Test Blu-ray / Je suis un aventurier, réalisé par Anthony Mann

JE SUIS UN AVENTURIER (The Far Country) réalisé par Anthony Mann, disponible en Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livre le 12 février 2021 chez Sidonis Calysta.

Acteurs : James Stewart, Ruth Roman, Corinne Calvet, Walter Brennan, John McIntire, Jay C. Flippen, Harry Morgan, Steve Brodie…

Scénario : Borden Chase

Photographie : William H. Daniels

Musique : Henry Mancini, Hans J. Salter, Frank Skinner, Herman Stein…

Durée : 1h33

Date de sortie initiale : 1954

LE FILM

1896. Inculpé de meurtre, Jeff Webster quitte Seattle mais en arrivant à Skagway, il est accusé par le juge Gannon d’avoir troublé l’ordre public en menant ses troupeaux à travers la ville. Ceux-ci ayant été confisqués, Jeff part pour Dawson avec Ronda Castle qui l’a engagé comme chef d’équipe. Il reprend bientôt possession de son troupeau, poursuivi par Gannon…

Je suis un aventurier – The Far Country (1954) est le quatrième des cinq westerns qu’Anthony Mann tourna avec James Stewart après Winchester 73 – Winchester ’73 (1950), Les Affameurs – Bend of the River (1952), L’Appât – The Naked Spur (1953) et avant L’Homme de la plaine – The Man from Laramie (1955). Entre deux westerns, les deux fidèles collaborateurs auront même le temps d’emballer en 1953 un film d’aventure, Le Port des passions – Thunder Bay et un biopic sur le musicien Glenn Miller intitulé Romance inachevée – The Glenn Miller Story. S’il n’atteint pas la virtuosité des Affameurs et de L’Homme de la plaine, Je suis un aventurier reste tout de même un monument du western, d’une part en raison de son incommensurable beauté plastique, d’autre part pour le personnage foncièrement trouble, individualiste, taciturne, cynique, complexe et ambigu, presque antipathique, incarné par le monstre hollywoodien, auquel il est difficile de s’attacher dans un premier temps, puis qui se révèle par strates, tout en conservant une grande part de mystère. Si l’on ajoute à cela l’excellence des seconds rôles, avec Walter Brennan en tête dans un rôle qui annonce celui qu’il tiendra dans Rio Bravo de Howard Hawks cinq ans plus tard, Je suis un aventurier, peu ou mal considéré quand on évoque l’association Stewart-Mann, se place indiscutablement dans le lot des meilleurs westerns des années 1950.

En 1896, Jeff Webster (James Stewart) entend parler de la ruée vers l’or du Klondike. Avec son ami Ben Tatem (Walter Brennan), ils décident de conduire un troupeau de bovins à Dawson City, ville située dans le Yukon, territoire fédéral du Nord du Canada, bordé à l’est par les Territoires du Nord-Ouest, au sud par la Colombie-Britannique et à l’ouest par l’État américain de l’Alaska. En chemin, il est pris à partie par le juge et shérif autoproclamé Gannon (le grand John McIntire), après avoir interrompu une pendaison à Skagway. En guise de représailles, Gannon lui confisque son troupeau. Après avoir été enrôlé pour aider à transporter des fournitures à Dawson, Jeff et Ben retournent en ville pour récupérer leurs animaux, puis repartent avec Gannon et ses hommes lancés à leur poursuite. Ils traversent la frontière canadienne, puis une fusillade éclate entre les deux camp. Le juge promet d’arrêter ou de tuer Jeff dès son retour. Quand ce dernier arrive à Dawson, il découvre une tension au sein de la population, mais il préfère ne pas s’en mêler. Il vend aux enchères son troupeau à la Ronda Castle (Ruth Roman) qui l’avait embauché, propriétaire d’un saloon et l’une des associées de Gannon. Ronda et la gamine canadienne-française Renee Vallon (Corinne Calvet, agaçante) sont toutes deux fortement attirées par Jeff. À la recherche de leur prochaine aventure, Jeff et Ben utilisent 40 000 $ pour acheter une concession aurifère, doublant bientôt leur mise de départ. Ronda installe un saloon en partenariat avec Gannon, qui commence à tromper les mineurs sur leurs propriétés. Gannon et ses hommes de main s’accaparent leurs découvertes et leurs terres, ce qui rend la population Dawson encore plus hostile. Cette fois encore, Jeff reste en dehors et pense même prendre la poudre d’escampette en suivant la rivière. Cependant, Gannon apprend que Jeff prépare sa fuite et entend bien le prendre au piège.

