
THE STUFF réalisé par Larry Cohen, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 7 août 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino, Danny Aiello, Patrick O’Neal, James Dixon…
Scénario : Larry Cohen
Photographie : Paul Glickman
Musique : Anthony Guefen
Durée : 1h29
Année de sortie : 1985
LE FILM
Un nouveau produit fait fureur dans les familles américaines : The Stuff, une sorte de yaourt dont le succès touche tout le pays. Mais cette substance, à l’origine inconnue, provoque chez ceux qui la consomment une violente addiction. Un enquêteur, mandaté par des industriels de l’alimentation, va tenter d’en savoir plus.

Il a toujours eu le nez creux ce cher Larry Cohen (1936-2019), mais pour avoir eu l’idée de certains de ses films, il fait croire que cet organe avait aspiré quelques substances illicites. C’est le cas pour The Stuff, sans doute l’un de ses opus les plus funs, les plus drôles, mais aussi les plus inspirés, percutants et avant tout divertissants. Ce douzième long-métrage, treizième si l’on tient compte du téléfilm See China and Die (1981) prend place dans sa carrière après le formidable Special Effects, film absolument étourdissant doublé d’une parabole passionnante sur la création et le cinéma. Cette fois, Larry Cohen s’en prend à la société de consommation, aux grands groupes industriels qui vendent (facilement) de la m*rde en boîte à la population, en leur disant que cela a le goût de la rose, sous prétexte que le packaging de ce qu’ils sont en train d’ingurgiter en a la couleur. En s’inspirant, volontairement ou non, du Blob (ou Danger planétaire en version française), sorti en 1958, dans lequel un extraterrestre géant et gluant semait la terreur dans une petite ville de Pennsylvanie, Larry Cohen parvient à se démarquer très rapidement de cette référence en emmenant le spectateur autre part. Grand spectacle réalisé avec un budget dérisoire, un peu à la Roger Corman, d’ailleurs le film sera distribué par la New World Pictures, fondée par ce dernier, The Stuff est une comédie d’horreur et fantastique qui donne le sourire du début à la fin. Mais il fait aussi sacrément réfléchir sur la façon dont les grands groupes industriels décomplexés vendent ce qu’ils savent être du poison aux consommateurs, qui répondront toujours présents pour acheter ce qu’on leur dit d’acheter, même si cela leur pourrit les entrailles et la cervelle. Un vrai petit chef d’oeuvre qui n’a pas volé son statut culte.


Un homme découvre une substance crémeuse au goût succulent semblant jaillir du sol et qui déclenche une addiction chez ceux qui la consomment. Bientôt le produit, baptisé « The Stuff », est commercialisé à travers tout le pays, déclenchant une frénésie telle que certains finissent par ne plus se nourrir que de l’étrange substance. Plusieurs citoyens, pressentant le danger pour la population, tentent d’éradiquer le produit. Parmi eux, David Rutherford, un espion industriel grassement payé par la concurrence pour découvrir le secret de la recette du « Stuff », ainsi que Jason, un jeune garçon qui refuse de goûter à la substance depuis qu’il l’a vue bouger toute seule dans son frigo.


Je ne sais pas ce que c’est, mais c’est drôlement bon !
Tout le pays ne parle que de ça, une nouvelle substance au goût irrésistible, baptisée The Stuff. C’est devenu LE dessert à la mode. Tout le monde se l’arrache. C’est le cas de cette famille, un couple bien propre sur lui, qui semblerait sortir d’une publicité des années 1950, où une étoile était dessinée sur le sourire Ultra-Brite des personnages, accompagné de leurs deux fils aux yeux bleus. Mais le plus jeune, Jason, a aperçu le yaourt en question bouger dans le frigo et a tenté d’alerter (sans succès) ses parents. Menacé par les siens, qui le forcent à avaler cette crème onctueuse, il parvient à s’enfuir. C’est là qu’intervient David Rutherford, un ex-flic aux méthodes douteuses, chargé par les groupes concurrents du Stuff, de découvrir le secret de ce produit miracle. Une fois réunis, les deux étranges et inattendus comparses comprennent que The Stuff s’empare des corps et des esprits, transformant ceux qui y goûtent en véritables zombies.


Avouez tout de même qu’il faut en avoir dans la caboche pour imaginer un truc pareil. Ce yaourt rejoint ainsi et anticipe même Le Retour des tomates tueuses de John De Bello et L’Attaque de la moussaka géante de Pános Koútras, ainsi que le mythique Street Trash de J. Michael Muro, mais avec plus de matière grise, dans le sens où, comme à son habitude, Larry Cohen a des choses à dire sur le monde qui l’entoure. Ce qui lui évite entre autres de tomber dans le nanar, dans lequel certains se seraient vautrés immédiatement.


