Test Blu-ray / Colossal, réalisé par Nacho Vigalondo

COLOSSAL réalisé par Nacho Vigalondo, disponible en Blu-ray & DVD le 8 juillet 2026 chez Rimini Éditions.

Acteurs : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens, Hannah Cheramy, Nathan Ellison…

Scénario : Nacho Vigalondo

Photographie : Eric Kress

Musique : Bear McCreary

Durée : 1h49

Date de sortie initiale : 2017

LE FILM

Gloria est une jeune new-yorkaise sans histoire. Mais lorsqu’elle perd son travail et que son fiancé la quitte, elle est forcée de retourner dans sa ville natale où elle retrouve Oscar, un ami d’enfance. Au même moment, à Séoul, une créature gigantesque détruit la ville, Gloria découvre que ses actes sont étrangement connectés à cette créature. Tout devient hors de contrôle, et Gloria va devoir comprendre comment sa petite existence peut avoir un effet si colossal à l’autre bout du monde…

Depuis sa sortie expédiée, pour ne pas dire bâclée, Colossal est devenu un film culte pour de nombreux spectateurs. Doté d’un budget d’une quinzaine de millions de dollars, le quatrième long-métrage du réalisateur espagnol Nacho Vigalondo (né en 1977) est arrivé devant les yeux du public par d’autres intermédiaires que les écrans de cinéma, en Blu-ray et DVD chez TF1 Studio, ou en E-Cinéma. Nommé en 2005 à l’Oscar du court-métrage pour 7:35 de la mañana, le cinéaste se fait très vite remarquer avec son coup d’essai, Timecrimes (2007), film fantastique qui reprend le thème du voyage dans le temps et ses paradoxes. Sa particularité ? Celle de traiter deux thèmes, ou plutôt deux genres en un seul opus. S’ensuivent Extraterrestre (2010), une histoire d’amour sur fond d’invasion alien, Open Windows (2014) avec Elijah Wood et une certaine Sasha Grey (nous ferons une recherche plus tard pour en savoir plus sur elle), puis c’est là que débarque Colossal, avec rien de moins qu’Anne Hathaway, alors entre le succès du Nouveau stagiaire de Nancy Meyers et le triomphe d’Ocean’s 8 de Gary Ross. Difficile à promouvoir ou à appréhender, cette comédie-dramatique fantastique semble encore aujourd’hui avoir le cul entre deux chaises et vaut surtout pour son caractère inclassable, que l’on pourrait présenter comme un “cousin” de Quelques minutes après minuit A Monster Calls de Juan Antonio Bayona, sorti étonnamment la même année et avec lequel Colossal possède quelques étonnants points communs. Mais ce dernier ne possède pas la virtuosité du premier et s’avère même maladroit dans sa mise en scène, ainsi que dans sa direction d’acteurs, avec Anne Hathaway qui paraît perdue, au point d’en faire souvent trop. Cela n’empêche pas Colossal d’être sympathique et attachant dans son côté nawak.

Gloria est une écrivaine au chômage aux prises avec l’alcoolisme. Son petit ami Tim (Dan Stevens, transparent), frustré par son comportement errant, rompt avec elle et la chasse de leur appartement de New York. Forcée de retourner dans sa maison familiale à Mainhead, dans le New Hampshire, Gloria retrouve son ami d’enfance Oscar, qui dirige maintenant le bar de son défunt père. Oscar accueille chaleureusement Gloria et lui propose un emploi au bar, ce qu’elle accepte. Travailler au bar aggrave le problème d’alcool de Gloria. Après chaque quart de travail, elle boit avec Oscar et ses amis, Garth (Tim Blake Nelson, sous-exploité) et Joel (Austin Stowell, lisse), jusqu’au matin, puis dort dans sa maison d’enfance presque vide. Au même moment, un monstre reptilien géant apparaît à Séoul, semant la mort et la destruction dans son sillage. Gloria se rend compte qu’en traversant le terrain de jeu à 8h05 exactement, elle provoque la manifestation du monstre et peut le contrôler à distance. Elle partage sa découverte avec Oscar et ses amis. Réalisant la gravité de la situation, elle panique et s’effondre, provoquant une destruction généralisée. Elle se réveille pour constater qu’un Oscar ravi s’est également manifesté à Séoul, mais sous la forme d’un robot géant…

