
REVIENS JIMMY DEAN, REVIENS (Come Back to the 5 & Dime Jimmy Dean, Jimmy Dean) réalisé par Robert Altman, disponible en Blu-ray & DVD le 7 juillet 2026 chez Rimini Éditions.
Acteurs : Sandy Dennis, Cher, Karen Black, Kathy Bates, Marta Heflin, Caroline Aaron, Ruth Miller, Sudie Bond, Mark Patton…
Scénario : Ed Graczyk, d’après sa pièce de théâtre
Photographie : Pierre Mignot
Musique : Allan F. Nicholls
Durée : 1h50
Date de sortie initiale : 1982
LE FILM
Dans le bazar perdu d’une petite ville du Texas se retrouve un groupe de fans, venues évoquer la passion qui jadis les lia à l’acteur James Dean. D’abord arrive Sissy, une jeune femme dont les attitudes provocantes choquent dans sa foi naïve Juanita, la vieille gérante. Ensuite entre Mona, le leader du groupe, une femme névrosée qui prétend que l’acteur lui a donné un enfant. Lui succèdent Edna Louise, une mère de famille empotée, puis Stella May, folle de country music. Le groupe, apparemment au complet, se prépare à fêter les retrouvailles lorsqu’arrive Joanne…

Il y a des petits trésors insoupçonnés dans le cinéma. Même si l’on connaît la réputation de Robert Altman (1925-2006) et ses films les plus emblématiques comme M*A*S*H, John McCabe, Le Privé, Nashville, The Player, Short Cuts (pour ne citer que ceux-là), cette carrière hors-norme comprenant près d’une quarantaine de longs-métrages recèle forcément des œuvres plus méconnues voire obscures, parfois calfeutrées entre deux monuments. Reviens Jimmy Dean, reviens ou en version originale Come Back to the Five and Dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean intervient après son deuxième plus grand succès, Popeye, qui malgré sa réputation (qui tient plus en raison des conditions de tournage) et l’accueil catastrophique de la critique a su engranger beaucoup de dollars, environs 210 millions de billets verts en tenant compte de l’inflation. Mais Robert Altman ne va pas continuer sur cette lancée et préfère se rediriger vers des productions moins commerciales, en ciblant notamment des pièces de théâtre, qu’il va souvent adapter au cours des années 1980 comme Streamers en 1983 et Beyond Therapy (1997). C’est ainsi qu’il va jeter son dévolu sur la pièce écrite en 1976 par Ed Graczyk, créée au Players Theatre de Columbus, dans l’Ohio, dont l’intrigue s’articule autour d’un fan-club de James Dean qui se réunit dans un « five-and-dime », autrement dit un magasin populaire, ou plus communément un bazar planté et paumé au Texas. Chose étonnante, le cinéaste va à la fois mettre en scène une version pour Broadway au Martin Beck Theater, ainsi qu’une adaptation cinématographique. Avec ce film, Robert Altman souhaite se renouveler. Il collabore pour la première fois avec le chef opérateur canadien Pierre Mignot, avec lequel il tournera une demi-douzaine de fois, réduit son tournage à un seul plateau étriqué (incroyable décor principal), ce qui le force à trouver des angles de prises de vue originaux, tout en tournant en Super 16 et dans un temps record (19 jours). Ce qui fait encore aujourd’hui l’une des richesses de Reviens Jimmy Dean, reviens, ce sont les séquences de flash-back, réalisées en direct sur le set, par l’intermédiaire d’un double décor doté de miroirs sans tain gérés par un système d’éclairage spécifique. Le réalisateur est donc libre de jouer avec la temporalité, d’imbriquer le présent et le passé, tout en bouleversant les repères des spectateurs et ce jusqu’au générique de fin. Porté par d’extraordinaires comédiennes, Reviens Jimmy Dean, reviens est une valse étourdissante d’émotions, un chef d’oeuvre complètement et injustement oublié d’un des metteurs en scène les plus passionnants du cinéma américain.



