
L’EFFACEUR (Eraser) réalisé par Chuck Russell, disponible en édition 4K Ultra HD + Blu-ray – Boîtier SteelBook limité le 29 juillet 2026 chez Warner Bros.
Acteurs : Arnold Schwarzenegger, James Caan, Vanessa L. Williams, James Coburn, Robert Pastorelli, James Cromwell, Danny Nucci, Andy Romano…
Scénario : Tony Puryear & Walon Green
Photographie : Adam Greenberg
Musique : Alan Silvestri
Durée : 1h55
Date de sortie initiale : 1996
LE FILM
Lee Cullen, cadre de la Cyrez, importante société d’armement américaine, découvre par hasard que ses patrons sont impliqués dans un trafic d’armes et s’apprêtent à livrer des armes très sophistiquées à des trafiquants russes. Elle prévient aussitôt le FBI et réussit à recopier sur deux disquettes les preuves de ce trafic. Surprise, elle prend la fuite sous la protection du FBI. John Kruger, surnommé l’Effaceur, qui assure la sécurité d’informateurs impliqués dans les grandes affaires criminelles, va la prendre sous sa protection.

En 1994, Arnold Schwarzenegger sort du carton mondial de True Lies (près de 400 millions de dollars de recette). La cinquantaine se rapprochant à grands pas, le Chêne autrichien tente un petit détour par la comédie. Ce sera Junior d’Ivan Reitman, qui ne rencontre pas le même accueil que Jumeaux, malgré le duo reformé avec Danny DeVito et qui s’avère même un sacré flop aux États-Unis avec seulement 36 millions de dollars au box-office. Les fans hurlent au scandale, Arnold les rassure en disant qu’il fera bientôt son retour dans un film d’action. Le réalisateur Chuck Russell (1952-2026) vient lui de connaître un triomphe inattendu avec The Mask, faisant de Jim Carrey une star planétaire. Scénariste de Dreamscape (1984) de Joseph Ruben, metteur en scène en 1987 de Freddy 3 : Les Griffes du cauchemar – A Nightmare On Elm Street 3: Dream Warriors (le meilleur de la saga au passage) et de l’excellent remake Le Blob (1988), la Warner lui confie la direction du thriller d’action intitulé L’Effaceur –Eraser, véritable véhicule de star pour Schwarzy. Doté d’un budget de 100 millions de dollars et d’un script écrit par Walon Green, le scénariste de La Horde sauvage – The Wild Bunch (1969) de Sam Peckinpah, du Convoi de la peur – Sorcerer (1977) de William Friedkin, du méconnu Police frontière – The Border (1982) de Tony Richardson et même de RoboCop 2 (1990) d’Irvin Kershner, L’Effaceur, auquel John Milius aurait filé un coup de main au script, est désormais considéré comme un film culte. Trente ans après sa sortie, certains le considèrent même comme étant l’un des meilleurs films de la carrière d’Arnold Schwarzenegger. Une chose est sûre, le spectacle est encore plus que garanti et l’on prend un immense plaisir à le revoir. Vous venez d’être effacé.


John Kruger est un US marshal travaillant pour WITSEC, le programme de protection des témoins. Il est désigné pour protéger Lee Cullen, une femme travaillant pour l’entreprise Cyrez, un fabricant d’armes, fournisseur du département de la Défense des États-Unis. Le travail de Kruger commence lorsque Cullen découvre une preuve d’un trafic d’armes illégal du FBI. Cyrez veut cacher la création d’un canon électrique secret, qui sera vendu au marché noir. Kruger doit alors la protéger en effaçant toutes les traces de son identité et en neutralisant toutes menaces contre elle.