James Stewart a sans nul doute trouvé ses rôles les plus inattendus chez Anthony Mann, qui parvenait à dévoiler une autre facette jusqu’alors inexploitée de l’acteur par les autres cinéastes, une part sombre, loin de l’empathie immédiate que le spectateur pouvait ressentir dès que ce grand échalas d’un mètre 91 apparaissait habituellement à l’écran. Dès la première séquence, quand Jeff revient d’une expédition qui a bien failli le ruiner ou même lui coûter la vie, l’acteur s’impose d’emblée avec son visage fermé et son regard clair, prêt à en découdre avec deux cowboys qui avaient tenté de fuir avec son troupeau. On apprend que Jeff s’était défendu en tuant froidement deux de leurs complices. Ce double-meurtre lui vaut d’être poursuivi, ce qui accélère son départ pour l’Alaska, même s’il espère acheter un ranch dans l’état de l’Utah, avec son ami Ben, où ils pourront couler des jours paisibles jusqu’à la fin de leurs existences. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Je suis un aventurier dresse le portrait d’un homme profondément égoïste, qui n’hésite pas à avoir recours à la violence si jamais un obstacle ou un individu se dresse sur son chemin. James Stewart est absolument parfait dans la peau de ce type autocentré, qui regarde toute l’agitation autour de lui et qui fait tout pour y échapper. Si l’on se doute que Jeff prendra les armes et sera bien obligé d’intervenir, Anthony Mann retarde ce moment quasiment jusqu’aux dix dernières minutes, sans pour autant espérer que la situation fasse changer le personnage de façon permanente. Si Jeff sort la pétoire, rien n’indique qu’il mûrira une fois le duel final terminé. Anthony Mann crée l’attente avec des personnages qui se fondent dans les décors majestueux des Rocheuses Canadiennes, qui les contournent ou les traversent, mais où le caractère implacable de la nature se rappelle toujours à eux, tout en reflétant leurs propres états d’âme. L’avalanche qui engloutira une partie des hommes, des femmes et des enfants partis chercher fortune en préférant escalader la montagne, renvoie l’être humain à se petite condition, tandis que Jeff, qui avait tenté d’en dissuader certains de suivre ce chemin, regarde le drame d’un œil quasi-indifférent.

Reposant sur un récit en béton armé écrit par Borden Chase (scénariste de La Rivière rouge d’Howard Hawks, de Winchester ‘73 et Les Affameurs, et plus tard de Vera Cruz de Robert Aldrich), une mise en scène épurée et pourtant magistrale, une interprétation grandiose et une somptueuse photographie en Technicolor réalisée par Williams H. Daniels, Je suis un aventurier repose donc moins sur ses scènes d’action que sur la psychologie de ses personnages. C’est peut-être pour cette raison que The Far Country est souvent mal considéré dans ce cycle de cinq films, sans nul doute l’oeuvre la plus difficile d’accès des cinq, la moins immédiate et la plus réflective.

LE DIGIBOOK

Je suis un aventurier surgit dans les bacs chez Sidonis Calysta en Édition Collection Silver Blu-ray + DVD + Livre. L’objet se compose de deux disques, à la sérigraphie identique, ainsi que d’un superbe ouvrage de 145 pages (!), écrit par Marc Toullec. Dans ce livre, magnifiquement illustré, vous trouverez un beau tour d’horizon de tous les westerns interprétés par James Stewart, de Femme ou démon – Destry Rides Again (1939) au Dernier des géants – The Shootist (1976), avec bien sûr un large chapitre consacré exclusivement à la collaboration du comédien avec Anthony Mann. Le menu principal des deux disques est identique, animé et musical.

L’éditeur propose deux analyses de Je suis un aventurier réalisées en 2017 pour une première édition finalement annulée chez Sidonis Calysta.

On commence par la présentation la plus longue, la plus passionnée et passionnante, la plus complète, celle de Bertrand Tavernier (30′). Le cinéaste et historien du cinéma évoque la collaboration James Stewart – Anthony Mann sur cinq films, en précisant que Je suis un aventurier est pour lui l’un des trois chefs d’oeuvre de l’association des deux hommes avec le scénariste Borden Chase, avant de le replacer dans son contexte, dans la carrière des artistes concernés, tout en indiquant qu’il ne comprenait pas pourquoi l’auteur du film considérait qu’Anthony Mann paraissait ne pas comprendre ce qu’il filmait, tout en étant beaucoup plus positif sur son travail avec King Vidor ou George Sherman. Est-ce en raison de leurs divergences politiques ? Bertrand Tavernier parle ensuite de sa découverte du roman d’Ernest Haycox intitulé Les fugitifs de l’Alder Gulch, dont l’intrigue contient certaines ressemblances extrêmement troublantes avec Je suis un aventurier. Puis, Tavernier revient plus précisément sur la psychologie et l’évolution (ou non) du personnage interprété par James Stewart, loin d’être hyper-traditionnel, comme certains ont pu l’écrire sur internet dixit l’invité de Sidonis. Le casting (avec un léger bémol sur les comédiennes), les lieux de tournage et la façon dont Anthony Mann imbrique les décors naturels aux sentiments des protagonistes et d’autres sujets sont analysés au cours de cette merveilleuse et précieuse intervention.

