
UN ALLER SIMPLE réalisé par José Giovanni, disponible en DVD & Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Coin de Mire Cinéma.
Acteurs : Jean-Claude Bouillon, Maurice Garrel, Rufus, Nicoletta, Ottavia Piccolo, Paola Pitagora, Jean Gaven, Alain Mottet…
Scénario : José Giovanni, d’après le roman The Chair for Martin Rome de Henry Edward Helseth
Photographie : Pierre-William Glenn
Musique : François de Roubaix
Durée : 1h56
Date de sortie initiale : 1971
LE FILM
À la suite du meurtre d’un policier lors d’une attaque de banque ratée, un truand entame une cavale à travers la Belgique pour échapper à la police, rétablir la vérité sur un crime passé qu’il n’a pas commis et protéger son amie des manœuvres d’un avocat véreux.

Suite aux succès du Rapace (1968) et de Dernier domicile connu (1970), José Giovanni délaisse le cinéma « pour les autres », pour se consacrer pleinement à son activité de metteur en scène. C’est ainsi qu’il décide d’adapter un roman de l’auteur américain Henry Edward Helseth, The Chair for Martin Rome, publié en France en 1950 dans la mythique collection Série Noire. Chose étonnante, le livre avait déjà été l’objet d’une transposition à Hollywood en 1948, sous le titre Cry of the City (ou La Proie en version française), par Robert Siodmak, avec Victor Mature,Richard Conte, Shelley Winters et Debra Paget, rien que ça. Point de casting étincelant dans la mouture de José Giovanni et Un aller simple sera finalement tenu par le jeune Jean-Claude Bouillon, qui deviendra célèbre par la suite pour avoir campé le commissaire Valentin dans la série télévisée Les Brigades du tigre, de 1974 à 1983, au fil d’une trentaine d’épisodes. Après Made in USA (1966) de Jean-Luc Godard, dans lequel il faisait ses débuts devant la caméra, et Tout peut arriver (1969), premier long-métrage de Philippe Labro, le comédien se voit confier le premier rôle dans ce thriller méconnu qui témoigne du talent de José Giovanni comme réalisateur, en pleine possession de ses moyens, brillant formaliste et directeur d’acteurs. Un aller simple est assurément une curiosité doublée d’une réelle découverte, qui annonce l’un de ses chefs d’oeuvres à venir, Deux Hommes dans la ville, qui sortira deux ans plus tard.



Marty et Tom braquent des banques, avec sur leur visage, un masque de chat. Mais au cours d’un hold-up, Tom meurt dans les bras de Marty. Celui-ci tue un policier qui voulait s’en prendre à son ami. Finalement capturé et en route pour l’échafaud, Marty avoue le meurtre du policier et ses forfaits. Son avocat véreux veut lui faire endosser un meurtre commis lors d’un vol de bijoux par un dénommé Leagatt. Marty refuse sa proposition. Pour protéger Tina, sa fiancée, il s’évade et met la main sur le butin et la complice de Leagatt.
Que l’on soit beau, que l’on soit moche
On est tout seul dans son cercueil
En oripeaux ou en galoches
Dans un linceul, y’a pas de poche…
José Giovanni connaît bien ce genre de truands. Ceux qui comme Marty Rome et Tom Mills n’hésitent pas à transgresser la loi, voler, agresser, tuer, pour satisfaire leur goût pour l’argent. Installés dans la ville portuaire d’Anvers, ces deux jeunes veulent vivre « vite », profiter le plus possible, immédiatement, « être heureux avant d’être vieux » comme le chantera Daniel Balavoine quelques années plus tard dans Starmania. Comme s’il le pressentait, Tom trouve la mort dans ce qui devait être son ultime baroud d’honneur, avant de raccrocher. De son côté, Marty y est grièvement blessé. Soigné dans un hôpital-prison, les charges sont lourdes : agressions et meurtre d’un inspecteur de police. Marty savait que son règne serait de courte durée. Il ne cherche ni à se disculper ni à implorer des atténuations, et ne demande qu’à être jugé et exécuté rapidement. Mais des gens pires que lui tentent de profiter de sa résignation pour lui faire endosser un meurtre qu’il n’a pas commis. La guillotine peut attendre encore un peu, Marty a des affaires à régler avant de se faire raser la nuque, de boire le dernier verre de rhum et de fumer sa dernière cigarette. Il sait son destin sceller et qu’il n’a plus rien à perdre. Alors autant faire place nette avant de passer de vie à trépas et pour cela, il doit se carapater, même si cela ne durera qu’un temps.


