Test Blu-ray / Chère Léa, réalisé par Jérôme Bonnell

CHÈRE LÉA réalisé par Jérôme Bonnell, disponible en DVD et Blu-ray le 19 avril 2022 chez Diaphana.

Acteurs : Grégory Montel, Grégory Gadebois, Anaïs Demoustier, Léa Drucker, Nadège Beausson-Diagne, Pablo Pauly, Yumi Narita…

Scénario : Jérôme Bonnell

Photographie : Pascal Lagriffoul

Musique : David Sztanke

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 2021

LE FILM

Après une nuit arrosée, Jonas décide sur un coup de tête de rendre visite à son ancienne petite amie, Léa, dont il est toujours amoureux. Malgré leur relation encore passionnelle, Léa le rejette. Éperdu, Jonas se rend au café d’en face pour lui écrire une longue lettre, bousculant ainsi sa journée de travail, et suscitant la curiosité du patron du café. La journée ne fait que commencer…

Jérôme Bonnell (né en 1977) est l’un de nos cinéastes les plus précieux. Révélé par Le Chignon d’Olga en 2002, le réalisateur aura ensuite très vite imposé son immense sensibilité avec Les Yeux clairs en 2005 (lauréat du prix Jean-Vigo), J’attends quelqu’un en 2007, La Dame de trèfle, injustement passé inaperçu en 2010 et Le Temps de l’aventure, son plus beau film, délicate histoire d’amour entre Gabriel Byrne et Emmanuelle Devos. Nous n’avions plus de nouvelle depuis À trois on y va, qui le plaçait définitivement en orbite, parmi les plus grands et indispensables auteurs du cinéma français. Il aura fallu attendre plus de six ans pour découvrir son septième long-métrage, Chère Léa, qui offre cette fois le premier rôle au génial Grégory Montel, vu dans Les Chatouilles d’Andréa Bescond et Éric Métayer, L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, Les Parfums de Grégory Magne et la série Dix pour cent, qui intègre parfaitement l’univers de Jérôme Bonnell. Soyons honnêtes, nous attendions mieux de Chère Léa, que l’on peut voir comme un équivalent masculin au Temps de l’aventure, surtout après une aussi longue attente, mais renouer avec les personnages pudiques, émouvants, drôles, romanesques et même burlesques chers au metteur en scène n’est franchement pas déplaisant et l’ensemble est on ne peut plus attachant.

La passion amoureuse est l’un des thèmes de prédilection de Jérôme Bonnell. Dans Chère Léa, celui-ci s’intéresse à « la fin qui n’en finit pas » d’une liaison entre un homme de plus de quarante ans, Jonas, père d’un garçon pré-adolescent, séparé de son épouse, avec une femme plus jeune, Léa, mère d’une petite fille. En dépit des sentiments contradictoires qui les animent, surtout Léa, leur relation est terminée et Jonas a du mal à se résoudre à cette idée. Après une « ultime » confrontation, durant laquelle ils font quand même l’amour, Jonas trouve refuge dans le café situé en face de l’immeuble de Léa, tenu par un certain Mathieu. Il s’installe, surveille à la fois la fenêtre de l’appartement de Léa et la porte d’entrée de son habitation. Puis, Jonas entreprend de lui écrire une lettre. Mais c’était sans compter les protagonistes de la vie qui allaient s’immiscer dans son intimité ou tout simplement bousculer son quotidien.

Chère Léa ne captive sans doute pas comme les œuvres précédentes de Jérôme Bonnell. Le dispositif resserré en une unité de temps (24 heures) et de lieu (en gros l’appartement de Léa, le café de Mathieu, un café de la gare de l’Est) indique que le réalisateur n’a vraisemblablement pas bénéficié d’un budget énorme et l’ensemble est peut-être un peu plus étouffant qu’à l’accoutumée. Toutefois, le charme subjugue souvent, grâce notamment aux comédiens, exceptionnels. Si l’on se réjouit de voir Grégory Montel accéder une fois de plus en haut de l’affiche, Anaïs Desmoustier, qui retrouve Jérôme Bonnell après À trois on y va y est encore sublime et à fleur de peau, et marque le film de sa présence érotique et lumineuse. Grégory Gadebois est parfait en patron de café, un colosse aux pieds d’argile, un roc dont les yeux bleu clair débordent de chaleur humaine et d’hyper-sensibilité. Le cinéaste offre également à Léa Drucker (César de la meilleure actrice pour Jusqu’à la garde) et Nadège Beausson-Diagne (Podium, Deux moi, Voir le jour) deux magnifiques personnages, la première, bouleversante dans la peau de l’ex-femme de Jonas et la mère de son fils, la seconde dans celle de Loubna, qui va quelque peu perturber la concentration de Jonas. Les cinéphiles à l’oeil affûté noteront l’apparition subliminale de Solène Rigot (Lulu femme nue, Tonnerre, Saint Amour), quand Jonas se rend Gare de l’Est. Sa scène ayant été coupée au montage se trouve sur le Blu-ray du film et s’avère largement conseillée.

