Test Blu-ray / Le Scandale, réalisé par Claude Chabrol

LE SCANDALE réalisé par Claude Chabrol, disponible en DVD et Blu-ray le 28 janvier 2020 chez BQHL Editions

Acteurs : Anthony Perkins, Maurice Ronet, Yvonne Furneaux, Stéphane Audran, Annie Vidal, Henry Jones, Catherine Sola, George Skaff…

Scénario : Claude Brulé, Derek Prouse, William Benjamin

Photographie : Jean Rabier

Musique : Pierre Jansen

Durée : 1h51

Date de sortie initiale : 1967

LE FILM

Paul Wagner dirige une négoce de champagne mais à la suite d’un très grave traumatisme crânien, il n’est plus capable de s’en occuper. Son entreprise devient alors la cible de nombreuses convoitises et des personnes commencent à être assassinées ! Les soupçons de la police se tournent vers Paul…

Oui, bon…comment dire…Le Scandale est comme qui dirait l’aboutissement de la période commerciale de Claude Chabrol et annonce quelque part les grands titres à venir. Après Le Tigre aime la chair fraîche (1964), Marie-Chantal contre docteur Kha (1965) et Le Tigre se parfume à la dynamite (1965), le réalisateur qui enchaînait alors les tournages par peur de ne plus pouvoir faire son travail, sort du méconnu et très bon film de guerre, La Ligne de démarcation, dans lequel Maurice Ronet tenait le rôle principal. Ce dernier accepte un scénario un peu cinglé coécrit par Claude Brulé (les deux premiers Angélique de Bernard Borderie), Derek Prouse et Paul Gégauff (Le Signe du lion d’Eric Rohmer et complice de Claude Chabrol), d’après une idée originale de William Benjamin (Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot), qui aurait été entièrement remanié par le cinéaste lui-même. A l’écran, Le Scandale rend compte de son écriture passée de main en main, en d’autres termes c’est un gros bordel. Avant qu’il soit de nouveau inspiré – puisque suivront Les Biches, La Femme infidèle et Que la bête meure – Claude Chabrol livre un thriller dramatique sur la folie humaine, qui lorgne volontairement sur le cinéma d’Alfred Hitchcock, mais qui accouche au final d’un film raté, interminable, qui contient néanmoins quelques bonnes idées ici et là, dont un twist pour le coup très surprenant et qui donne finalement envie de revoir le film. Ou comment le cinéaste s’amuse à emmener le spectateur là où il l’attend le moins, mais qui en fait justement trop au risque d’en laisser beaucoup sur la bande d’arrêt d’urgence dès la première demi-heure. Du coup, on ne peut pas détester Le Scandale en dépit de ses nombreux défauts, même s’il est difficile, très difficile, d’aller jusqu’au bout des quasiment 120 minutes du long métrage.

Héritier d’une riche famille propriétaire de vignobles en Champagne, Paul Wagner mène une existence oisive, confortable, qu’altèrent à peine des troubles psychiques causés par l’attaque de voyous, qui a entraîné la mort d’une jeune femme et durant laquelle il fut grièvement blessé à la tête. Un différend oppose Paul à sa cousine Christine qui souhaite vendre la marque. Paul s’y refuse, allant jusqu’à chasser de chez lui les acheteurs américains. Déterminée, Christine n’entend pas en rester là. Elle demande à son mari, Christopher, de convaincre Paul. Nouvel échec. Pour elle, tous les moyens sont désormais bons, y compris le chantage. Des meurtres sont commis : tout porte à croire que Paul est le coupable.

Soyons honnêtes, on s’ennuie devant Le Scandale. Le rythme est très mal géré, les dialogues sont chiants, certaines séquences sont interminables et l’on se demande sans arrêt où le réalisateur souhaite en venir. Après une loooongue scène de réception qui tourne mal, le film reprend un peu du poil de la bête et devient curieux avec cette succession de meurtres qui semble ne jamais vraiment contrarier les personnages, hormis Paul forcément, car jamais la police n’intervient ou l’entourage des victimes. La découverte des corps est vite expédiée, comme si ce qui intéressait Claude Chabrol était ailleurs. En fait, ce dernier se penche surtout sur la situation d’un homme se croyant fou (on ne saura jamais vraiment s’il l’est ou pas), plongé dans un monde qui s’apparente à un asile d’aliénés à ciel ouvert avec notamment les grands bourgeois complètement déconnectés de la réalité qui les entoure. A ce titre, Maurice Ronet est impeccable, comme toujours, dans le rôle de l’électron libre qui a envie de tout envoyer balader et en premier lieu son environnement et ceux qui le composent.

L’autre point fort du Scandale est la présence au casting d’Anthony Perkins, en français dans le texte car parfaitement bilingue, qui s’éloignait volontairement des studios hollywoodiens et enchaîner les tournages en Europe comme Le Glaive et la Balance (1963) d’André Cayatte et Une ravissante idiote (1964) d’Édouard Molinaro. Son charisme, ainsi que son accent, apportent un côté étrange à l’entreprise et le duo avec Maurice Ronet fonctionne parfaitement. C’est d’ailleurs pour cette collaboration inattendue que vaut Le Scandale aujourd’hui, bien plus que pour son histoire abracadabrante qui tape autant sur les nerfs que la musique plombante et omniprésente de Pierre Jansen. Reste également le charme des belles Suzanne Lloyd, Yvonne Furneaux et Stéphane Audran, bien mises en valeur par Claude Chabrol dont on reconnaît bien ici le goût pour rendre ses comédiennes aussi mystérieuses que sexy.

Toujours est-il que Le Scandale ne peut rivaliser avec les titres emblématiques de la carrière du cinéaste et ne dépasse pas le stade de la curiosité.

LE BLU-RAY

Le Scandale n’avait jamais connu les honneurs d’une édition DVD et encore moins en Blu-ray. C’est désormais chose faite grâce à BQHL Editions. Le menu principal est fixe et musical. La jaquette est glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, lui-même glissé dans un surétui cartonné au visuel clinquant.

Aucun supplément vidéo, mais un livret de 20 pages réalisé par Marc Toullec, très complet et bien illustré, qui revient sur la genèse et le tournage du Scandale.

L’Image et le son

La première bobine fait extrêmement peur. L’écran est constellé de tâches, de poussières, de griffures, de scories en tous genres. Il faut attendre l’agression, puis le générique pour que le master trouve enfin un équilibre convenable. Le cadre large est plus détaillé, les couleurs plus affirmées, le grain mieux géré, la clarté éloquente. Certains points blancs demeurent, des plans sont moins définis, l’ensemble est plus stable. Quoi qu’il en soit, l’apport HD (1080p) n’est jamais flagrant et le master semble avoir été sauvé à temps.

Nous ne trouvons que la version française Dolby Digital 2.0, sans sous-titres pour les spectateurs sourds et malentendants. Ce qui n’aurait pas été du luxe compte-tenu de certains propos peu intelligibles. Mais dans l’ensemble, l’écoute reste correcte.

Crédits images : © Universal Pictures / BQHL Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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