Après cet entretien, celui de Patrick Brion apporte bien peu de nouveaux éléments (12’30). Ce dernier commence par réaliser un petit tour d’horizon des westerns réalisés l’année où le film qui nous intéresse est sorti sur les écrans. Cette manie est certes bien redondante, surtout pour ceux qui ne ratent jamais une sortie Sidonis, mais heureusement, nous arrivons à glaner quelques informations, notamment sur la psychologie du personnage interprété par James Stewart, “un homme méchant”, que Patrick Brion dissèque en mettant en relief son ambiguïté, son égoïsme et son manque de courage. Le reste du casting est ensuite passé en revue, sans oublier la relation entre James Stewart et son fidèle cheval Pie, avec lequel il fera 17 films.

Sidonis Calysta présente un documentaire (dispo uniquement sur le Blu-ray) intitulé Frontières américaines : Anthony Mann chez Universal (33′), qui croise les propos de différents auteurs et historiens du cinéma (Alan K. Rode, Rob Word, C. Courtney Joyner), ainsi que du script supervisor d’Anthony Mann, Michael Preece. Comme son titre l’indique, les intervenants reviennent sur la carrière du réalisateur (dont il existe très peu d’interviews, de photographies et de témoignages, et qui ne donnait quasiment jamais de conférences de presse) chez Universal, en mentionnant surtout ses succès, ainsi que ses collaborations (puis leur brouille définitive après le refus de Mann de mettre en scène Le Survivant des monts lointains Night Passage) avec James Stewart. N’attendez pas de vraies analyses comme Bertrand Tavernier, car le fond manque singulièrement d’intérêt, mais l’ensemble se suit agréablement.

L’autre bonus présent uniquement sur l’édition HD, L’Ouest de Mann (24′) est une intervention de l’auteur et critique, Kim Newman, qui propose une analyse sur le fond comme sur la forme de Je suis un aventurier. Egalement romancier, Kim Newman évoque ce film « qui a tendance à être un peu oublié », dresse le portrait du personnage principal qu’il rapproche du Josey Wales hors-la-loi (1976) de Clint Eastwood et passe le casting en revue.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Nous n’aurons pas la prétention de vous faire croire que nous nous y connaissons autant voire plus que le site mythique DVDclassik. Alors pour TOUT savoir sur le bon format supposé juste de Je suis un aventurier, nous ne saurons que trop vous conseiller de suivre ce lien https://www.dvdclassik.com/test/blu-ray-je-suis-un-aventurier-sidonis-calysta, sachant que même Bertrand Tavernier n’a su répondre à cette question au cours de sa présentation. Nous ferons donc cette critique Image avec les moyens du bord, selon notre ressenti, sachant que ce master semble être identique à celui récemment sorti outre-Manche chez Arrow. La copie laisse un goût amer, surtout si on la compare aux masters HD des Affameurs (déjà de qualité moyenne) et de L’Homme de la plaine (superbe) et manque à la fois de piqué et de détails, notamment sur les gros plans, les textures et la profondeur de champ. L’élévation HD est palpable, mais rare (y compris sur le Technicolor quelque peu blafard), un peu comme s’il s’agissait d’un DVD sensiblement amélioré. The Far Country est proposé au format 1.85.

L’éditeur ne propose pas un inutile remixage 5.1, mais encode les versions anglaise et française en DTS-HD Master Audio mono 2.0. Passons rapidement sur la version française au doublage old-school très réussi, mais dont les voix paraissent peu ardentes. Elle n’arrive pas à la cheville de la version originale, évidemment plus riche, vive, propre et aérée. Dans les deux cas, le souffle se fait discret et la musique bénéficie d’une jolie restitution. Les sous-titres français sont imposés sur la version originale et le changement de langue verrouillé à la volée.

Crédits images : © Sidonis Calysta / Universal Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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