Test Blu-ray / L’Affaire Winston, réalisé par Guy Hamilton

L’AFFAIRE WINSTON (Man in the Middle) réalisé par Guy Hamilton, disponible en DVD et Blu-ray le 28 janvier 2020 chez BQHL Editions

Acteurs : Robert Mitchum, France Nuyen, Barry Sullivan, Trevor Howard, Keenan Wynn, Sam Wanamaker, Alexander Knox, Gary Cockrell…

Scénario : Keith Waterhouse, Willis Hall, d’après un roman de Howard Fast

Photographie : Wilkie Cooper

Musique : Lionel Bart

Durée : 1h34

Date de sortie initiale : 1963

LE FILM

En 1944, en garnison aux Indes, le lieutenant américain Winston abat de plusieurs balles, sans motif apparent, le sergent britannique Quinn. Un meurtre qui survient au plus mauvais moment, à la veille d’une offensive contre l’ennemi japonais. Tandis que la tension monte entre les Alliés, l’état-major américain désigne le lieutenant-colonel Adams pour défendre l’accusé devant la cour martiale. En essayant de percer le mystère de la santé mentale de Winston, Adams se heurte à des supérieurs bien décidés à cacher qu’un des leurs puisse être un psychopathe…

Ancien assistant-réalisateur de Julien Duvivier (Untel père et fils, Anna Karénine), de Carol Reed (Première Désillusion, Le Troisième Homme, Le Banni des îles) et de John Huston (L’Odyssée de l’African Queen), Guy Hamilton (1922-2016) reste surtout célèbre auprès des cinéphiles pour avoir mis en scène quatre épisodes cultes de la saga James Bond, Goldfinger (1964), Les Diamants sont éternels (1971), Vivre et laisser mourir (1973) et L’Homme au pistolet d’or (1974). Mais avant son premier opus de 007, le cinéaste britannique avait déjà signé une dizaine de longs métrages, dont le formidable L’Affaire WinstonMan in the Middle. Thriller d’investigation et de procès, ce film méconnu dans la carrière de Guy Hamilton reste pourtant d’une folle modernité et un modèle du genre, parfaitement calibré pour sa star Robert Mitchum. Passionnant, sans aucun temps mort, toujours d’actualité, remarquablement interprété et solidement mis en scène, L’Affaire Winston témoigne du solide bagage technique d’un réalisateur qui allait connaître son heure de gloire (bien méritée) dès l’année suivante.

Des frictions se développent entre les troupes américaines et britanniques stationnées en Inde pendant la Seconde Guerre mondiale et des combats éclatent entre les troupes lorsque, en 1944, le sous-lieutenant américain Winston (Keenan Wynn) tire plusieurs fois sur le sergent d’état-major britannique non armé Quinn (Bill Mitchell), apparemment sans provocation devant onze témoins. Le général américain Kempton (Barry Sullivan) charge le lieutenant-colonel Barney Adams (Robert Mitchum) de défendre Winston lors de sa cour martiale parce que, même si tout le monde pense qu’il s’agit d’une affaire ouverte et fermée, le général souhaite qu’Adams mette en place une défense vigoureuse. Il doit préciser que le verdict n’est pas simplement un coup pour réduire les tensions entre les deux armées avant une offensive contre le véritable ennemi. L’Army Lunacy Commission a trouvé Winston apte et sain d’esprit, en pleines possessions de ses actes. Adams est informé par l’infirmière Kate Davray (France Nuyen) que le colonel Burton (Alexander Knox), qui dirigeait la commission, a refusé d’accepter le rapport (qu’il a détruit) du chef psychiatrique de l’hôpital, le major Kaufman (Sam Wanamaker), qui indiquait que Winston est un psychopathe. Burton est impatient de voir Winston condamné et pendu pour colmater les relations tendues entre les deux forces. Adams demande à Kaufman d’apporter son rapport au procès, mais lorsque Burton est informé de cet ordre, il transfère Kaufman dans un hôpital éloigné. Adams rend visite au major britannique Kensington (Trevor Howard), un psychiatre qualifié qui considère également Winston comme psychopathe. Le procès doit avoir lieu dans trois jours. Adams décide malgré tout de continuer son enquête, en dépit des avertissements.