Il y a de tout dans Colossal. Une histoire d’amour qui se termine plus ou moins, une autre qui démarre (peut-être), du kaiju (oui oui), un trauma d’enfance refoulé, de l’alcoolisme, du pseudo mâle alpha, le portrait d’une petite bourgade des États-Unis…Nacho Vigalondo, également scénariste, mélange tous ces ingrédients pour livrer au final un condensé uniforme, dont les saveurs ne s’accordent pas totalement, mais dont il arrive à tirer quelques fulgurances non déplaisantes, même si le goût s’avère malheureusement trop éphémère en bouche. On ne pourra sûrement pas lui reprocher de tenter des “trucs”, mais le cinéaste se révèle être trop gourmand à force de vouloir tout mettre dans sa marmite. Même Anne Hathaway peine à convaincre et use bien trop de son sourire Ultra-Brite et de ses yeux écarquillés pour pallier au manque de chair de son personnage un peu bébête, qui semble à peine surprise de ses capacités à ”diriger” un monstre géant, qui “par sa faute” dévaste une partie de Séoul. Cependant, même grisée par l’alcool, qu’elle réussit petit à petit à vaincre, elle parvient à maîtriser son “double” (et comprendre pourquoi sa propre existence, à l’apparence insignifiante et banale, a autant de répercussions sur le monde), jusqu’à l’apparition d’un autre kaiju, qui prend cette fois la forme d’un robot. Mention spéciale aux effets spéciaux, soignés pour un si “petit” budget.

Tout y est métaphore, suggestions, allégories, mais le tout est amené de façon un peu balourde, avec de gros sabots, comme la chanson sur l’effet papillon de Bénabar. Finalement, le plus intéressant du film reste l’évolution, même si là encore trop précipitée et peu crédible d’Oscar, joué par l’excellent Jason Sudeikis, qui sort de sa zone de confort en incarnant un sociopathe névrosé. L’affrontement final est quelque peu risible, mais c’est un peu le problème de Colossal en fait, ne rien prendre vraiment au sérieux de ce dont il parle.

On en retient donc cette sorte de je-m’en-foutisme, qui nuit aux intentions réelles du réalisateur, qui souhaite évoquer (entre autres) la violence faite aux femmes. Certes, mais son faux blockbuster bégaye trop pour que son propos soit cohérent.

LE BLU-RAY

Très exactement neuf ans après une première édition en DVD et Blu-ray chez TF1 Studio, Colossal revient dans les mêmes formats chez Rimini Éditions. Le visuel de la jaquette diffère, l’ancienne reprenant une des (rares) affiches d’exploitations, celui-ci étant plus recherché et donnant par la même occasion un meilleur aperçu du film de Nacho Vigalondo. La jaquette est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même disposé dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Rimini reprend tout d’abord le making-of, déjà proposé sur le Blu-ray TF1 Studio (20’30). Un documentaire classique, composé de nombreuses interviews de l’équipe (réalisateur, acteurs) et de rares images de plateau. Les propos sont dithyrambiques sur la façon de travailler de Nacho Vigalondo, mais on sent que les comédiens ont eux-mêmes du mal à parler du film, d’une part sans trop en révéler, d’autre part parce qu’ils peinent à le cerner, ainsi que les personnages et leurs motivations.

Comme souvent, Rimini ne vient pas les mains vides et finalement le plus intéressant de cette nouvelle édition, encore plus que le film proprement dit, est l’intervention de Natacha Van-Deyres (30’). Professeure de chaire supérieure et spécialiste de la science-fiction littéraire et cinématographique propose une formidable analyse de Colossal, qui contient évidemment quelques spoilers. L’invité de l’éditeur revient sur le parcours de Nacho Vigalondo, avant de se pencher sur le fond et la forme de Colossal, “qui reprend des codes de la science-fiction et s’amuse à les détourner”. Le mélange des genres illustre ici les rapports entre les hommes et les femmes, marqués par la violence. Natacha Van-Deyres indique qu’on ne comprend sûrement pas tout ce que le réalisateur a voulu illustrer.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Rimini Éditions semble reprendre le même master que celui édité par TF1 Studio en 2017. Tourné en numérique, Colossal doit se voir ou se revoir en Haute définition. Les effets numériques sont impeccables, le piqué est affûté comme la lame d’un scalpel, les couleurs impressionnantes, les contrastes léchés, les noirs denses et les détails légion. Le relief ne cesse d’étonner et le rendu des textures est subjuguant. Le nec plus ultra pour apprécier la richesse de la photographie du chef opérateur Eric Kress, à qui l’on doit les images de Millénium de Niels Arden Oplev. Voilà un beau Blu-ray de démonstration.

Les versions française et anglaise (avec quelques touches coréennes) sont proposées en DTS-HD Master Audio 5.1. Dans les deux cas, les dialogues y sont remarquablement exsudés par la centrale, les frontales sont saisissantes, les effets et ambiances riches (les divers affrontements surtout), les enceintes arrière instaurent constamment un environnement musical, tout comme le caisson de basses qui se mêle habilement à l’ensemble, notamment quand les géants se déplacent. Présence également de deux Stéréos particulièrement fracassantes aux moments opportuns, ainsi que des sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Rimini Éditions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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