Test Blu-ray / F comme Flint, réalisé par Gordon Douglas

F COMME FLINT (In Like Flint) réalisé par Gordon Douglas, disponible en DVD et Blu-ray le 28 janvier 2020 chez BQHL Editions

Acteurs : James Coburn, Lee J. Cobb, Jean Hale, Andrew Duggan, Anna Lee, Hanna Landy, Totty Ames, Steve Ihnat…

Scénario : Hal Fimberg

Photographie : William H. Daniels

Musique : Jerry Goldsmith

Durée : 1h54

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Le super espion Flint découvre que le président des États-Unis a été remplacé par un acteur. Celui-ci aurait été engagé par un groupe de femmes qui veulent conquérir le monde au moyen de lavages de cerveau dispensés par leurs salons de coiffure.

Flint, c’est James Coburn (1928-2002), qui avait commencé sa carrière au cinéma quelques années auparavant et traîné sa grande carcasse chez Budd Boetticher (La Chevauchée de la vengeance), John Sturges (Les Sept Mercenaires, La Grande évasion), Don Siegel (L’Enfer est pour les héros), Stanley Donen (Charade), William Conrad (L’Homme de Galveston) et Sam Peckinpah (Major Dundee). En 1966, Notre homme FlintOur man Flint lui offre le haut de l’affiche et le moins que l’on puisse dire, c’est que le comédien âgé de 38 ans est servi comme un prince avec cette parodie de film d’espionnage, en particulier des James Bond qui envahissaient les salles de cinéma depuis quatre ans. Formidable divertissement, Notre homme Flint, énorme succès commercial entraîne forcément une suite l’année suivante, F comme Flint – In Like Flint, réalisé cette fois par Gordon Douglas (1907-1993), qui succède ainsi à Daniel Mann. Si le premier volet était et demeure d’ailleurs une grande comédie policière qui jouait avec les codes en vigueur, en regorgeant de gadgets absurdes en tous genres (en fait quasiment tous contenus dans un briquet, qui donne aussi du feu !), de belles poupées déshabillées, de couleurs flashy et de décors psychédéliques, cette suite ne fait pas autant d’étincelles et pâtit d’un scénario plus classique. Derek Flint semble avoir perdu son mojo, même si certaines séquences restent jubilatoires. Si Notre homme Flint avait pris inévitablement quelques rides, le second épisode a encore plus mal vieilli et croule sous les clichés sexistes qui en feraient criser plus d’un aujourd’hui (on ne sait pas si le film est ouvertement misogyne ou non), ou plus d’une surtout, bien que toute cette entreprise soit avait tout placée sous le signe de la gaudriole. De ce point de vue, F comme Flint reste un divertissement très sympathique.

Au dernier moment, l’agent Derek Flint renonce à un stage de survie dans la Vallée de la Mort pour voler au secours de Lloyd C. Cramden, le chef des services secrets. Un homme sous pression depuis qu’il a constaté un trou de trois minutes dans l’emploi du temps du Président des États-Unis. Et pour cause : le locataire principal de la Maison-Blanche a été remplacé par son clone parfait, un double au service de Femme Fatale, une organisation secrète féministe qui poursuit l’objectif de substituer tous les hommes au pouvoir par des femmes…

Oubliez les trois savants fous qui tentaient de prendre le contrôle de la planète, en causant éruptions volcaniques, tremblements de terre et d’autres phénomènes climatiques dans Notre homme Flint ! Ici, notre super-agent polyglotte (il communique même avec les dauphins), polygame, inventeur de ses propres gadgets, expert en arts martiaux, cordon bleu et immense sportif paraît avoir moins de choses à faire que lors de sa dernière mission. En fait, le récit se focalise bien trop souvent sur le supérieur hiérarchique de Flint, à savoir Lloyd C. Cramden, interprété par le génial Lee J. Cobb. L’histoire s’éparpille trop et perd de vue notre personnage principal, qui apparaît en pointillés. De plus, l’action est plus pépère, tandis que la mise en scène de Gordon Douglas (Le Fauve en liberté) est bien moins inventive que celle de Daniel Mann. Même chose, les décors, les accessoires et les costumes sont plus passe-partout, comme si le ton parodique avait été réduit. Ce qui n’empêche pas F comme Flint de compiler certaines séquences nawak. Les affrontements sont bel et bien présents, mention spéciale à celui se déroulant sur les toits de Moscou où l’excellente partition du grand Jerry Goldsmith est un atout sérieux pour dynamiser ce face à face.