Le 30 septembre 1975, un fan club entièrement féminin, les « Disciples de James Dean », se réunit dans un magasin Woolworth’s à McCarthy, au Texas, dans le magasin, afin de célébrer le vingtième anniversaire de la mort de l’acteur. Le magasin se trouve à 100 km de Marfa, où Dean a filmé Géant en 1955. À l’intérieur, la propriétaire du magasin, Juanita, se prépare pour une autre journée de travail tout en écoutant de la musique gospel à la radio. Pendant ce temps, une des Disciples, Sissy, arrive en retard après avoir donné un coup de main au relais routier. Mona, a du retard à cause de son bus. Après que Sissy se soit inquiétée de la météo, nous voilà plongés vingt ans en arrière. Sissy s’installe dans l’établissement, dans lequel se trouvent aussi Mona, Sydney et Joseph « Joe » Qualley, qui grimpent sur le comptoir et commencent à chanter Sincerely, ce à quoi Juanita s’oppose, préférant écouter uniquement de la musique gospel. Retour en 1975, deux autres disciples, Stella Mae et Edna Louise, se rendent au même magasin. Mona les rejoint enfin. En regardant une photo de groupe avec James Dean, elle se souvient de la dernière fois que les « Disciples », toutes vêtues de la même veste, se sont rencontrées. Alors que les préparatifs de la réunion se poursuivent, le flashback continue…


Et ainsi de suite. Robert Altman imbrique 1955 et 1975, les reflets dans la glace (qui reflète les réminiscences, les fantasmes, ce qu’on aurait aimé qu’elle nous renvoie) laissent place aux souvenirs, qui s’animent, le temps semble s’être arrêté, d’où le choix de ne pas rajeunir ou de vieillir les personnages, même si vingt ans séparent les deux intrigues. Reviens Jimmy Dean, reviens est une chorégraphie en permanence, celle des protagonistes, celle de la caméra qui danse avec elles, qui les scrute, les caresse presque, celle qui accompagne leurs rires et leurs larmes, leurs coups de gueule aussi. À travers ce petit bout de la légende de Jimmy (comme le chantait Diane Tell), Robert Altman montre des femmes qui tentent de trouver une raison d’être, d’exister, d’avancer (un peu), comme si elles avaient toutes attendu qu’un événement débarque dans leur existence pour leur donner un coup de fouet.


C’est donc ce qui arrive dans les années 1950, quand les amis de Sissy annoncent qu’Elizabeth Taylor, Rock Hudson et James Dean se rendront dans les environs de McCarthy pour filmer Géant et que des auditions auront lieu dans cette région. Cela ne fait que susciter le désir de Mona de jouer aux côtés de Dean, son idole, dans ce film. Plus tard, Mona révèle qu’elle est enceinte de James Dean. Celui-ci meurt deux semaines après le tournage. Mona ne s’en remettra jamais et continue de chérir ce souvenir, tandis que ses amies la soutiennent. Mais en 1975, certains échanges paraissent amers et il est temps désormais de ne plus se voiler la face. Chacun, ou chacune a besoin de s’exprimer, sans fard, d’exposer la réalité. C’est alors que survient Joanne, une cliente conduisant une voiture de sport. Certaines sont sûres de la connaître ou cette personne leur rappelle quelqu’un qu’elles ont connu.


Comme très souvent chez Robert Altman, le dialogue est copieux, riche, lourd aussi parfois, mais la plupart du temps passionnant, dissimulant, annonçant le contraire de ce qui est dit. Les personnages peuvent raconter un événement triste en gardant le sourire, ou inversement. Quand la parole se sera enfin libérée et que le miroir aura fait office de confessionnal, où les Disciples se voient, mais regardent aussi en arrière, pour aller de l’avant en laissant tomber le masque qu’elles arboraient (pour ne pas dire le rôle) depuis toujours, elles concluent un dernier pacte, celui de se retrouver dans les vingt prochaines années. Certaines ne seront sûrement plus là. Mais pour le moment, il est temps de chanter Sincerely.


Reviens Jimmy Dean, reviens est une ode à la femme et donc aux actrices, toutes exceptionnelles (Sandy Dennis, Cher, Karen Black, Sudie Bond, Kathy Bates, Marta Heflin, Caroline Aaron), qui auraient mérité un prix d’interprétation collectif dans tous les festivals de cinéma du monde. On se souviendra longtemps de Mona, Sissy, Joanne, Juanita, Edna Louise, Stella Mae, Martha…et encore plus en découvrant le magasin en ruine (vingt ans plus tard peut-être) durant les credits de fin, la poussière poussée par le vent, emportant les souvenirs vivaces, jusque dans le miroir brisé dans lequel s’est reflété les visages marqués par la vie.


LE BLU-RAY
C’est assurément l’une des plus belles sorties de cette année 2026 ! Reviens Jimmy Dean, reviens, inédit dans les bacs français, débarque en DVD et en Blu-ray sous les couleurs de Rimini Éditions. Ce film rare de Robert Altman, quasi-inédit depuis sa sortie en 1982, arrive en HD. La galette bleue repose dans un boîtier classique de couleur noire, glissé dans un surétui cartonné au visuel recherché et aux couleurs qui rappellent les partis-pris de la photo signée Pierre Mignot. Le menu principal est animé et musical.

