Test Blu-ray / À l’assaut du Fort Clark, réalisé par George Sherman

À L’ASSAUT DU FORT CLARK (War Arrow) réalisé par George Sherman, disponible en DVD et Combo Blu-ray + DVD le 7 avril 2022 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : Maureen O’Hara, Jeff Chandler, John McIntire, Suzan Ball, Noah Beery Jr., Charles Drake, Henry Brandon, Dennis Weaver.…

Scénario : John Michael Hayes

Photographie : William H. Daniels

Musique : William Lava & Herman Stein

Durée : 1h18

Date de sortie initiale: 1953

LE FILM

La tribu indienne des Kiowas lance régulièrement des raids contre les colons installés dans l’Oklahoma. Le major Howell Brady est envoyé au Fort Clark, où il propose d’éradiquer le fléau qu’elle constitue en leur opposant d’autres indiens, les Séminoles. Redoutant que ceux-ci, de farouches guerriers désormais réduits à la misère, ne se retournent contre l’armée américaine, son supérieur refuse. Pourtant, bientôt, il n’aura plus le choix…

Habituellement, les films de George Sherman (1908-1991) parviennent à emporter l’adhésion grâce au savoir-faire du prolifique et éclectique réalisateur (130 films et épisodes de séries télévisées emballés en quarante ans), à l’instar du superbe Le Shérif d’El Solito The Hard man (1957) avec Guy Madison. Spécialisé dans le western, cet habile artisan, capable de livrer dix films par an dans les années 1940, lève un peu le pied la décennie suivante, à raison de quatre films en moyenne chaque année. En 1953 sortent Lone Hand avec Joel McCrea, Le Prince de Bagdad The Veils of Bagdad, film d’aventures « exotiques » avec Victor Mature et Mari Blanchard, tandis qu’À l’assaut du Fort Clark War Arrow sort sur les écrans pour les fêtes de Noël. C’est ce dernier qui nous intéressera (ou non) aujourd’hui. Pour en revenir à ce que nous disions précédemment, À l’assaut du Fort Clark n’est clairement pas un bon film de George Sherman. Avec son scénario anémique de John Michael Hayes (Nevada Smith de Henry Hathaway, La Rumeur de William Wyler, La Main au collet et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock), sa photo lambda signée William H. Daniels (F comme Flint, La Chatte sur un toit brûlantThe Cat on a Hot Tin Roof de Richard Brooks), son montage parfois approximatif, ses costumes assez pauvres, ses décors naturels passe-partout capturés dans l’Arizona et la paresse de la réalisation, rien ou presque ne sort War Arrow du tout-venant. Si le film vaut la peine d’être vu au moins une fois, c’est encore en raison de la présence de Jeff Chandler (1918-1962), dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises (Le Salaire du diable de Jack Arnold, Violence au Kansas de Melvin Frank). Celui qui aura été dirigé par Samuel Fuller (Les Maraudeurs attaquent), Douglas Sirk (Le Signe du Païen, Taza, fils de Cochise), Budd Boetticher (Les Conducteurs du diable), Delmer Daves (La Flèche brisée), Joseph Pevney (La Muraille d’or, La Maison sur la plage, La Rançon de la peur) et Robert Wise (Les Rebelles de Fort Thorn), qui disparaîtra à l’âge prématuré de 42 ans, des suites d’une septicémie foudroyante à la suite d’une intervention chirurgicale, s’impose sans mal une fois de plus ici. Mais il faut bien avouer qu’il n’a pas grand-chose à défendre, tout comme sa partenaire d’ailleurs, la sublime Maureen O’Hara, avec laquelle l’histoire d’amour ne prend jamais vraiment. Bref, À l’assaut du Fort Clark reste à voir si vous êtes ce qu’on appelle vulgairement un complétiste, autrement vous pouvez aisément passer votre chemin…

Le major Howell Brady, un officier de cavalerie, est envoyé de Washington, DC à Fort Clark, Texas, pour mater un soulèvement Kiowa qui a attaqué à la fois les colonies blanches et les villages des réserves Seminole. Brady demande que le commandant de poste, le colonel Meade, envoie ses troupes dans de petites unités rapides pour engager les Kiowas, mais le colonel craint que ses hommes ne soient massacrés au coup par coup et que les Kiowas soient impressionnés par un grand nombre de soldats. Avec ses deux sergents, Brady sollicite l’aide du chef Seminole, Maygro, en lui donnant 500 $ et en promettant à son peuple de la nourriture et des terres. Les trois arment 25 Seminoles avec des fusils à répétition à la pointe de la technologie et les entraînent comme contre-guérilleros. Le colonel Meade et ses officiers en veulent à l’ingérence de Brady et se méfient des Séminoles. À Fort Clark, Brady rencontre et tombe amoureux d’Elaine Corwin, la veuve d’un officier de cavalerie. Cependant, lorsque Brady et sa troupe réussissent à repousser une attaque Kiowa, Brady aperçoit un homme blanc avec ses adversaires, sans parvenir à l’identidier. Il récupère le sabre de ce dernier, sur lequel figure une gravure mentionnant le nom du capitaine R. G. Corwin, le mari supposément décédé d’Elaine.