Pour le réalisateur, si The Stuff suinte littéralement de la terre, c’est parce que la planète a décidé de se venger, de contre-attaquer en se servant de la chaîne alimentaire, face aux produits industriels qui contaminent la population. En même pas trente secondes, un individu trouve le Stuff par terre, en prend dans sa main, le goûte, en tombe dingue, propose à un de ses potes d’y goûter à son tour. Puis spot de publicité, The Stuff est lancé à coup de néons roses qui explosent la rétine (et les neurones) des téléspectateurs. Les frigos se remplissent, les ventes dans les magasins explosent, on se rue pour en trouver, pour se remplir la panse. C’est exquis, ça fait perdre du poids (qui a dit Slim Fast ???), les sens s’éveillent, tout le monde sourit. Mais les aigreurs d’estomac commencent à apparaître, les zygomatiques s’épuisent, les mâchoires fatiguent, puis se dilatent…


Larry Cohen, qui s’amuse (et nous avec lui), filme de faux spots commerciaux et annonce ce que Paul Verhoeven fera dans RoboCop. Cela renforce un point de départ « réaliste », dans le sens où il n’y a rien de plus inoffensif (en apparence) qu’un yaourt ou une crème glacée. Cette Yaourt Attack (titre alternatif de The Stuff) est une comédie satirique, brillamment écrite et mise en scène, mais aussi et surtout interprétée par un acteur génial, Michael Moriarty, ici dans sa seconde collaboration avec Larry Cohen, trois ans après Épouvante sur New York – Q. L’acteur promène son mètre 90 dégingandé, en toute décontraction, cache bien son jeu et donne du poing quand il le faut, avec une efficacité insoupçonnée d’un James Bond d’entreprise. Comme s’il appartenait à un autre genre de film, le personnage de David « Mo » (comme Money précise-t-il) Rutherford affronte des situations extraordinaires en conservant un flegme, une patience, une ironie du début à la fin, sortant chaque fois vainqueur et sans dommage des pires dangers.


Belle présence également de la comédienne Andrea Marcovicci, vue précédemment dans Le Prête-nom – The Front de Martin Ritt et l’inénarrable Airport 80 Concorde de David Lowell Rich. Sans oublier l’excellence des seconds rôles, une des spécialités de Larry Cohen, comme (rien de moins que) Paul Sorvino (dont la fille Mira, 17 ans, fait aussi sa première apparition à l’écran), Danny Aiello, Patrick O’Neal. Le réalisateur offre aussi un caméo à Brooke Adams, tête d’affiche de L’Invasion des profanateurs – Invasion of the Body Snatchers (1978) de Philip Kaufman, auquel The Stuff fait aussi penser, lors d’une publicité placée en post-credits.


Si l’on notera quelques faux raccords et diverses séquences un peu trop expédiées, en raison de la reprise du montage après une première projection où le rythme avait été jugé trop lent, The Stuff marque aussi les esprits par la réussite de ses effets spéciaux directs (un vrai plaisir et au charme intact) et surtout celle de la direction artistique du film, comme la belle photographie signée Paul Glickman, déjà à l’oeuvre sur Special Effects et Meurtres sous contrôle. Tout cela pour dire que The Stuff, contrairement à son produit crémeux, est plus que conseillé et même d’utilité publique.


LE COMBO BLU-RAY + DVD + LIVRET
On avait laissé la collection Angoisses chez Rimini Éditions en mai dernier avec Le Tueur frappe trois fois de Massimo Dallamano. L’anthologie chère à nos coeurs revient avec The Stuff de Larry Cohen (dont Meurtres sous contrôle et Épouvante sur New York avaient déjà été proposées par l’éditeur), assurément un des meilleurs titres à rejoindre ce florilège du cinéma fantastique et d’épouvante qui orne nos DVD-Blu-raythèques depuis 2019. Le DVD et le Blu-ray reposent dans un boîtier Digipack à trois volets couleur sang, qui arbore quelques visuels d’exploitation d’époque. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné, comme d’habitude clinquant. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur fournit aussi un livret de 24 pages, écrit par Marc Toullec. Ce dernier replace The Stuff dans la carrière de Larry Cohen, avant d’analyser les thèmes du film, de passer en revue le casting et de compiler quelques anecdotes liées aux conditions de prises de vues, dont la création des effets visuels. Signalons que The Stuff était déjà sorti en DVD en France, en 2009, en accompagnement du magazine Mad Movies (n°155).