Entre Les Nerfs à vifCape Fear de Jack Lee Thompson et El Dorado de Howard Hawks, Robert Mitchum s’investit dans ce film plus méconnu et néanmoins très réussi qu’est L’Affaire Winston. Volontiers sarcastique et ironique, même s’il se défend de n’avoir aucun sens de l’humour, revenu de tout, diminué par une blessure de guerre qui l’a rendu boiteux, mais néanmoins droit comme un i et charmeur à ses heures, le Lieutenant Colonel Barney Adams est un personnage savoureux, dans lequel le comédien se glisse avec une évidente délectation. Il est aussi très bien entouré, par la belle France Nuyen, actrice franco-vietnamienne qui a eu une jolie renommée dans les années 1960-70, en collaborant avec Joshua Logan, Leo McCarey, Andrew V. McLaglen ou bien encore J. Lee Thompson. Le casting se compose aussi de tronches bien reconnaissables, celles de Barry Sullivan (Les Ensorcelés, Strategic Air Command), Trevor Howard (Brève rencontre, Les Amants passionnés), Keenan Wynn (Le Temps d’aimer et le temps de mourir, Docteur Folamour), Sam Wanamaker (L’Espion qui venait du froid, La Nuit de la peur) et Alexander Know (La Bête s’éveille, Les Vikings). Une distribution quatre étoiles où tous les acteurs prennent un plaisir évident à se donner la réplique et à se confronter au cours du dernier acte, celui du procès, où Adams tentera de mettre en évidence la santé mentale très perturbée de celui dont on lui a confié la défense.

Bien que n’ayant jamais été avocat dans le civil, ni dans l’armée, mais possédant une qualification dans le domaine juridique et pénal, Adams se demande tout d’abord pourquoi l’armée a fait appel à lui pour cette affaire. Mais très vite, Adams se rend compte qu’on ne lui a pas tout dit, que certains éléments sont dissimulés par son supérieur et que des témoins sont étrangement éloignés au moment où il commence à s’intéresser à eux. Robert Mitchum a alors peu à faire pour montrer que son personnage est peu dupe de ce qui se trame autour de lui et que, à l’instar de celui qu’il est supposé défendre, a été choisi comme homme de paille, pour une parodie de procès destinée à calmer les tensions entre l’armée américaine et l’armée britannique.

Sur une durée plutôt resserrée, Guy Hamilton va droit à l’essentiel. Le scénario de Keith Waterhouse et Willis Hall, auteurs du West 11 de Michael Winner et d’après un roman de Howard Fast (Spartacus), ne s’encombre pas de fausses pistes et l’amourette d’Adams avec la belle Kate est vite expédiée. L’intrigue est certes linéaire, mais menée sur un rythme très soutenu, sans « gras », avec quasiment une unité de lieu, de temps et d’action, le tout porté par le charisme monstrueux de Robert Mitchum. Une très belle découverte.

LE BLU-RAY

BQHL Editions déterre encore un titre jusqu’alors complètement oublié depuis l’avènement du DVD ! L’Affaire Winston, appartenant au catalogue 20th Century Fox, n’avait en effet jamais connu de sortie en édition standard en France. Pour cette sortie en Blu-ray, l’éditeur propose une jaquette attractive, glissée dans un boîtier classique de couleur bleue, lui-même glissé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé, musical et ne propose que le lancement du film, uniquement disponible en version originale sous-titrée en français.

Aucun bonus sur cette édition.

L’Image et le son

La première séquence et le générique possèdent un grain épais, qui s’affine et s’équilibre immédiatement après et ce jusqu’à la fin du film. Le cadre large est très beau, détaillé, le piqué étonnant, les contrastes denses, les blancs lumineux. Certains points blancs et autres poussières demeurent, mais restent discrets. La stabilité est également de mise, bref, c’est un très beau Blu-ray.

Une piste unique, anglaise, en Dolby Digital Mono, avec des sous-titres français non verrouillés et de couleur jaune. L’écoute est quelque peu confinée et manque parfois de mordant, mais l’ensemble reste propre et suffisant. Quelques craquements.

Crédits images : © 20th Century Fox / BQHL Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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