
VICKY CRISTINA BARCELONA réalisé par Woody Allen, disponible en Combo Blu-ray & 4K UHD le 7 août 2026 chez Metropolitan Films.
Acteurs : Rebecca Hall, Scarlett Johansson, Javier Bardem, Penélope Cruz, Chris Messina, Patricia Clarkson, Kevin Dunn, Julio Perillán…
Scénario : Woody Allen
Photographie : Javier Aguirresarobe
Durée : 1h37
Date de sortie initiale : 2008
LE FILM
À Barcelone, Vicky et Cristina, deux Américaines, sont hébergées au sein de la famille de Vicky pour l’été, l’une pour achever son master en identité catalane avant son mariage, l’autre pour se remettre de sa dernière rupture et continuer à chercher des expériences sensuelles et amoureuses. C’est alors que Juan Antonio, artiste peintre charmeur, leur propose de venir passer un week-end à Oviedo, pour passer du bon temps ensemble, et éventuellement faire l’amour. Malgré une première réticence de Vicky, les deux amies s’envolent avec lui. Des problèmes apparaissent, les deux femmes ayant une vision diamétralement opposée de ce que peut être l’amour et son approche. La situation se complique plus tard quand réapparaît María Elena, l’ex-femme de Juan Antonio, avec laquelle il entretient une relation encore violente après un divorce où elle a manqué de le tuer…

Au début des années 2000, à 65 ans, on ne donnait pas cher de la peau de Woody Allen, après les échecs d’Accord et désaccords (1999), du Sortilège du Scorpion de Jade (2001), d’Hollywood Ending (2002), d’Anything Else : La Vie et tout le reste (2003)…Puis, après le petit sursaut au box-office de Melinda et Melinda début 2005, débarque Match Point en octobre de la même année en France et là, critique dithyrambique, coup de coeur des spectateurs, le 35è long-métrage du réalisateur flirte avec la barre des cent millions de dollars de recette, tandis que plus d’1,5 million de spectateurs se ruent dans les salles hexagonales. Woody Allen n’avait pas été à pareille fête depuis Manhattan, un quart de siècle auparavant. Le cinéaste trouve un second souffle inespéré en Europe et ses opus suivants connaîtront encore l’engouement du public, jusqu’à son apogée en 2011 avec Minuit à Paris, véritable « blockbuster » qui engrange plus de 150 millions de dollars. Mais pour l’heure, Woody Allen retrouve Scarlett Johansson pour Scoop en 2006, la délaisse un temps pour Le Rêve de Cassandre (2007), puis clôt sa « trilogie » avec la comédienne et nouvelle muse, avec Vicky Cristina Barcelona, qui demeure et restera probablement son second plus grand hit en France avec 1,9 million d’entrées, derrière les 2,4 millions de spectateurs pour Manhattan. S’il est aujourd’hui « autorisé » de lui préférer Match Point (on se souviendra toujours de Scarlett, chemise mouillée, dans les champs fouettés par la pluie) et peut-être même Scoop, plus léger, une friandise (on se souviendra toujours de Scarlett, en maillot de bain rouge), Vicky Cristina Barcelona se situe à mi-chemin des deux précédents. Woody Allen trouve une nouvelle jeunesse, mais sa maturité transparaît à travers ses dialogues, dans sa direction d’acteurs aussi. On imagine mal parfois des personnages de cet âge parler avec autant d’esprit, de verve et d’ironie, mais cela fonctionne, car comme tous les autres films de leur auteur, nous sommes dans l’esprit de ce dernier, dans ses fantasmes, dans ses projections. Vicky Cristina Barcelona c’est une nouvelle démonstration des différentes équations de l’amour, sur le désir, transposées par un cinéaste qui a encore des choses à dire sur les sentiments humains, sur des alter egos « rajeunis », lui permettant ainsi de s’adresser à une nouvelle génération de spectateurs, tout en convoquant la sensibilité et la complicité de son public acquis depuis de longues années. On ne parlera pas de chef d’oeuvre pour Vicky Cristina Barcelona, qualificatif que l’on avait entendu partout dès sa présentation en compétition sur la Croisette, mais il s’agit d’un des films les plus représentatifs de Woody Allen que l’on voit et revoit sans se lasser.



Vicky et Cristina sont d’excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l’amour : la première est une femme de raison, fiancée à un jeune homme respectable ; la seconde, une créature d’instincts, dénuée d’inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences sexuelles et passionnelles. Lorsque Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky, offrent de les accueillir pour l’été à Barcelone, les deux amies acceptent avec joie : Vicky pour y consacrer les derniers mois de son célibat à la poursuite d’un master ; Cristina pour goûter un changement de décor et surmonter le traumatisme de sa dernière rupture. Un soir, dans une galerie d’art, Cristina « flashe » pour le peintre Juan Antonio, bel homme à la sensualité provocante. Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena, qu’ils ont failli s’entre-tuer. Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une proposition des plus directes : s’envoler avec lui pour Oviedo, consacrer le week-end à explorer les beautés de la ville, à boire du bon vin et à faire l’amour. Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l’aventure…