Schwarzy assure comme un roi pendant près de deux heures. Décontracté, sourire en coin, toujours une vanne préparée à l’avance, Arnold a l’air de vraiment prendre son pied dans L’Effaceur, nous aussi d’ailleurs. Bien que la musique d’Alan Silvestri soit loin d’être réussie et que les effets spéciaux, qui n’étaient déjà pas fameux à l’époque, aient pris un gros coup de vieux – bonjour les images de synthèse ! – Arnie se trouve savamment épaulé par la belle Vanessa Williams, ex Miss America et déjà vue dans Harley Davidson et l’Homme aux santiags de Simon Wincer, James Caan dans le rôle du pourri de service, James Coburn qui passe royalement le flambeau de la série B à son disciple, sans oublier les tronches de Robert Pastorelli et Joe Viterelli. En lisant ceci, on se rend compte que tout ce beau monde, en dehors du couple vedette, a disparu depuis…


Sur un rythme soutenu et avec humour, Chuck Russell enchaîne les séquences d’action les plus surréalistes possibles et cela fonctionne, car L’Effaceur, qui n’a aucune prétention d’être crédible pour un sou, est uniquement destiné à rentabiliser le prix du ticket de cinéma et le popcorn en sus au spectateur. De ce point de vue là, L’Effaceur est un pur plaisir de cinoche, un des films les plus divertissants de l’ancien culturiste, qui au passage s’octroyait un salaire de 20 millions de dollars. La séquence du saut sans parachute, celle des alligators ou celle où l’Effaceur s’arme de deux canons électromagnétiques, ou railguns pour les initiés, valent encore leur pesant de cacahuètes. N’oublions pas l’énorme performance du grand et regretté Daniel Beretta pour notre version française.


Si le film, qui obtiendra une nomination aux Oscars pour le montage sonore, rentabilisera juste assez son budget aux États-Unis, le reste du monde accueillera le film à bras ouverts, y compris en France où il attirera près d’1,5 million de spectateurs en août 1996, même s’il se fera dépasser au final par Rock de Michael Bay (que Schwarzenegger avait décliné) et Twister de Jan De Bont. Quelques mois plus tard, Arnie tentera à nouveau le virage de la comédie – avec un peu plus de succès – avec La Course au jouet – Jingle All The Way de Brian Levant, avant d’aller congeler Batman et Robin dans le film du même nom. Ce qui accélérera le déclin de sa carrière avec La Fin des temps –End of Days (1999) de Peter Hyams, À l’aube du sixième jour – The 6th Day (2000) de Roger Spottiswoode, Dommage collatéral –Collateral Damage (2002) d’Andrew Davis, avant de finalement se lancer en politique, non sans avoir au préalable repris son rôle de Terminator dans l’excellent et sous-estimé Terminator 3 – Le Soulèvement des machines (2003) de Jonathan Mostow.


En 2021, la Warner tentera un remake-reboot de L’Effaceur, Eraser : Reborn, qui passera totalement inaperçu. D’ailleurs, vous n’étiez sûrement pas au courant. Enfin, pour terminer sur une anecdote personnelle, il s’agit du premier film que l’auteur de ces mots a vu seul au cinéma. Avoir 15 ans, être fan inconditionnel d’Arnold Schwarzenegger et découvrir ce film dans la salle 1 THX de feu L’Artistic à Orléans laisse un souvenir indélébile.


LE COMBO BLU-RAY + 4K
Mars 1999, L’Effaceur débarque en DVD en France. 2013, le film de Chuck Russell arrive enfin en Blu-ray dans nos contrées, avec une jaquette au visuel élégant, repris de l’affiche américaine…mais la déception était de mise. On en reparle dans le test image. 2026, L’Effaceur fête son trentième anniversaire. À cette occasion, Warner a eu l’excellente idée d’offrir un lifting à Eraser. C’est là que déboule le Combo Blu-ray + 4K UHD que nous avons entre les mains, un Steelbook qui arbore la couleur verte, liée aux railguns, et grise, le visage de ce cher Arnold occupant les trois-quarts du recto. Le menu principal de l’édition UHD est fixe et muet, tandis que le Blu-ray qui accompagne ce Combo est celui sorti en France en 2013, qui ne comprenait ni bonus, ni bonus !