L’éditeur a de nouveau fait appel à Mylène Da Silva (13’) pour nous présenter The Stuff. La créatrice de la chaîne YouTube Welcome To Primetime BITCH ! était déjà apparue sur les éditions HD de L’Enfant miroir et Psycho Beach Party, tous les deux disponibles chez Extralucid Films, mais aussi sur celle de Week-end de terreur de Fred Walton, sorti dans la collection Angoisses en janvier 2026. Et l’on y retrouve les mêmes qualités de ses interventions, toujours très bien préparées (même si l’on passe trois bonnes minutes sur Le Monstre est vivant – It’s alive du même réalisateur) et documentées, remplies d’informations (vous saurez à peu près tout sur The Stuff), avec cette fois un montage plus soigné, puisqu’on y sent moins les coupes toutes les dix secondes, l’ensemble étant illustré aux moments opportuns.


L’éditeur reprend aussi un formidable et complet documentaire rétrospectif sur The Stuff d’une durée de 52 minutes. Au cours de ce supplément (uniquement disponible sur le Blu-ray), se croisent les propos de Larry Cohen lui-même, du producteur Paul Kurtan de l’auteur et critique Kim Newman, de la comédienne Andrea Marcovicci et du responsable des effets spéciaux mécaniques Steve Neill. On se délecte des interventions du réalisateur (« Comment j’ai eu l’idée de The Stuff ? Comme la plupart de mes films, sous la douche. »), qui toujours avec humour revient sur les thèmes sérieux qu’il a voulu traiter dans son film (le consumérisme, les poisons de la société et les gens qui s’enrichissent en vendant ces produits), même en utilisant le second degré et le genre, « sans faire pour autant un film moralisateur ou à message, mais avant tout divertissant ». Larry Cohen ajoute qu’il contrôlait et supervisait toutes les étapes de la production, étant par ailleurs, scénariste, producteur, metteur en scène et monteur sur cet opus. Le producteur aborde ses diverses collaborations avec Larry Cohen, ainsi que leurs relations de travail, tandis que Kim Newman se penche sur les intentions et les partis-pris du cinéaste, ainsi que sur les seconds rôles. Steve Neill dissèque quelques effets (notamment celui principal lié au yaourt tueur), obtenus grâce au système D, étant donné que le budget n’était pas mirobolant. L’actrice partage quant à elle diverses anecdotes de tournage, liées surtout à son camarade de jeu, Michael Moriarty (qui manque à l’appel), aussi drôle qu’imprévisible, qui n’hésitait pas – Larry Cohen le poussait d’ailleurs dans ce sens – à improviser de nombreuses répliques, qui pouvaient déstabiliser sa partenaire. Le mot de la fin revient au cinéaste (« Je suis probablement insupportable sur le plateau, mais les membres de l’équipe ont l’air d’apprécier, puisqu’ils n’hésitent pas à revenir de film en film […] ils doivent être masochistes ! »), qui en profite pour évoquer ses idées (rejetées) pour promouvoir son film, mais aussi les nombreuses scènes coupées, séquences laissées sur le banc de montage après une première projection jugée trop longue. Une bonne demi-heure de scènes (dont des fausses publicités), retrouvées récemment et réintégrées pour la sortie de The Stuff en 4K en 2025 outre-Atlantique. Des scènes qu’on aurait adoré trouver sur cette édition…




L’Image et le son
Ce qui frappe d’emblée, c’est la luminosité de ce très beau master HD, ainsi que la clarté des couleurs, qui renvoient constamment à celles du packaging du Stuff. Le grain argentique est très bien géré, forcément plus appuyé sur les séquences à effets spéciaux qui entraînent quelques fourmillements et une baisse sévère de la définition. Dans l’ensemble, ce Blu-ray en met plein les yeux, le piqué est acéré, la propreté éloquente, les détails ciselés sur les gros plans notamment.

Les versions originale et française sont proposées en DTS-HD Master Audio 2.0. La première option se contente de mieux répartir le score, ainsi que des ambiances dynamiques sur les scènes agitées, une piste de fort bon acabit, sans doute plus homogène dans son rendu et souvent percutante. Plus anecdotique, la version française est parfois plus sourde, notamment dans son rendu des dialogues et des bruitages. Les sous-titres français ne sont pas imposés.


Crédits images : © Rimini Éditions / New World Pictures / Lakeshore International / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