La simplicité apparente des partis-pris contraste avec la complexité des sentiments du protagoniste, qui doit accepter que celle qu’il aime n’est plus amoureuse de lui et qu’ils viennent de vivre leurs derniers instants d’intimité. Le deuil amoureux est personnel, différent chez chaque être, immédiat pour certains, différé pour d’autres, éphémère ou étalé sur plusieurs semaines, mois, voire des années. Pour Jonas, prendre un stylo pour y déclarer une dernière fois sa flamme à celle qu’il vient d’étreindre pour une ultime fois devient vital, c’est ce qu’il doit faire à cet instant, sinon il ne pourra pas quitter ce café. D’ailleurs, il s’en éloigne qu’au bout d’une heure de film, pour y revenir quelques minutes après. Même s’il se réfugie dans sa bulle, Jonas ne peut empêcher la vie des autres de continuer et parfois d’entrer en contact avec eux dans ce café. Témoin, mais aussi acteur malgré-lui de quelques situations que le quotidien crée et brasse, il va devoir s’ouvrir pendant quelques instants, en mettant en suspens sa lettre, adresser la parole à certains (ce qu’il ne souhaitait peut-être pas), tout en réglant aussi par téléphone divers problèmes liés à son travail, sans jamais quitter des yeux l’autre côté de la route, perdus vers le troisième étage de l’immeuble voisin.

Mine de rien, le magnétisme habituel des histoires narrées par Jérôme Bonnell agit, pas de façon aussi évidente que pour ses six précédents longs-métrages, mais on y retrouve ce qui fait la singularité de son cinéma. Chère Léa s’immisce discrètement mais sûrement dans la thématique de son auteur, par cette absence de jugement sur les comportements de ses personnages, en évitant le piège du marivaudage (dans lequel le cinéma français se fait souvent un plaisir de tomber), en regardant Jonas arriver probablement à un carrefour de sa vie, se laissant guider par ses sentiments sans penser forcément au lendemain. Chère Léa est un opus fragile et séduisant, marqué par un humour poétique, intelligent, léger et pourtant grave, d’une remarquable fraîcheur, et surtout aussi universel qu’intemporel.

LE BLU-RAY

Les films de Jérôme Bonnell se sont promenés un peu partout dans le panorama des éditeurs français. Chez Wild Side (À trois on y va), chez France Télévisions Distribution (Le Temps de l’aventure, La Dame de trèfle), chez Bac Films (J’attends quelqu’un), chez EuropaCorp (Les Yeux clairs) et chez Malavida (Le Chignon d’Olga). Chère Léa débarque en DVD et Blu-ray chez Diaphana. La jaquette, glissée dans un boîtier classique de couleur blanche, reprend le visuel de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Interviewé par lettres interposées, écrites par sa scripte Christine Catonné, le réalisateur répond à quelques questions aussi bien professionnelles (sur le film donc) que plus intimes (15’). Jérôme Bonnell revient ainsi sur la genèse de Chère Léa, sur ses intentions (parler du dépit amoureux du côté masculin, en parlant d’un homme à travers une seule journée de sa vie) et ses partis-pris. Il évoque puiser l’inspiration dans les cafés, qu’il fréquente beaucoup, tout en étant à l’écoute de la vie autour de lui, mais en expliquant aussi n’avoir jamais réalisé de films autobiographiques, y compris celui-là. Jérôme Bonnell explique pourquoi selon-lui Chère Léa est un « film d’action », pour lequel il a revu beaucoup de westerns en amont, « la caméra devant être étonnée de ce qu’elle capture ». Quelques photos de tournage viennent illustrer ces très beaux propos, surtout quand le cinéaste parle de son rapport et de son travail avec les comédiens.

Nous trouvons également deux scènes coupées (5’30), proposées avec les commentaires de Jérôme Bonnell en option. La première est celle que nous évoquions dans notre critique, celle où apparaissait à l’origine Solène Rigot. Cette jeune voyageuse, que nous ne faisons qu’apercevoir dans le montage final, voyait Jonas aller à sa rencontre, pour lui demander de lire sa lettre à Léa. Tout d’abord réticente, elle accepte finalement et se rend compte de la beauté des mots qui y sont couchés. Pendant sa lecture, Jonas s’endort sur les marches d’un escalier. A son réveil, la jeune femme a disparu et Jonas est pris de panique. Mais elle réapparaît très vite et les larmes aux yeux dit à Jonas que la lettre est sublime, lui demandant même s’il « y aura une suite ». La seconde scène coupée est un flashback, qui montrait Jonas et Léa au lit, dans une scène qui dévoilait leur intimité, au plus fort de leur amour.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

On ne change pas une équipe qui gagne et Jérôme Bonnell a tout simplement demandé au fidèle chef opérateur Pascal Lagriffoul de photographier son septième long-métrage. Chère Léa jouit d’un superbe et éclatant master, le piqué est vif et acéré, la colorimétrie riche et les contrastes denses. La définition demeure irréprochable y compris sur les mouvements vifs de la caméra, les noirs sont concis, la propreté est indéniable, les détails impressionnants sur les gros plans.

Les dialogues sur la piste DTS 5.1 ne manquent pas de punch et l’environnement musical est plaisant et bien présent. Si le caisson de basses est aux abonnés absents, la spatialisation demeure concrète sur toutes les séquences en extérieur et le confort acoustique certain. La piste Stéréo contentera largement celles et ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière. Nous trouvons également une piste Audiodescription pour les spectateurs aveugles et malvoyants, ainsi que les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Diaphana Films / Diaphana Edition Vidéo / Celine Nieszawer / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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