Test DVD / Supersonic Man, réalisé par Juan Piquer Simón

SUPERSONIC MAN réalisé par Juan Piquer Simón, disponible en DVD le 1er juin 2021 chez Artus Films.

Acteurs : Antonio Cantafora, Cameron Mitchell, José Luis Ayestarán, Diana Polakov, José María Caffarel, Frank Braña, Javier De Campos, Tito García…

Scénario : Juan Piquer Simón & Sebastian Moi

Photographie : Juan Mariné

Musique : Carlos Attias, Juan Luis Izaguirre & Gino Peguri

Durée : 1h24

Date de sortie initiale : 1979

LE FILM

Depuis le fin fond de l’espace, l’extraterrestre Kronos est envoyé sur la Terre avec pour mission de rétablir l’ordre. Il s’installe à New York et devient un super héros. Il va avoir fort à faire en affrontant le Docteur Gulk, le chef d’une organisation secrète voulant dominer le monde.

Le plus grand des super-héros, c’eeeeeeeeeeeeest ???? Bah c’est pas lui en tout cas ! Et pourtant, Supersonic Man est un immense divertissement qui vous fera rire du début à la fin ! Film (cu)culte réalisé par l’espagnol Juan Piquer Simón (1935-2011), pape du cinéma d’exploitation en son pays à qui l’on doit Le Continent fantastique (1976), Les Diables de la mer (1981), Le Sadique à la tronçonneuse (1982), Mutations – Slugs (1988), ainsi que – en tant que producteur – Escalofrío (1978) de Carlos Puerto, Supersonic Man surfe sans complexe sur le triomphe du Superman de Richard Donner, en pompant allègrement certaines séquences, tout en inversant les couleurs du costume du Man of Steal pour essayer de donner le change. Adieu le slip rouge à coquille, place à un joli slip bleu à paillettes qui brille au firmament. De plus, Supersonic Man est affublé d’un masque, qui dissimule en réalité le changement d’acteur au moment de la transformation de Paul (Michael Goby) en Supersonic (Richard Yesteran), qui à l’instar de Bill Bixby et de Lou Ferrigno dans L’Incroyable Hulk, se partagent la double vedette. Toujours est-il que notre cher alien, qui se la coulait douce en biostase et uniquement vêtu de son moule-bite, s’élance vers la caméra et vole (même à l’envers, comme Captain Barbell aux Philippines, il s’en fout Supersonic Man !) vers de belles et fantastiques aventures où grâce à ses pouvoirs il pourra aller voler une bouteille de champagne dans les cuisines d’un grand restaurant, transformer en banane le flingue d’un ennemi, tout en emballant une jolie nana grâce à sa moustache frétillante quand il prend l’apparence humaine. Bref, Supersonic Man, coproduction italo-espagnole qui apparaît très souvent dans les tops des meilleurs nanars, est un spectacle comme on les aime, décontracté, très drôle, généreux et mené sans temps mort !

Que les forces des neuf galaxies soient avec moi !

Dès la première séquence, Supersonic Man s’inspire immédiatement du premier Star Wars avec l’émergence dans le cadre d’un vaisseau spatial, dans lequel ce très cher Kronos, quasiment dans le plus simple appareil, prenait visiblement une bonne rasade d’U.V. Soudain, on lui confie une mission de la plus haute importance, aller sur Terre pour lutter contre le crime et le mal, pour surveiller ses habitants, puisque certains, en raison de leur intelligence « qu’ils utilisent mal et de façon dangereuse », pourraient devenir une menace pour eux-mêmes et bien sûr pour les autres. Pour cela, Kronos devra se fondre dans la masse. Alors que le super-héros est interprété par José Luis Ayestarán sous le nom de Richard Yesteran (vu dans deux Tarzan ibériques dans lesquels il jouait le rôle-titre), l’italien Michael Goby alias Antonio Cantafora, vu dans Baron vampire de Mario Bava, mais surtout employé de l’autre côté des Alpes pour sa ressemblance avec Terence Hill, incarne Kronos sous les traits d’un blond aux yeux bleus et à la lèvre supérieure garnie de poils drus. Bien sûr, qui dit super héros dit super vilain et de ce point de vue nous ne sommes pas déçus non plus puisque l’ersatz de Lex Luthor est ici interprété par le légendaire Cameron Mitchell (Le Flic se rebiffe, Six femmes pour l’assassin, La Ruée des Vikings, La Dernière flèche, Buck et son complice) dans le rôle du diabolique Dr. Gulik et son rire sardonique ! Voulant évidemment devenir le maître du monde (tiens donc) et peu aidé en cela par un robot ultra-perfectionné (rires) et de quelques sbires qui ne font pas long feu devant le pyjama scintillant de Supersonic Man, ce mégalo – « Le Monde est en mon pouvoir mouahahahaha !!!! » – bien planqué dans son repaire hérité de celui de Blofeld dans On ne vit que deux fois, et qui peut « devenir très méchant » avec ses collaborateurs qui le déçoivent, veut mettre au point un laser qui pourra éradiquer n’importe quelle ville de la planète !

