
MUTATIONS (Slugs) réalisé par Juan Piquer Simón, disponible en Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret le 11 septembre 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Michael Garfield, Kim Terry, Philip MacHale, Alicia Moro, Santiago Álvarez, Concha Cuetos, John Battaglia, Emilio Linder…
Scénario : José Antonio Escrivá & Juan Piquer Simón, d’après le roman de Shaun Hutson
Photographie : Julio Bragado
Musique : Tim Souster
Durée : 1h26
Année de sortie : 1988
LE FILM
Dans une petite ville des États-Unis apparaissent soudain des limaces géantes et carnivores qui attaquent mortellement les humains. Mike Brady, responsable des services sanitaires de la ville devra lutter contre le scepticisme des autorités locales afin d’éradiquer le fléau.

Au cours de nos pérégrinations cinéphiles/ages, nous avons déjà parlé du señor Juan Piquer Simón (1935-2011), réalisateur des forts sympathiques Supersonic Man (1979), réponse ibérique au Superman de Richard Donner, spectacle décontracté, très drôle et mené sans temps mort, et L’Abîme – The Rift (1990), série B qui vaut essentiellement pour son bestiaire sympathique et ses effets spéciaux qui ne manquent pas de charme. En 1988, après deux ou trois années d’absence, durant lesquelles il essayait de monter quelques projets qui n’ont finalement pas pu aboutir, le pape du cinéma d’exploitation en son pays à qui l’on doit aussi Le Continent fantastique (1976), Les Diables de la mer (1981) et Le Sadique à la tronçonneuse (1982), revenait avec l’adaptation d’un roman de Shawn Hutson, Slugs, publié en France sous le titre La Mort visqueuse. Oeuvre de commande, cette transposition du best-seller vendu à plus de 250.000 exemplaires outre-Manche, permet au cinéaste de se remettre en selle, en tournant des scènes aux États-Unis, du côté de New York, pour les extérieurs, tandis que les intérieurs et les effets spéciaux sont filmés à Madrid. Slugs ou Mutations pour son exploitation directe dans les bacs français du style Locatel, est une fois de plus un divertissement aussi bien mené que jubilatoire signé par l’un des grands experts du genre européen. Soyons honnêtes, on rit beaucoup devant Slugs, face au surjeu ou même le non-jeu de certains comédiens, tous inconnus au bataillon, mais qui s’évertuent à faire le job, devant la répétition de certains partis-pris qui relient deux événements (on ne compte plus le nombre de fois où la caméra suit longtemps une voiture qui arrive ou qui repart), face à certains effets gores aussi, même si ceux-ci sont plutôt bien réussis. D’ailleurs, Juan Piquer Simón est comme à son habitude fort généreux en hémoglobine et cette histoire de limaces avides de chair humaine lui donne l’occasion d’y aller encore à fond dans l’horreur, avec des individus qui se font dévorer, quand ce n’est pas littéralement une tête qui explose sous la pression de vers qui ont bouffé un type de l’intérieur. Bref, on en a pour son argent devant Slugs, mené sans aucun temps mort, qui offre au spectateur ce qu’il est venu chercher, ni plus (aucune surprise à l’horizon) ni moins (le sang coule à flot).


Dans la ville d’Ashton, Ron Bell, un alcoolique, est dévoré en pleine nuit dans son salon par une immense nuée de limaces carnivores. Le lendemain, Mike Brady — inspecteur sanitaire et responsable du réseau d’égouts — et le shérif Reese se rendent au domicile de Ron pour lui signifier un avis d’expulsion, mais ils découvrent son corps presque entièrement dépouillé de sa peau. En inspectant la maison, Mike repère plusieurs traînées de bave partant du sous-sol, sans toutefois parvenir, avec Reese, à comprendre ce qui est arrivé à Ron. Plus tard dans la journée, Mike et son collègue et ami Don Palmer interviennent pour déboucher une canalisation ; Don y découvre plusieurs cadavres d’animaux coincés dans les tuyaux. Mike et sa femme Kim découvrent ensuite, dans leur jardin, un groupe de limaces anormalement grosses et agressives. Mike en capture quelques-unes dans un bocal et les confie à John Foley, professeur de sciences de l’établissement, pour qu’il les étudie. Au cours de ses recherches, Foley voit l’une des limaces attaquer et dévorer le hamster de la classe. Ailleurs en ville, les limaces continuent leurs attaques.


