Test DVD / Plus forts que le diable, réalisé par Graham Guit

PLUS FORTS QUE LE DIABLE réalisé par Graham Guit, disponible en DVD le 20 août 2026 chez Blaq Out.

Acteurs : Melvil Poupaud, Asia Argento, Marine Vacth, Nahuel Pérez Biscayart, Raïka Hazanavicius, Julie Chen, Harpo Guit, Alexandra Celestin…

Scénario : Graham Guit

Photographie : Sylvestre Vannoorenberghe

Musique : Samuel Potin

Durée : 1h21

Année de sortie : 2026

LE FILM

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils Joseph après vingt ans d’absence et le précipite, lui et sa femme Alice, dans un chaos total. Avec JP, Mila et Gigi, le diable n’a qu’à bien se tenir…

Celui-là on ne l’avait pas vu venir ! Cela faisait 18 ans que nous n’avions plus de nouvelles du réalisateur Graham Guit. Non pas qu’il nous avait manqué, sa filmographie ressemble bougrement à un casier judiciaire, mais on se demande toujours où et comment certains artistes peuvent disparaître toutes ces années. À son actif, quatre longs-métrages, qui ont tous connu un échec cinglant, Le Ciel est à nous (son plus grand « succès », 120.000 entrées en 1997), Les Kidnappeurs (1998, 56.000 entrées), Le Pacte du silence (2003, 58.000 entrées) et Hello Goodbye (2008, 64.000 entrées). Le voilà de retour avec Plus forts que le diable…enfin, retour c’est vite dit, puisque ce cinquième film n’aura engrangé en tout et pour tout qu’environ 700 entrées. Oui, vous avez bien lu. Pourtant, franchement, Plus forts que le diable est sans doute le meilleur opus du cinéaste. Pour cette comédie bien sanglante et décomplexée, Graham Guit retrouve Melvil Poupaud, avec lequel il avait déjà collaboré sur ses deux premiers films. C’est peu dire que l’acteur s’éclate dans ce rôle de paumé magnifique, loin de ses personnages dramatiques qu’il a souvent enchaîné, comme dans les années 2020, chez François Ozon, Carine Tardieu, Arnaud Desplechin, Mia Hansen-Løve, Lucie Borleteau, Valérie Donzelli…Avec sa moustache crasseuse et sa tronche à la Gérard Blanc (mais ça c’est une autre histoire) mâtiné de Philippe Bruneau (la bacchante de la bande à Stéphane Collaro), loque humaine en jogging des années 1990, cerveau grillé par quelques substances illicites, il trône de façon impériale sur une distribution où tout le monde s’en donne aussi à coeur joie. Récréatif, régressif, très violent, méchamment drôle !

Valentin, mendiant et quasi-SDF, accepte d’aider Mila à approcher des jeunes femmes. Alors qu’il fait la manche sur le parking d’un supermarché, il retrouve par hasard son fils, qui lui présente Alice, sa compagne. Celle-ci accepte qu’il passe la nuit dans leur superbe demeure, sans se douter que les retrouvailles familiales ne sont que le prélude d’un bain de sang.

Graham Guit retrouve la fraîcheur de ses débuts. Avec cette production indépendante à petit budget tournée en Belgique, le réalisateur s’octroie une belle liberté qui se fait ressentir du début à la fin. Asia Argento arbore une croix gammée (« c’est un symbole thaïlandais ! ») et le Führer (« C’est mon oncle Günther ! ») et semble prendre beaucoup de plaisir à jouer les saloperies, Nahuel Pérez Biscayart s’est fait la tête de Manon Aubry avec une moustache (comme la vraie donc), tandis que Marine Vacth n’a jamais été comme ça à l’écran. Jolie découverte que Raïka Hazanavicius, fille de Serge Hazanavicius, vue dans l’excellent La Venue de l’avenir de Cédric Klapisch, tout comme le fils du metteur en scène, Harpo Guit, qui se défend également très bien.

Graham Guit est cinéphile et ses influences se voient à l’écran, notamment les frères Coen, Quentin Tarantino et Martin Scorsese. De ce côté de l’Atlantique, on pense à Serial Lover (1998) de James Huth et les premiers films d’Albert Dupontel, qui se sont bien embourgeoisés depuis. Le récit est découpé selon les jours de la semaine, la brutalité va crescendo, l’hémoglobine commence à couler à flot, les personnages en prennent plein la tronche, personne n’est épargné.

Le film dure 75 minutes montre en main, l’absurde règne en maître, c’est déjanté, on se marre malgré un sujet délicat et difficile (le trafic de jeunes femmes) et on ne s’y attendait pas. Cela fait du bien de voir un réalisateur retrouver une énergie qu’on ne soupçonnait plus, surtout à l’aube de ses soixante ans, même si le four monumental de Plus forts que le diable risque de le faire disparaître à nouveau un certain temps. On prend cette comédie pour ce qu’elle est, un divertissement foldingue, un spectacle maboul, un délire fantaisiste, un mélange des genres burlesque, un jeu de massacre en bonne et due forme dont la première vanne apparaît déjà sur l’affiche. Nous ne saurons que trop vous conseiller de donner sa chance à Plus forts que le diable.

LE DVD

Après son rapide passage dans les salles, nous nous demandions si un éditeur allait prendre Plus forts que le diable dans son escarcelle. C’est donc chose faite et nous retrouvons le film de Gaspard Guit chez Blaq Out, uniquement en DVD, cela va de soi. Le menu principal est animé et musical et le visuel de la jaquette reprend celui de l’affiche originale.

Un making of très sympa est proposé en guise de bonus (25’35). Un beau tour d’horizon du tournage, agrémenté de nombreux propos de l’équipe (producteur, réalisateur, acteurs, chef opérateur, responsable des maquillages et des coiffures) et d’images de plateau, notamment à Bruxelles en février 2024. La genèse du film, la psychologie des personnages, le mélange des genres, les effets spéciaux et les intentions du cinéaste sont très largement disséqués au cours de ce supplément assez complet.

L’Image et le son

Point de Blu-ray, mais une très belle édition Standard. Malgré le très mauvais score (euphémisme) de Plus forts que le diable au box-office, Graham Guit peut compter sur Blaq Out pour le service après-vente. En effet, l’éditeur livre un beau master, aux contrastes solides et au piqué agréable. Les ambiances nocturnes sont souvent élégantes, la colorimétrie bien restituée, et le relief probant aux quatre coins du cadre. Seuls quelques petits fourmillements sur les arrière-plans viennent ternir un peu le visionnage, mais rien de bien méchant.

Le mixage Dolby Digital 5.1 instaure un excellent confort acoustique en mettant la musique en avant, tout en délivrant les dialogues avec ardeur, sans jamais oublier les effets et ambiances annexes. Quelques basses soulignent quelques séquences. La piste Dolby Digital 2.0 se révèle dynamique et même percutante dans son genre. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles, ainsi qu’une piste Audiodescription.

Crédits images : © Blaq Out / Maverick Distribution / Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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