On suit donc sans ennui et avec un sourire – nerveux, ou pas – jusqu’aux oreilles les péripéties de ce Supersonic Man, qui se permet de plagier ouvertement une séquence entière de la version longue de Superman, celle où Lex Luthor teste les pouvoirs du kryptonien, sa résistance au feu et au froid polaire, avant que celui-ci n’entre dans son repaire. Même chose ici, avec des effets spéciaux forcément plus rudimentaires, mais tout y est ! Peu importe les similitudes (qui ne sont pas fortuites), car Supersonic Man est une œuvre unique, parfois marquée par un humour looooourd (tout ce qui concerne le gag récurrent avec l’ivrogne, par ailleurs coupé pour l’exploitation du film en France), mais aussi et surtout par un vrai sens du rythme, des décors rigolos, le charme de Diana Polakov, playmate à la carrière éphémère et ici dans sa dernière apparition à l’écran, des effets visuels au charme désuet, une bagarre de bar gratos, une musique au synthétiseur qui se plante dans votre cerveau comme au marteau-piqueur et qui s’y greffe définitivement. Vous obtenez un précipité final de bonne humeur et une valeur sûre du genre !

LE DVD

Aaaaaah on peut dire qu’il était attendu celui-là ! Supersonic Man débarque en DVD en France !!! Merci Artus Films de réaliser ce fantasme ! L’éditeur intègre ce titre dans sa collection Ciné Fumetti et livre un Slim Digipack qui arbore pour visuel celui d’une des plus célèbres affiches du film. Magnifiquement illustré, cet objet viendra rejoindre les autres titres du même acabit déjà sortis chez Artus Films, Kriminal, L’Espion qui venait du surgelé, Le Retour de Kriminal, Satanik, Superargo contre Diabolikus et Devilman le Diabolique dont nous parlerons très prochainement. Le menu principal est fixe et musical.

Devenu incontournable dans les suppléments d’Artus Films, l’excellent Christian Lucas nous présente Supersonic Man (16’) en replaçant le film de Juan Piquer Simón dans sa carrière, mais aussi et surtout dans son contexte, autrement dit après le triomphe planétaire de Superman de Richard Donner. On apprend que le réalisateur, passionné de bandes dessinées et de romans fantastiques, avait pour projet d’adapter Captain America (rien que ça) au cinéma, mais que les négociations avec Stan Lee n’avaient pu aboutir. On en vient alors à la genèse de Supersonic Man (ou juste Sonic Man dans certains pays), nom inspiré par l’émergence du Concorde et qu’Ilya Salking, producteur de Superman, essayait d’interdire en raison de la ressemblance avec celui du célèbre kryptonien. Avec autant d’humour que d’érudition, Christian Lucas passe en revue les ressemblances avec le Superman de 1978, le casting, les scènes coupées de la version française, les spécificités de ce nouveau super-héros, l’histoire du film, la complexité de la réalisation des effets spéciaux, la musique (dont une version disco uniquement disponible sur la version espagnole), sans oublier les bandes dessinées qui ont découlé du film ! Enfin, la postérité de Supersonic Man est abordée (un comic est encore sorti en 2020), ainsi que le marketing publicitaire avec les magnifiques et flamboyantes affiches. Christian Lucas n’oublie pas de donner son avis sur ce « film kitsch et cheap, qui possède un vrai sens du rythme, du cadrage et de beaux effets spéciaux ».

On retrouve à nouveau Christian Lucas dans le bonus suivant, dans lequel il réalise cette fois un large tour d’horizon du parcours et de la carrière atypique de Juan Piquer Simón (29’30). Un bel hommage rendu à cet expert du cinéma de genre espagnol, qui avait su se distinguer de ses compatriotes, et dont chaque film est ici passé en revue par l’expert et complice d’Artus Films, avec parfois des commentaires sans langue de bois quand il évoque par exemple les incohérences scénaristiques, « une marque de fabrique du réalisateur », ou bien encore tel acteur « qui a le charisme d’une huître ». Les films à réhabiliter (L’Abime – The Rift avec Ray Wise), la réussite récurrente des effets spéciaux et de la photographie de ses œuvres, sans oublier les projets non concrétisés de Juan Piquer Simón sont évoqués au cours de ce module passionnant et informatif au cours duquel Christian Lucas conseille au spectateur de reconsidérer l’oeuvre du metteur en scène.

L’interactivité se clôt sur un Diaporama de photos et d’affiches d’exploitation, sans oublier le film-annonce.

L’Image et le son

Que voilà un beau master ! Entièrement restaurée, la copie est quasiment exempte de défauts et de poussière, hormis quelques rayures visibles sur les scènes de vol réalisées en projection frontale, une première alors en Espagne. L’image est stable et s’accompagne d’un grain argentique élégant, les contrastes sont soignés, les couleurs vives, restituant à merveille les lamelles de métal brillant qui ornent le slip de notre Supersonic Man, ainsi que l’environnement verdâtre du Dr. Gulk. Le film est présenté dans son format original 1.85 (16/9 compatible 4/3). Le charme opère encore et toujours.

La version française est incomplète, puisque les scènes avec l’ivrogne avaient été coupées pour la sortie de Supersonic Man dans l’Hexagone. Celles-ci passent automatiquement en version originale sous-titrée. Elle s’avère étonnamment plus dynamique que la piste italienne avec des dialogues, d’une part extrêmement tordants, d’autre part plus naturelle, même si un très léger souffle se fait entendre. Dans la langue de Dante, le thème musical est curieusement couvert, sourd, surtout lors des séquences où notre héros prend son envol. Les dialogues manquent aussi du punch. Un mixage aléatoire, mais de toute façon, Supersonic Man s’apprécie encore plus en français, alors le choix est comme qui dirait vite ou la question vite répondue.

Crédits images : © Artus Films / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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