Franchement, les effets spéciaux passent bien le cap des années. Juan Piquer Simón a toujours été très à cheval sur leur qualité, bien plus que sur ce qu’il pouvait tirer de sa distribution souvent méconnue. On se souviendra encore longtemps de cette scène où Harold Morris, un jardinier local, enfile un gant de jardinage dans lequel s’est glissée, à son insu, une limace qui commence à lui dévorer la main. En se débattant sous l’effet de la douleur, Harold, qui se tranche la main, renverse accidentellement des récipients de produits chimiques ; l’incendie qui en résulte enflamme un réservoir d’essence, provoquant une explosion qui lui coûte la vie ainsi qu’à son épouse. Un côté Destination Finale avant l’heure. Beaucoup d’idées idéalement exploitées surnagent, comme celle de la salade contenant un morceau de limace, qui aura forcément des conséquences sur la digestion du type qui l’a ingéré. Même chose pour celle où le jeune couple se fait ronger post-coïtum.


Juan Piquer Simón s’amuse avec ses limaces gluantes et prend visiblement beaucoup de plaisir à filmer son décor américain, théâtre parfait pour ses morts violentes. Si l’on pense inévitablement aux Dents de la mer – Jaws de Steven Spielberg, par ailleurs dès le prologue où une nana à moitié à oilp appelle désespérément son petit copain tombé à flotte, qui reviendra sous forme de bouillonnement rouge écarlate, Slugs trouve son propre petit bonhomme de chemin. Quand bien même le héros s’appelle Brady et non pas Brody et que celui-ci, qui a déjà tout compris à ce qui se passe, trouve porte close quand il essaye d’alerter les autorités qui pensent qu’il s’agit peut-être de chiens sauvages ou de ratons-laveurs descendus des collines.


L’ensemble se tient, malgré de grosses coutures apparentes et une musique souvent gênante (comprenez par là qu’elle paraît complètement à côté de la plaque), la photo n’est pas déplaisante et même si l’on est en territoire connu et constamment balisé, l’humour est présent et le plaisir est bel et bien là. Tenté par la transposition de Breeding Ground (la suite de Slugs par Shaun Hutson), séquelle annoncée par un plan tellement évident et attendu à la toute fin du film, Juan Piquer Simón verra encore ce projet tué dans l’oeuf en raison de la réception discrète de Slugs.


LE COMBO BLU-RAY + DVD + LIVRET
Collection Angoisses, suite ! On en redemande systématiquement ! Un peu plus d’un mois après le génial The Stuff de Larry Cohen, la collection disponible chez Rimini Éditions s’enrichit une fois de plus avec Slugs ou Mutations pour celles et ceux qui ont connu le film dans les années 1980. Le DVD et le Blu-ray reposent dans un boîtier Digipack à trois volets couleur sang, qui arbore un visuel d’exploitation d’époque. L’ensemble est glissé dans un fourreau cartonné, comme d’habitude clinquant. Le menu principal est animé et musical. L’éditeur fournit aussi un livret de 24 pages, écrit par Marc Toullec. Ce dernier évoque la carrière de Juan Piquer Simón, puis en vient rapidement à Slugs, à l’adaptation du roman de Shaun Hutson, aux conditions de tournage, aux différences entre le film et le livre, à la réalisation des effets spéciaux et à la sortie plutôt confidentielle du film. Signalons que Slugs était déjà sorti en DVD en France, en 2004, en accompagnement du magazine Mad Movies, avant d’être proposé par la suite chez Opening en 2009. Comme à l’époque, le Combo Rimini indique le titre international Slugs, avec le titre français entre parenthèse.