Sur les cargos, mes rêves d’enfant
N’ont jamais fait naufrage
Mes rêves d’enfant sont de retour
Mais il est un voyage dont on ne revient pas …
Si Jean-Claude Bouillon manque de charisme et parfois de crédibilité dans le rôle principal, peut-être une des raisons de l’échec public d’Un aller simple, José Giovanni entoure son comédien de formidables seconds rôles tels que Maurice Garrel, impeccable en flic compréhensif, qui a du mal à dissimuler une vraie sensibilité, Rufus, qui marque durablement le spectateur durant le premier acte, Nicoletta, dans sa seule incursion au cinéma, qui crève l’écran et impose un fort tempérament d’actrice dans la dernière partie. N’oublions pas l’imposant Jean Gaven (L’Été meurtrier, Le Pacha, Si tous les gars du monde…), une vraie présence aussi inquiétante qu’ambiguë dans le rôle de Dietrich, sans doute l’un des personnages les plus intéressants du film. Coproduction oblige, on retrouve deux vedettes venues de l’autre côté des Alpes, Ottavia Piccolo (la même année que La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre) et Giancarlo Giannini.


Sur le chemin des sans avenir
Tous les hasards mènent à bon port
Mon port à moi c’est là, jeune mort
On y jette sa vie par les fenêtres
Là-dessus, José Giovanni s’intéresse une fois de plus aux rapports entre les flics et les gangsters, qui jouent aux cowboys et aux indiens, où il y a plus de respect qu’on pourrait le croire. Chacun joue son rôle et connaît les règles. Mais certains sont décidés à les transgresser encore plus, ne respectent pas le code d’honneur et sont prêts à faire tomber d’autres à leur place. Marty ne l’entend pas de cette oreille. Un aller simple est un titre sec, qui claque comme un coup de fouet. Le réalisateur fustige la peine de mort, comme il l’a toujours fait, à l’instar de son court récit intitulé Huit mois face à la tombe, journal d’un condamné à mort, publié en 1952 sous son vrai nom de Joseph Damiani. Dans Un aller simple, Marty sait ce qui l’attend au bout du couloir, c’est juste qu’il va emprunter quelques chemins de traverse avant d’arriver à « destination », où il gardera la tête haute, avant de se la faire trancher.


Sur le chemin des sans avenir
L’amour surgit à l’aube
Et jamais plus je ne l’oublierai
Cette douceur du temps d’aimer
Avec sa mise en scène asséchée (avec comme assistant un certain Alain Corneau), ses couleurs froides signées Pierre-William Glenn, ses dialogues soignés (« Tu vas jouer longtemps avec ce flingue ? » « C’est le seul copain qu’il me reste. On se tient pas la main. »), la musique de François de Roubaix (et sa chanson entêtante interprétée par Gilles Dreu, sur des paroles de José Giovanni), ses décors nappés de brouillard et ses personnages à la présence spectrale, Un aller simple mérite amplement qu’on s’y attarde. Sa récente résurrection en Haute-Définition chez Coin de Mire Cinéma devrait largement participer à ce regain d’intérêt.



LE BLU-RAY
Vous avez demandé la nouvelle vague Coin de Mire Cinéma ? La voici et autant vous dire que les fans et collectionneurs vont être ravis ! Vous retrouverez cette fois Un aller simple (1971, restauré HD) et Où est passé Tom ? (1971, restauré 4K) de José Giovanni, Peau de banane (1963, restauré 4K) de Marcel Ophüls et Échappement libre (1964, restauré 4K) de Jean Becker, ainsi que Tout l’or du monde (1961, restauré 4K) de René Clair, soit cinq nouveaux titres qui rejoignent la collection dite de La Séance Sélection, qui a démarré en octobre 2018 et que nous accompagnons depuis les débuts. Aujourd’hui, nous nous penchons sur Un aller simple, le premier des deux films inédits en DVD-Blu-ray de José Giovanni de cette fournée. Le disque HD repose dans un boîtier classique de couleur noire. Jaquette comme toujours très élégante, qui arbore les couleurs habituelles de l’anthologie. Le tout est glissé dans un surétui cartonné, liseré bleu. Le menu principal est fixe et musical. Si vous désirez en savoir plus sur cette collection, n’hésitez pas à relire notre critique d’Archimède le clochard, la première que nous avons réalisée pour le compte de l’éditeur !