Malgré ses nombreuses baisses de régime, F comme Flint agit néanmoins comme une récréation, où notre héros quasi-invulnérable passe d’un tableau à l’autre, en emballant quelques jolies nanas en bikini d’un côté, tout en analysant quelques poils de moustache au microscope de l’autre. Rien à redire sur James Coburn, parfait, élégant, pince-sans-rire, cynique, charmeur, en tête brûlée, fin limier infaillible, bourreau des cœurs et combattant redoutable. Forcément, il réussit là où tous les agents du monde entier ont échoué avant lui et obtient très vite des résultats. Fusion de James Bond et d’Austin Powers, Derek Flint est un héros haut en couleur. En revanche, si le premier opus avait de la gueule et brillait grâce à la photographie de Daniel L. Frapp (West Side Story, La Grande évasion, Un, deux, trois), les partis pris de William Daniels (Rendez-vousThe Shop Around the Corner d’Ernst Lubitsch, Comme un torrentSome came running de Vincente Minnelli) sont plus anodins.

F comme Flint est beaucoup plus classique, surtout que l’effet de surprise s’est dissipé entre-temps et que l’ensemble paraît plus longuet. Mais on reste toutefois bien au-dessus de l’exténuant, peu drôle et foutraque Casino Royale qui sortait alors la même année et le film se permet même d’anticiper l’arrivée à la Maison-Blanche d’un acteur près de quinze ans avant le mandat de Ronald Reagan. Toujours est-il que F comme Flint, même si moins enthousiasmant que Notre homme Flint sur tous les plans, saura contenter les amateurs de pastiche.

LE BLU-RAY

Jusqu’à présent, Notre homme Flint était disponible en DVD chez 20th Century Fox, une galette qui se revendait très cher sur la toile. Nous sommes donc ravis de revoir ce pastiche dans les bacs, sous la bannière de BQHL Editions, en Blu-ray. Le menu principal animé et musical ne propose que le choix des langues.

Aucun supplément vidéo, mais un livret de 24 pages réalisé par Marc Toullec, très complet, qui revient sur la mutation de l’espionnage au cinéma depuis l’avènement de James Bond au début des années 1960, ainsi que sur les ersatz, parodies et pastiches apparus vers la fin des années 1960.

L’Image et le son

Ce master HD est équivalent à celui de Notre homme Flint, déjà disponible chez BQHL. F comme Flint est moins soigné sur le plan visuel que le premier épisode, mais le cadre large reste bigarré et pimpant. Ce Blu-ray propose une agréable restauration de cette parodie de film d’espionnage. Si l’image est parfois un peu douce (y compris certains stockshots forcément moins pointus), les séquences extérieures gagnent indéniablement en luminosité et la colorimétrie retrouve une certaine richesse. Ce festival de couleurs pop et acidulées brille souvent de mille feux avec une texture argentique très équilibrée, une définition de haut niveau, y compris sur les scènes sombres. Le relief est très appréciable sur les décors, ainsi que sur les gros plans étonnants de précision. Même chose concernant le piqué, acéré à souhait.

Les mixages anglais et français Dolby Digital 2.0 (pas de HD de ce côté) sont propres, efficaces et distillent parfaitement la musique du grand Jerry Goldsmith. La piste anglaise ne manque pas d’ardeur et s’avère la plus équilibrée du lot. Aucun souffle constaté sur les deux pistes et les sous-titres français ne sont pas verrouillés.

Crédits images : © 20th Century Fox / BQHL Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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