Oui, c’est pas terrible terrible tout ça…Bien sûr, quelques idées surnagent ici et là, mais de la part de l’auteur de La Vénus au vison de Daniel Mann et de Mais qui a tué Harry ? d’Alfred Hitchcock, il y a de quoi être déçu. Tout apparaît comme qui dirait au ralenti dans À l’assaut du Fort Clark, aussi bien le rythme (le film paraît longuet, même s’il ne dure que 75 minutes), que la mise en scène de George Sherman, visiblement peu inspiré par ce qu’il est en train de tourner. Il retrouve pour la troisième et dernière fois Jeff Chandler, qu’il avait déjà dirigé en 1949 dans La Bataille des sables Sword in the Desert et en 1952 dans Au mépris des loisBattle at Apache Pass. Le réalisateur était en cela très fidèle envers ses acteurs, à l’instar de Maureen O’Hara, avec laquelle il collaborait aussi pour la troisième fois de leurs carrières respectives, après Sur le territoire des ComanchesComanche Territory (1950) et À l’abordage Against All Flags (1952). Celle-ci tiendra également le haut de l’affiche de Big Jake, le dernier long-métrage de George Sherman, qui sera souvent remplacé par John Wayne derrière la caméra, en raison de problèmes de santé. Aux côtés de ces deux vedettes, War Arrow vaut aussi le coup d’oeil pour le reste du casting, en particulier John McIntire (Honkytonk Man, Une Bible et un fusil, Psychose, Bronco Apache, Je suis un aventurier), impeccable comme toujours dans la peau du Colonel Jackson Meade, ainsi que pour la ravissante Suzan Ball (Passage interdit d’Hugo Fregonese), étoile filante du cinéma américain, qu’une tumeur emportera à 21 ans seulement…Elle crève l’écran dans la peau d’Avis, indienne au caractère farouchement indépendant, éduquée et féministe, dont la beauté et le tempérament de feu ne sont sans laisser Brady indifférent. Enfin, mention spéciale à Henry Brandon (Beau Geste de William A. Wellman, Vera Cruz de Robert Aldrich, La Prisonnière du désert de John Ford et même Assaut de John Carpenter), qui se démarque dans le rôle pourtant pas facile car propice à tout cabotinage ou prêt à tomber dans les clichés du chef Indien, ce qu’il évite avec son grand talent habituel.

Mais en dehors de cette belle et solide distribution, À l’assaut du Fort Clark enchaîne les scènes d’affrontements (on peut même parler de séances de ball-trap ici) et d’amourettes à la va-comme-je-te-pousse, joue avec la réalité historique pour des facilités de scénario, et même si ce film n’est pas le premier et ne sera sûrement pas le dernier à le faire, le récit ne parvient jamais à maintenir l’attention. Quelques touches d’humour font passer le temps malgré tout, les acteurs font le job, mais sans se forcer. Cela semble valable aussi bien pour ceux présents derrière la caméra…

LE BLU-RAY

Près de quinze ans après une première édition en DVD sortie sous les couleurs d’Universal Pictures France, À l’assaut du Fort Clark revient en édition Standard ainsi que pour la première fois en Blu-ray en France, en intégrant la collection Silver de Sidonis Calysta. Le menu principal est animé et musical.

Dans sa présentation récente, Patrick Brion (9’) dresse tout d’abord un panorama du western en cette bonne année 1954. Puis, l’historien du cinéma évoque longuement la carrière de George Sherman, marquée par le western (« on peut suivre l’évolution du genre à travers sa filmographie »), en indiquant qu’il s’agissait « d’un réalisateur très habile et un remarquable cadreur ». Patrick Brion tente ensuite d’expliquer pourquoi le scénario d’À l’assaut du Fort Clark est selon-lui beaucoup plus original qu’espéré, passe en revue le casting, avant de conclure en disant qu’il y a toujours des choses à (re)découvrir dans ces petites productions Universal.

Ensuite, Patrick Brion enchaîne avec un formidable portrait du comédien Jeff Chandler (21’), durant lequel il évoque les débuts de l’acteur, puis énumère ses plus grands films. Si ce module est parfois entrecoupé par de longs extraits ou par des bandes-annonces (le tout non sous-titré d’ailleurs), nous saluons cette entreprise qui réhabilite le comédien. Ce bonus était déjà présent sur le DVD de Violence au Kansas.

Jean-François Giré, décidément très en forme en ce moment, réalise une présentation du film de George Sherman (12’30). A son tour de nous parler (plus longuement) du réalisateur (« habile dans les scènes d’action et très bon artisan »), de ses westerns pro-indiens et anti-racistes, des dialogues spirituels et ironiques du film, de la belle présence de Suzan Ball, mais aussi des mauvais points de War Arrow (une histoire d’amour peu crédible, une Maureen O’Hara un peu effacée, les faits réels non respectés), en invitant tout de même les spectateurs à redécouvrir cette série B.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bien mais pas top, comme le classement du commissaire Bialès à son examen de l’école de police de Nice dans La Cité de la peur. La restauration n’est pas de première fraîcheur, le Technicolor décroche à plusieurs reprises au niveau de l’alignement des fameuses trois bandes (une aura verte semble parfois entourer les acteurs), la gestion de la texture argentique est aléatoire, la définition varie d’un plan à l’autre et ce au cours d’une même séquence, mais la propreté est de mise et les couleurs ne sont pas déshonorantes. A noter que le format original du film serait d’1.37:1, que celui présenté chez Universal en DVD était en 1.33:1 et que celui choisi pour ce Blu-ray est en 1.85:1. Le Blu-ray est au format 1080p.

La version française DTS-HD Master Audio 2.0. est plus axée sur les voix, qui prennent parfois le dessus sur la musique, les dialogues et les effets annexes. En revanche, la piste anglaise DTS-HD Master Audio 2.0. instaure un grand confort acoustique, riche, dynamique et propre. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Universal Pictures / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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