Test Blu-ray / Police Frontière, réalisé par Tony Richardson

POLICE FRONTIÈRE (The Border) réalisé par Tony Richardson, disponible en DVD et Blu-ray le 3 juin 2020 chez Rimini Editions.

Acteurs : Jack Nicholson, Harvey Keitel, Valerie Perrine, Warren Oates, Elpidia Carrillo, Shannon Wilcox, Manuel Viescas, Jeff Morris…

Scénario : David Freeman, Walon Green, Deric Washburn

Photographie : Ric Waite

Musique : Ry Cooder

Durée : 1h48

Date de sortie initiale : 1982

LE FILM

Charlie Smith cède aux caprices de sa femme, Marcy, qui a des goûts de luxe… Or, il n’est que policier et par conséquent, pas très riche ! La dernière lubie de celle-ci est d’acheter une maison à El Paso, près de la frontière mexicaine. Charlie accepte de se faire muter là-bas et il découvre que la police là-bas ferme les yeux sur de nombreux trafics, notamment sur celui de l’immigration.

Coincé entre Shining (1980) de Stanley Kubrick, Le Facteur sonne toujours deux foisThe Postman Always Rings Twice (1981) de Bob Rafelson, Reds (1981) de Warren Beatty et Tendres passionsTerms of Endearment (1983) de James L. Brooks qui lui vaudra le deuxième Oscar de sa carrière, Police frontièreThe Border (1982) de Tony Richardson (1928-1991) est un petit bijou dissimulé dans la filmographie conséquente de Jack Nicholson. A travers ce rôle, le comédien renoue avec les personnages qu’il campait dans les années 1970, à l’instar de Cinq pièces facilesFive Easy Pieces (1970) de Bob Rafelson ou La Dernière CorvéeThe Last Detail (1973) de Hal Ashby. L’incarnation parfaite des oubliés de l’American Dream, souvent paumés dans les petites bourgades fantomatiques des Etats-Unis. Dans Police Frontière, Jack Nicholson interprète le dernier homme intègre et droit de son espèce, un représentant de la loi, envoyé à l’autre bout du pays, là où il n’a pas choisi d’aller, mais mené par le bout du nez par son épouse déconnectée de la réalité. Jusqu’au jour où la rencontre avec une jeune mexicaine lui apparaît comme une dernière chance, une absolution, dans un monde devenu un camp de concentration à ciel ouvert, au sens propre comme au figuré. Au-delà des symboles politico-sociaux-religieux qui parcourent le récit, Police frontière est aussi et surtout un thriller dramatique percutant qui n’a jamais été autant d’actualité avec la politique de Donald Trump.

Charlie (Jack Nicholson) est un garde-frontière coincé entre le matérialisme cupide de sa femme (Valerie Perrine) et les souffrances dont il est témoin à cause de son travail. Il tombe dans la corruption et se retrouve mêlé à un trafic d’émigrants mexicains, est trahi par son voisin Cat (Harvey Keitel), et assiste à la lente déchéance de Maria (Elpidia Carrillo), une jeune clandestine, dont le bébé a disparu en arrivant sur le sol des États-Unis avec son jeune frère. Il va alors trouver une cause à défendre en la personne de Maria. Pour réparer ses actes, Charlie devra tenir la promesse faite de lui rendre son enfant…

En fait, si l’on devait vraiment comparer Police Frontière à un autre film plus connu interprété par Jack Nicholson, ainsi que le jeu du comédien proprement dit, alors l’oeuvre de Tony Richardson se rapprocherait de The Pledge de Sean Penn. Jerry Black, le personnage de The Pledge fait penser à Charlie Smith, celui de The Border, comme si on le retrouvait vingt ans après les événements survenus à la frontière mexicaine. Dans The Pledge, Jerry Black, policier à la retraite, décide d’aider un collègue dans une dernière affaire : le corps d’une petite fille de huit ans violée est retrouvé dans les montagnes du Nevada. Après l’annonce du drame aux parents, Jerry s’engage auprès de la mère désemparée à retrouver le meurtrier. Dans Police frontière, Charlie Smith est autant investi par sa promesse et fait une entorse au règlement pour aider une jeune mexicaine dont le bébé a été enlevé pour être vendu à un couple stérile. En plus de devoir surveiller l’immigration clandestine très importante du côté d’El Paso, Charlie se retrouve face à la corruption de la police locale.