Sur la nouvelle galette UHD, nous trouvons deux petits suppléments (6’ et 8’35), tournés à l’occasion de ce trentième anniversaire et donnant principalement la parole à Chuck Russell (disparu en juillet dernier), visiblement affaibli, Vanessa Williams et le producteur exécutif Michael Tadross. Ces derniers replacent L’Effaceur dans la carrière d’Arnold Schwarzenegger, dont ils gardent de merveilleux souvenirs, décrivant l’acteur (comme cela a souvent été le cas), comme un être ouvert, accueillant, chaleureux, doux, protecteur, investi, drôle et très professionnel. Le réalisateur revient sur le fait que le film a été conçu pour exploiter un côté plus dramatique de la star, « afin de réinventer le héros d’action moderne créé par Arnold, pour l’éloigner de Commando ». Personne n’évoque les aléas du tournage (tensions entre le metteur en scène et une partie de la production, réécriture constante du scénario), mais en revanche l’alchimie entre les comédiens est mise en avant. De son côté, Chuck Russell passe les scènes d’action en revue, séquences qui ont su marquer les spectateurs et qui continuent de divertir le public aujourd’hui, à la grande satisfaction du réalisateur.



L’Image et le son
C’est ce qu’on appelle une vraie résurrection. Voilà une magnifique restauration 4K. L’édition HD qui avait débarqué chez nous en 2013 était la même que celle sortie aux Etats-Unis en 2008, à l’époque où Warner misait encore tous ses deniers sur un codec VC-1 peu solide. L’image du Blu-ray de L’Effaceur peinait sérieusement à trouver un équilibre. Toutes les séquences d’action ayant nécessité le recours aux effets visuels décrochaient par rapport au reste, à l’instar des scènes avec les fusils futuristes. Les contrastes étaient sans cesse déséquilibrés, le piqué était émoussé, la définition chancelait, le grain s’épaississait. Certes, tout n’était pas à jeter avec des détails nettement plus probants sur les séquences diurnes, mais tout ceci demeurait anecdotique. Ici, tout a été rectifié, rééquilibré, revu, corrigé. Le cadre large est enfin attractif, la copie est immaculée, les ambiances nocturnes sont élégantes, heureusement d’ailleurs, car le film se passe souvent de nuit. Les plans tournés sur blue-screen – c’était la couleur à l’époque – ont longtemps posé problème, comme lors de la confrontation entre Vanessa Williams et James Cromwell (19e minute), trop lumineuse et manquant cruellement de naturel dans la gestion chromatique. Des soucis qui appartiennent désormais au passé. Car pour répondre simplement à la question que tout le monde se pose, oui, cette édition surpasse le master HD des années 2000-2010 et ce sans aucune commune mesure. Certes, il ne faut pas être trop « exigeant », d’autant plus que les alligators en images de synthèse sont toujours aussi « ratés », mais passent mieux le cap du petit écran en UHD. Même chose pour la scène du saut sans parachute, où, point de miracle, le rendu apparaît plus proche de sa nature cinéma, puisque l’étalonnage, les contrastes, la texture argentique ont été entièrement révisés. Les noirs sont enfin profonds, les détails inédits, les couleurs sont riches et éclatantes, le tout certifié Dolby Vision-HDR. Restauration 4K réalisée à partir des négatifs originaux 35mm, le tout adoubé par Chuck Russell.

Comme sur le Blu-ray, désormais caduque, le mixage français dispose d’une piste… Dolby Digital 5.1 ! Cependant, étonnamment, celle-ci est plutôt pétaradante dans son genre, même si les ambiances sur les enceintes arrière demeurent assez limitées. Là où le Blu-ray présentait une version originale en Dolby TrueHD qui assurait le minimum syndical, le disque UHD propose une Dolby Atmos-True HD7.1 (ainsi qu’une option en DTS HD Master Audio 5.1 pour les puristes) qui exploite enfin tout le potentiel d’une installation digne de ce nom. La spatialisation est systématique, omniprésente, les basses s’affolent, la balance frontale est explosive et les latérales font enfin parler d’elles aux moments opportuns. Les séquences d’action décrassent enfin les enceintes, ce qu’on attendait depuis…bah depuis toujours en fait pour L’Effaceur !

Crédits images : © Warner Bros. / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
