020, « en pleine période de Covid 19 » indique le réalisateur, qui ne peut donc pas s’entretenir avec ses deux comédiens principaux à la fois, mais les invite à venir le rejoindre à tour de rôle, même si le plus gros de l’exercice se fera entre le cinéaste et Félix Lefebvre. Toujours est-il que ce commentaire audio est comme d’habitude avec François Ozon, franc du collier, sans langue de bois, toujours intéressant et généreux en anecdotes de tournage. Les deux acteurs partagent leurs souvenirs, évoquent leur préparation, le travail avec le réalisateur, leur alchimie. Le casting, la bande-originale, le choix du tournage en Super 16, le montage et bien d’autres éléments sont abordés au cours de ce commentaire passionnant.

L’entretien avec l’équipe du film (10’) qui réunit d’un côté François Ozon et de l’autre Félix Lefebvre, Benjamin Voisin et Philippine Velge, apparaît de ce fait un peu redondant avec le commentaire audio précédent puisque les éléments glanés ici et là y avaient déjà été abordés (le choix des comédiens, les thèmes, les costumes, le titre du film, le tournage en pellicule, la psychologie des personnages, etc.).

Même si l’on se doute que tout n’y est pas (il manque par exemple la scène de sexe évoquée dans le commentaire audio), ne manquez pas les scènes coupées (8’) qui prolongent quelque peu la relation entre Alexis et Kate (qui se disputent), ou bien celle de l’ivrogne récupéré dans la rue et où Alexis essaye de convaincre un gendarme de l’aider.

Nous trouvons également deux segments « répétition », centrées sur les séquences de la bagarre (1’) et de la danse sur la tombe (2’45), mises en parallèle avec le résultat final.

Deux autres modules « essais » dévoilent les tests réalisés pour le tournage en pellicule 16 mm (confronté avec les mêmes scènes filmées en 35 mm), ainsi que ceux effectués pour la lumière et les costumes des comédiens.

Déjà disponible sur un DVD anciennement sorti chez M6 Vidéo en 2004 qui regroupait quelques courts-métrages de François Ozon, Une robe d’été (16’) est présenté en bonus sur cette édition, ce qui n’est pas anodin puisque la fameuse robe du film apparaît dans Été 85. Après une dispute avec son petit ami à qui il reproche son comportement de « folle », un jeune homme s’en va seul sur une plage. Là surgit une Espagnole charmante et rigolote, avec laquelle il fait l’amour, pour la première fois avec une femme. En revenant à la plage, où il s’est fait voler toutes ses affaires, il est forcé de revêtir une robe que l’Espagnole lui prête pour rentrer chez lui… Cela change complètement sa vision de ce qu’est un homme, et il renoue avec son petit copain qui lui fait alors l’amour. Le lendemain, il va remercier la charmante Espagnole pour lui rendre la robe, qu’elle refuse : c’est un cadeau d’émancipation. Lancé à la Semaine de la critique durant le Festival de Cannes 1996, Une robe d’été, bercé par la chanson Bang-Bang de Sheila, a reçu le Léopard d’or au Festival international du film de Locarno, avant d’être remarqué dans de nombreux festivals de court métrage.

L’interactivité se clôt sur des « prises coupées » (14’), qui s’apparente en fait à une sorte de bêtisier, ainsi que sur la bande-annonce et (c’est une bonus récurrent et toujours intéressant sur les DVD-Blu-ray des films de François Ozon) une galerie de projets d’affiches (2’).

L’Image et le son

Comme l’indique un carton dans le supplément consacré aux essais pellicules 16mm-35mm, François Ozon et son chef opérateur Hichame Alaouié (Nue propriété et Élève libre de Joachim Lafosse, Des filles en noir de Jean-Paul Civeyrac) ont décidé de tourner Été 85 sur une pellicule Kodak 500T et 200T, des prises de vue en Super 16 (à l’instar des premiers courts-métrages du cinéaste), afin de renforcer l’impression de film d’époque et surtout pour exploiter un superbe grain et faire ressortir l’aspect organique, ainsi que l’émotion sur les gros plans, comme une sensualité palpable. En revanche, pour les scènes de nuit impossible à « capturer » en Super 16, le numérique via la caméra Alexa Mini a été privilégié, un faux grain ayant été par la suite été rajouté en postproduction à ces séquences pour homogénéiser le tout. Cette édition Haute-Définition s’en sort avec les honneurs. Certes, les couleurs restent sensiblement (et volontairement) délavées, mais la clarté est de mise, les séquences sombres s’avèrent sans doute moins définies, avec une perte des détails, mais l’ensemble respecte toutes les volontés artistiques du réalisateur et le travail du directeur de la photographie.

Un des éléments que l’on retient d’Été 85 après la projection, c’est la superbe musique de Jean-Benoît Dunckel, comme il l’avait déjà fait pour le formidable K.O. de Fabrice Gobert en 2017. Autant dire que nous ne sommes pas déçus par le mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui crée une spatialisation en adéquation avec le sujet du film et qui se clôt avec In Between Days des Cure. Les dialogues ne sont jamais noyés par les ambiances et les effets annexes, la balance frontale est riche et les latérales ne sont pas en reste. L’éditeur joint également une piste Stéréo, une autre en Audiodescription ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Diaphana Distribution / Copyright Jean-Claude_Moireau_2020_MANDARIN PRODUCTION_FOZ_France 2 CINEMA_PLAYTIME PRODUCTION_SCOPE PICTURES / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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