Nous avions déjà croisé l’excellente Lilyy Nelson dans les bonus de Body Trash, autre titre de l’anthologie Angoisses, sorti en mai 2025. La chroniqueuse cinéma de genre officiant sur Le Blog du Cinéma / Jumpscare Podcast fait son retour pour nous parler de Slugs et plus globalement du sous-genre horrifique de l’invasion animale (16’40). Exit le montage syncopé toutes les dix secondes du supplément de Body Trash (qui comportait près de cent coupes!), l’intervention de Lilyy Nelson se suit enfin de façon fluide. Cette intervention est de haute qualité, ultra-documentée et excellemment préparée, les propos sont intéressants du début à la fin. Vous saurez tout sur Slugs, sur l’adaptation du deuxième roman et best-seller de Shaun Hutson (et les différences entre le film et le livre), sur la carrière de l’écrivain (« Le Parrain du gore, l’Empereur de l’excès »), sur celle du réalisateur Juan Piquer Simón, le casting, la création des effets spéciaux (« plutôt beaux, malgré le budget »), les lieux de tournage, l’évolution du sous-genre dit de l’invasion animale.



L’éditeur propose ensuite une interview audio de Shaun Hutson (8’40), réalisée par Romain Plourde (Jumpscare Podcast), à l’occasion de la venue de l’écrivain à la boutique Metaluna Store à Paris en octobre 2024. Venu pour présenter son roman Monolithe (éditions Faute de Frappe), Shaun Hutson revenait sur la sortie et le succès de Slugs dans les années 1980, sur ce qui a changé dans sa vie et dans sa carrière suite à ce hit. Il parle brièvement du film de Juan Piquer Simón, qu’il avait tout d’abord détesté, avant de revoir sa copie par la suite.

Nous terminons par un nouveau module concocté par Alexandre Jousse (Le Sous-marin de l’apocalypse, Le Continent oublié, Opération peur, Meurtres sous contrôle et bien d’autres), cette fois entièrement consacré à la carrière de Juan Piquer Simón (25’20), « le George Pal espagnol, le Ray Harryhausen ibérique ». Avec son style immédiatement reconnaissable, tout comme son timbre et sa diction, le réalisateur et donc narrateur revient sur la belle et intéressante carrière du cinéaste espagnol. Avec ce bonus agrémenté de quelques effets spéciaux signés Jean Manuel Costa (qui dissèquent les effets spéciaux de certains opus), illustré par de nombreux extraits de films (dont les adaptations de Jules Verne) et de bandes-annonces, d’affiches et de photos d’exploitation, Alexandre Jousse réussit son pari et livre un supplément de haute qualité, à la fois fun et didactique, qui donne furieusement envie de découvrir les opus du metteur en scène qui nous ont échappé jusqu’à présent. En espérant que la collection Angoisses fera à nouveau honneur à Juan Piquer Simón !





L’Image et le son
La copie semble être identique à celle éditée aux États-Unis par Arrow il y a une dizaine d’années. L’ensemble paraît avoir été restauré en 2K et tient encore la route. Ce Blu-ray au format 1080p offre un certain confort de visionnage et sans doute que le film n’a jamais été aussi beau, peut-être même lors de sa rapide exploitation dans les salles en 1988. L’étalonnage a de toute évidence été révisé, la palette chromatique est aussi riche que convaincante, le master est propre, stable. La texture argentique est elle aussi préservée, parfois plus accentuée sur des plans truqués, mais au moins les partis-pris et les volontés artistiques originales sont respectés et restitués, sans essayer d’adoucir ou de « laver » certains plans craspecs.

L’éditeur propose Slugs en anglais et en français. La piste mono originale ne fait pas d’esbroufe inutile et s’avère plutôt limitée, mais celle-ci s’avère la plus efficace du lot. L’ensemble paraît post-synchroniser dans son intégralité (avec des comédiens venant de plusieurs continents différents) et il n’est pas rare de voir les dialogues étrangement collés sur les lèvres des comédiens qui paraissent débiter d’autres propos. En ce qui concerne la piste française, le doublage en rajoute dans le côté Bis, tout comme la musique, qui crée un décalage proche du nanar.



Crédits images : © Rimini Éditions / Lakeshore International / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