Ceux qui n’ont pas connu la « période » Scarlett Johansson au début des années 2000 n’imaginent pas la folie que cela pouvait engendrer, du côté des mecs évidemment, nous sommes si peu de choses, mais aussi des filles qui voulaient y ressembler (elles pouvaient s’accrocher) ou s’en inspirer (de loin). Avant de se perdre dans l’univers Marvel en incarnant un des personnages les moins intéressants du MCU, l’actrice qui avait explosé en 2003 avec Lost in Translation de Sofia Coppola, quand bien même cela faisait déjà une dizaine d’années qu’elle tournait (L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, The Barber, Ghost World), devient la plus demandée à Hollywood alors qu’elle vient d’avoir vingt ans. Après Match Point, on la voit aussi bien chez Michael Bay (The Island) que chez Brian De Palma (Le Dahlia noir) et Christopher Nolan (Le Prestige), mais c’est bel et bien avec Woody Allen qu’elle gagne ses galons de superstar.


Pourtant, dans Vicky Cristina Barcelona, même si elle arbore une chevelure flamboyante qui illumine l’écran, c’est la britannique Rebecca Hall qui est la vraie révélation du film. Vue elle aussi dans Le Prestige, dans lequel elle jouait la femme de Christian Bale, elle obtient le rôle le plus intéressant de Vicky Cristina Barcelona. Ses tâches de rousseur bien photographiées par le chef opérateur Javier Aguirresarobe (Les Autres, Parle avec elle, Mar adentro), font immédiatement craquer, mais c’est surtout l’ambiguïté de son personnage qui interpelle et fait le sel de l’histoire, loin finalement devant le ménage à trois formé par Javier Bardem (parfait en peintre charmeur et hédoniste), Penelope Cruz (explosive et qui a justement reçu l’Oscar du meilleur second rôle) et Scarlett Johansson (un astre). Elle est la colonne vertébrale du récit, alors que ce qui est lié aux trois autres personnages feraient comme qui dirait office de vertèbres, qui viennent se greffer dessus, comme des apartés.


Les dialogues sont définitivement parmi les plus inspirés de Woody Allen, Barcelone devient un personnage à part entière, même si l’on pourra tiquer presque vingt ans plus tard sur l’abus de filtres jaunes, qui fatiguent quelque peu, ainsi que sur l’aspect carte-postale européenne ou spot-promo touristique qui prendra de plus en place dans les films suivants, surtout dans To Rome with Love, l’un des pires de son auteur. Comme à son habitude, le réalisateur soigne le reste de la distribution, Patricia Clarkson et Kevin Dunn en tête.


À sa sortie, Vicky Cristina Barcelona amasse près de cent millions de billets verts dans le monde. Woody Allen en profite pour revenir momentanément à Manhattan, pour y tourner une de ses meilleures comédies, Whatever Works.


LE 4K UHD
Vicky Cristina Barcelona a tout d’abord connu une première vie dans les bacs, en DVD et en Blu-ray, chez Warner. Le film de Woody Allen fait un comeback inattendu, chez Metropolitan Film & Video, sous la forme d’un Combo Blu-ray + 4K UHD, en édition limitée. Le visuel reprend celui de la célèbre affiche d’exploitation, tout comme le menu principal, fixe et muet.

Aucun supplément…
L’Image et le son
Metropolitan frappe fort avec cette édition 4K UHD de Vicky Cristina Barcelona, exclusivité française, qui fait d’ailleurs déjà des envieux chez certains cinéphiles de l’autre côté de l’Atlantique. La photographie de Javier Aguirresarobe, fait la part belle aux couleurs chaudes, ambrées, dorées, qui forcément entraînent une perte du piqué et donc de beaucoup de détails. L’image est douce, trop sans doute et l’apport UHD limité, à part sans doute du point de vue étalonnage, où l’HDR est clairement notable. Les partis-pris ne sont pas « naturels », mais renvoient au fantasme, à l’indicible, et les volontés artistiques sont ici pleinement restituées. Tourné en argentique (le grain est pleinement apparent), Vicky Cristina Barcelona n’a pas cette définition au scalpel comme certains autres titres de Woody Allen en Blu-ray traditionnel (comme le disque HD de Minuit à Paris), mais les contrastes sont stables et solides, et le transfert indubitablement de toute beauté. Restauration 4K réalisée à partir du matériel original 35mm, donc copie immaculée.

Deux mixages DTS-HD Master Audio 5.1 français et anglais. L’apport des latérales demeure complètement anecdotique. Si les dialogues de la version française sont dynamiques, ils tendent à prendre le pas sur les ambiances annexes et l’ensemble manque de naturel. La piste anglaise est évidemment celle à privilégier, d’autant plus que la musique, les voix, les ambiances et effets s’accordent avec une réelle homogénéité, mais essentiellement sur la scène frontale.








Crédits images : © Metropolitan FilmExport / Black Bear / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