Si vous sélectionnez de visionner le film en mode « Séance », l’éditeur vous propose de regarder les informations, les réclames publicitaires et une bande-annonce, celle du Chat de Pierre Granier-Deferre (prochainement à l’affiche).
Commençons cette « Séance » par les actualités de la 20e semaine de l’année 1971 (10’). On parle essentiellement ici d’énergie propre, une voix indiquant que les nouveaux procédés de production doivent tenir compte de l’environnement, comme à la centrale thermique du Havre. Les chercheurs doivent également multiplier leurs investigations sur la radioactivité dans les champs qui environnent certaines centrales atomiques, comme en bord de Loire, où les ondes peuvent avoir une répercussion sur l’herbe, donc sur les animaux, et donc enfin sur le lait. Gros plan édifiant ensuite sur la situation des « Noirs en France, qui s’asphyxient dans leur tandis », une « main d’oeuvre » venue d’Afrique « des individus qui viennent faire en France ce que les français ne veulent plus faire ». Certains témoignages y vont franchement de leur « On est des chrétiens, pas des indigènes ! », ou bien encore « On sait qu’ils viennent chez nous, car ils n’ont rien à faire chez eux ! ». On termine ce flash d’infos par un reportage situé en Inde, où deux français ont tout quitté pour aller en aide aux habitants, à creuser des puits, à installer des canaux ou à planter les premières semences.








Passons à quelque chose de plus léger, en l’occurrence les réclames publicitaires (9’). Au programme : les glaces Motta, les caramels et bonbons Dupont d’Isigny, l’anti-moustiques Mini Fly-Tox (avec Gérard Jugnot, 20 ans), le désodorisant Wizard (« Ça sent si bon chez vous ! »), les stylos Bic (« Plus de six millions de Bic sont vendus chaque jour dans le monde ! »), la Fiat 127, les pâtes en sauce Lustucru (avec Christian Marin), la Samaritaine, la lotion capillaire vitaminée Pantène et la Ford Taunus 71 (« La voiture généreuse, qui donne beaucoup et demande peu ! »).









Deux petits modules d’archives sont proposés.
Le premier est une interview de José Giovanni et de Jean-Claude Bouillon, invités ) à la télévision, à l’occasion de la sortie d’Un aller simple (2’40). Le réalisateur s’exprime sur la signification du titre (« C’est un voyage sans retour, dont on ne revient pas et où il faut accepter sa condition »), mais également sur le fait qu’il ne pourra jamais faire un film d’amour traditionnel, qu’il n’a jamais dit « je t’aime » et qu’il a toujours été attiré par les histoires d’hommes seuls, indiquant par là qu’il ne parle que de ce qu’il connaît.



L’autre document, très court (un peu plus d’une minute, 1971) est une interview de Nicoletta, qui parle de sa première (et dernière) incursion au cinéma et de son personnage, durant laquelle elle révèle beaucoup d’éléments de l’intrigue.

On terminera par la présentation très attendue de Julien Comelli (17’). Grand fan devant l’éternel de José Giovanni, nous vous renvoyons d’ailleurs à ses suppléments consacrés au Rapace (où il interviewe l’épouse et veuve de José Giovanni), à Dernier domicile connu et à Robe noire pour un tueur, le journaliste en culture pop propose un intéressant parallèle entre l’univers du réalisateur et celui de Jean-Pierre Melville, « deux cinéastes intéressés par les mêmes sujets, les malfrats, les gangsters, souvent en fuite, mais pour des raisons différentes ». Selon Julien Comelli, José Giovanni, en raison de son parcours personnel, sait qu’une rédemption est possible et que l’homme peut avoir une deuxième chance, tandis que chez Jean-Pierre Melville, tous les êtres sont coupables. L’intervenant explique que le sujet d’Un aller simple est presque le même que celui du Cercle rouge. Le film qui nous intéresse aujourd’hui est ensuite passé au peigne fin (sa place dans la carrière de José Giovanni, l’adaptation du roman – déjà adapté par Robert Siodmak – de Henry Edward Helseth, le casting, les lieux de tournage, sa sortie assez confidentielle, sa rapide disparition des circuits). Enfin, Julien Comelli tente d’analyser pourquoi Un aller simple a été un échec public et critique (un montage hésitant entre différents genres, l’absence de vedettes en haut de l’affiche), avant d’inciter les spectateurs et une partie de la critique à reconsidérer l’oeuvre de José Giovanni.

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Nous assistons à une nouvelle résurrection, celle d’Un aller simple de José Giovanni, désormais disponible chez Coin de Mire Cinéma. Ce nouveau master restauré HD va participer à cette (re)découverte totale, d’autant plus que la copie présentée est de bon acabit. Les couleurs froides sont merveilleusement restituées, l’ensemble est stable, très propre, la clarté impressionne sur les scènes se déroulant à l’hôpital, tout comme le piqué, étonnamment acéré. En revanche, certains tiqueront devant l’absence de la texture argentique et donc l’aspect lisse d’une bonne partie du film, sauf sur les scènes sombres, plus organiques. La gestion des contrastes est de haute tenue. Blu-ray au format 1080p.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de François de Roubaix est douce, sans saturation, son nouvel écrin phonique agréable. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.




Crédits images : © Coin de Mire Cinéma / Studiocanal- Rizzoli Films (Rome) – Cpercines (Madrid) / Guy de Belleval / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