Le premier supplément, repris d’une édition étrangère (comme le suivant d’ailleurs), est un entretien avec David Gropman (11’15). Le responsable des décors de Reviens Jimmy Dean, reviens explique qu’il faisait ici ses débuts au cinéma, après avoir été chef décorateur au théâtre, où il avait d’ailleurs créé le décor de la pièce d’Ed Graczyk, mise en scène par Robert Altman. C’est tout naturellement que le réalisateur lui a proposé de créer le décor pour la version cinématographique de la pièce, mission qui allait être essentielle. David Gropman garde un merveilleux souvenir du cinéaste, qui lui a beaucoup appris, notamment à être libre dans sa créativité. Puis, il revient sur la fabrication du décor unique et principal du bazar, « qui devait faire ressentir la chaleur du Texas » et évoque aussi le plaisir d’avoir pu observer les comédiennes sur le plateau.


L’autre bonus datant de 2019 est une interview du monteur Jason Rosenfield (25’), qui comme David Gropman, faisait lui aussi ses débuts au cinéma, après avoir travaillé pour le genre documentaire et pour des émissions de télévision new-yorkaises. L’intervenant se souvient de sa rencontre avec Robert Altman, de leur collaboration, de ce que le réalisateur lui a appris (là encore, le mot liberté revient), des conditions de tournage avec l’équipe tournait le jour et se retrouvait le soir pour la pièce de théâtre qui se jouait à Broadway. Puis, le système du miroir est expliqué et le casting passé au crible.

Mais le grand moment à ne pas manquer de cette édition est incontestablement la présentation et l’analyse de Reviens Jimmy Dean, reviens par Frédéric Mercier (35’). Cela fait des années que nous suivons le critique, quasiment depuis son émergence à la télévision et bien sûr dans le domaine du support physique. Assurément, il s’agit ici d’une de ses plus remarquables interventions. Virtuose, Frédéric Mercier croise le fond et la forme, replace le film dans la carrière de Robert Altman (« Le film ouvre le début d’une période peu connue, dépréciée du cinéaste »), dissèque la psychologie des personnages, revient sur les thèmes récurrents du réalisateur, avant de repartir, toujours de manière fluide sur la dimension religieuse du film, sur le casting, les conditions de tournage, tout en indiquant que l’ombre de Tennessee Williams plane sur l’ensemble du film. Le dispositif théâtral est passé au peigne fin, ainsi que la création du décor et l’utilisation du miroir, l’imbrication des flashbacks dans le temps présent, l’importance du son et la signification du zoom, avant de conclure en disant que Reviens Jimmy Dean, reviens mérite d’être absolument réhabilité.

L’Image et le son
Rimini Éditions exhume Reviens Jimmy Dean, reviens, qui va faire le bonheur des cinéphiles. Ce master HD, même s’il n’est pas récent, s’en sort toutefois avec les honneurs. L’éditeur reprend vraisemblablement la même copie que celle proposée outre-Atlantique par Olive Films depuis plus de dix ans, avec un transfert 1080p encodé en AVC, respectant le format original. Tourné avec un budget dérisoire en Super 16 (gonflé en 35mm pour son exploitation dans les salles), le film est restitué ici « dans son jus », avec une palette chromatique qui semble légèrement ternie, des teintes couleur chair tirent sur le rose et qui manque globalement de vivacité. L’image reste assez cotonneuse tout au long du film, le piqué est forcément aux abonnés absents, mais les gros plans s’en tirent mieux, avec un niveau de détail plus que correct. La texture argentique est parfois très prononcée (surtout sur les scènes sombres), mais n’a heureusement subi aucun lissage numérique excessif. Sans être transcendant, le rendu reste tout à fait convaincant (la propreté est indéniable), surtout pour une rareté comme celle-ci. Notons tout de même que Reviens Jimmy Dean, reviens est sorti en mai 2026 en 4K, dans une toute dernière restauration chez l’éditeur américain Vinegar Syndrome, dans son sous-label Cinématographe.

Une seule piste unique en version originale, pas de doublage français pour ce titre. Le mixage mono DTS-HD Master Audio, très propre, se concentre essentiellement sur les abondants dialogues, mais n’oublie pas de restituer également les quelques passages chantés avec une grande clarté. Certains effets, comme le vent et un léger écho (volontaire) sur certains échanges, sont aussi constatés.



Crédits images : © Rimini Éditions / Paramount Pictures / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