Police frontière est un film policier crépusculaire qui se déroule sous un soleil de plomb, où les personnages avancent difficilement dans l’air sec, comme s’ils étaient englués dans la mélasse. Il n’y en a pas deux comme Jack Nicholson pour faire ressentir le bouillonnement qui anime son personnage, comme une cocotte-minute prête à exploser. C’est ce qui arrive dans le dernier quart d’heure où Charlie Smith risquera sa vie pour aller jusqu’au bout de la quête qu’il s’est fixée, en prenant les armes – le film prend alors des allures de western – et en affrontant ceux qui auront tout fait pour qu’il se fonde dans le paysage. Entre sa femme exubérante, dépensière et immature (superbe Valerie Perrine, bien trop souvent oubliée), son collègue ripoux (Harvey Keitel, qui sortait du tournage de La Mort en direct de Bertrand Tavernier) et son supérieur du même acabit (Warren Oates, dans un de ses derniers films), Charlie tâchera de rester le plus honnête possible, pour pouvoir aider Maria, incarnée par Elpidia Carrillo, vue dans Predator et Salvador.

Le scénario coécrit par Walon Green (Sorcerer, Têtes vides cherchent coffres pleins) et Deric Washburn (Silent Running, Voyage au bout de l’enfer, Extrême préjudice) est épuré, frontal, remarquablement pris en main par Tony Richardson, père du Free cinema britannique aux côtés de Lindsay Anderson et Karel Reisz, attaché au réalisme social, à travers une mise en scène constamment immersive. A réhabiliter d’urgence.

A Sabrina Guintini.

LE BLU-RAY

Jusqu’à présent, Police frontière était disponible en DVD, proposé par Universal, sans aucun supplément et dans une édition aujourd’hui épuisée. Le film de Tony Richardson renaît de ses cendres en édition standard, ainsi qu’en Blu-ray chez Rimini Edition. Visuel efficace centré sur la trogne de Jack Nicholson, qui ressemble à Gene Hackman avec ses lunettes de soleil. Le menu principal est animé et musical.

En guise de bonus, l’éditeur joint un hommage (audio) à Tony Richardson, enregistré le 31 mai 1992 au National Film Theatre (57’35). Décédé le 14 novembre 1991 des suites du sida, le réalisateur avait néanmoins achevé son dernier film, Blue Sky, dont la sortie avait été suspendue en raison des difficultés financières de la société de production Orion Pictures. Alors que le film devra finalement attendre 1994 pour sortir sur les écrans américains (et même 1995 pour la France), une projection exceptionnelle de Blue Sky se tenait en ce 31 mai 1992, en présence de Natasha Richardson (décédée en 2009), la fille du cinéaste, de son ex-épouse Vanessa Redgrave, mais aussi du scénographe Jocelyn Hebert et des réalisateurs Lindsay Anderson, Kevin Brownlow et Karel Reisz. Pendant près d’une heure, tout ce beau petit monde rend un hommage poignant (et drôle parfois) à Tony Richardson, en revenant sur ses plus grands films, à travers de nombreux souvenirs de tournage ou liés à l’émergence du Free Cinema. La restitution de ces interventions est brute, sans aucune coupe, et invite le spectateur à participer à cette soirée comme s’il y était convié.

L’Image et le son

L’élévation HD (1080p) renforce les superbes partis pris esthétiques de la photographie signée Ric Waite, chef opérateur culte à qui l’on doit les images du Gang des frères James, de 48 heures, de L’aube rouge et de Cobra. La photo de Police frontière, chaude et ambrée, est merveilleusement restituée ici. Le piqué s’avère plus incisif sur toutes les séquences tournées en extérieur. La copie est très propre avec peu de poussière à signaler, la restauration a sans doute quelques heures de vol mais s’en tire bien. Les contrastes sont concis, les noirs suffisamment denses même s’ils tirent parfois sur le vert. Le grain est équilibré mais tend à être plus appuyé sur les scènes sombres et nocturnes. Dans l’ensemble, il s’agit d’un très beau Blu-ray.

Les versions anglaise et française sont présentées en DTS-HD Master Audio 2.0. Les deux pistes se valent. Solides, suffisamment dynamiques et propres, elles parviennent sans mal à instaurer un confort acoustique pour une belle immersion, surtout en version originale. La musique de Ry Cooder est d’ailleurs très bien exploitée. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © 2020 Universal Studios / Rimini Editions / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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