Test Blu-ray / Au nom de la terre, réalisé par Edouard Bergeon

AU NOM DE LA TERRE réalisé par Edouard Bergeon, disponible en DVD et Blu-ray le 4 février 2020 chez Diaphana

Acteurs : Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon, Rufus, Samir Guesmi, Yona Kervern, Solal Forte, Raffin Melanie…

Scénario : Edouard Bergeon, Emmanuel Courcol, Bruno Ulmer

Photographie : Eric Dumont

Musique : Thomas Dappelo

Durée : 1h43

Date de sortie initiale : 2019

LE FILM

Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années.

Après avoir réalisé le documentaire Les Fils de la terre, diffusé à la télévision en 2012, Édouard Bergeon passe au grand écran avec Au nom de la Terre. Il revient sur l’histoire, aussi véridique que personnelle, de son père.

Le spectateur se retrouve face à Guillaume Canet qui, très investi dans le rôle, s’est rasé le crâne laissant une couronne, au lieu de porter une prothèse qui aurait engendré un manque d’authenticité. De plus, il porte une moustache. Cette transformation physique nous fait oublier l’acteur Guillaume Canet, et nous fait croire à la présence d’un véritable paysan.

Assez vite, le film plonge cet agriculteur, nommé Pierre, dans des difficultés financières. Il a investi dans des machines et du matériel agricoles, afin d’élever des poulets. Les conditions de travail sont épuisantes. Du matin au soir, tous les jours de la semaine, Pierre exerce son métier. Heureusement, le réconfort familial lui permet de s’évader et d’oublier les soucis professionnels. Au nom de la terre nous montre l’évolution du monde agricole à travers deux générations. Jacques, le père de Pierre, joué par Rufus, représente l’ancienne école, avec par exemple l’élevage aux antibiotiques. Pierre, c’est la modernisation et les nouvelles méthodes. Mais malgré l’évolution, le système se dégrade, privilégiant le profit plutôt que le bien-être animal. La relation entre le père et le fils se déchire sur leur vision du métier.

Les problèmes vont s’accumuler en crescendo. Un incendie prive Pierre de son travail, les dettes augmentent. Il va basculer petit à petit vers la dépression, sous le regard de sa famille impuissante.

Guillaume Canet nous livre une de ses meilleures performances. Dans ce film, il est troublant de vérité. Il est dommage de constater que l’Académie des arts et techniques du cinéma n’ait pas pensé à lui accorder une nomination pour le César du meilleur acteur, qui aurait été amplement méritée. Rufus est aussi formidable dans le rôle du grand-père têtu, un ancien agriculteur qui donne des leçons. Il faut également noter la remarquable interprétation d’Anthony Bajon (qui s’était fait remarquer dans La Prière de Cédric Kahn en 2018) dans le rôle du fils de Pierre.

Des scènes, comme la confrontation entre le père et son fils ou bien la descente aux enfers de Pierre sont remplies d’émotions. Les images sont intensifiées par une superbe bande originale, signée Thomas Dappelo. Le sujet, pourtant compliqué, est bien maîtrisé. Sous ses airs de drame familial se cache un film militant.

La fin est une énorme claque. Le spectateur est face à une réalité qui fait froid dans le dos. Au nom de la terre a réussi son objectif : proposer une réflexion sur son sujet difficile et peut-être même une prise de conscience. Il n’emportera malheureusement pas le César du meilleur premier film mais aura réussi à réunir près de deux millions de spectateurs dans les salles obscures.

LE BLU-RAY

Le DVD et le Blu-ray de Au nom de la terre sont disponibles chez Diaphana. Le visuel reprend l’affiche du film. Le menu principal est animé par un diaporama de paysages de campagne, extraits du film, sur un morceau de la bande originale.

Il est possible de visionner le film avec le commentaire audio du réalisateur Édouard Bergeon et de l’acteur Guillaume Canet qui reviennent sur le tournage, nous dévoilant une multitude d’anecdotes et un regard neuf. On apprend par exemple que Guillaume Canet a préféré dormir dans une caravane installée dans un champ plutôt que de bénéficier du confort d’un hôtel cinq étoiles, afin de mieux s’imprégner du lieu et entrer plus facilement dans la peau de son personnage.

Un entretien (25′) d’Édouard Bergeon, nous permet de découvrir en détails le développement du film. De l’idée du projet jusqu’au montage, toutes les étapes de la production sont traitées : le sujet choisi, la recherche des décors, le choix des acteurs, le tournage et la composition de la musique. On y apprend également l’importance de la présence de Guillaume Canet dans le projet qui a permis la concrétisation du film.

Une scène coupée (9′) lors du montage final est visible. Il s’agit d’une fin alternative qui a été écrite et tournée. On peut y voir un Rufus bouleversant, qui passe d’un personnage bougon à un grand-père touchant. Cela se termine par une intervention (4′) du réalisateur qui explique le choix du retrait de cette scène dans la version finale. Il souhaitait que son film se termine par un coup de poing, or cette scène venait adoucir ses propos.

Le documentaire Les Fils de la terre (1h27), réalisé en 2012 et diffusée dans l’émission Infrarouge sur France 2, n’est pas disponible dans l’édition simple du DVD. Édouard Bergeon dresse le portrait saisissant d’un agriculteur qu’il met en parallèle avec l’histoire de son père. Toutes les thématiques présentes dans le long-métrage de fiction proviennent de ce documentaire. Cette genèse du film Au nom de la terre, qui a pour sujet le suicide des paysans français, est un constat glaçant. Sur dix ans, les crises agricoles se multiplient et des centaines d’agriculteurs mettent fin à leurs jours, après s’être battus pour conserver leurs exploitations. Derrière la fiction se cache la triste réalité.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce et les crédits.

L’image et le son

L’image HD permet de profiter pleinement des magnifiques paysages de nos campagnes. Les couleurs vives de la photographie sont respectées et mises en valeur. Les quelques séquences de nuit sont soignées. La dernière partie du film, aux images plus sombres, est réussie.

Diaphana nous propose de visionner le film avec un son 2.0 ou 5.1. Le choix du 5.1 nous emmène vers une immersion acoustique totale. Au nom de la terre comporte plusieurs scènes d’extérieurs. La qualité du rendu sonore nous plonge dans le vent, les chants d’oiseaux, les cris d’animaux ou encore le bruit des machines. Tandis que le 2.0 est loin d’égaler cette spatialisation. L’éditeur joint également une piste Audiodescription pour les personnes malvoyantes ainsi que les sous-titres français à destination du public sourd et malentendant.

Crédits images : © Nord Ouest Films / Diaphana /Critique du film + test technique : Jérémy Joly pour Homepopcorn.fr / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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