Test Blu-ray / La Ruée des Vikings, réalisé par Mario Bava

LA RUÉE DES VIKINGS (Gli Invasori) réalisé par Mario Bava, disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.

Acteurs : Cameron Mitchell, George Ardisson, Ellen Kessler, Alice Kessler, Françoise Christophe, Andrea Checchi, Folco Lulli, Franco Giacobini, Raf Baldassarre…

Scénario : Oreste Biancoli, Piero Pierotti & Mario Bava

Photographie : Mario Bava

Musique : Roberto Nicolosi

Durée : 1h30

Date de sortie initiale : 1961

LE FILM

Au Xe siècle, le baron Ruthford et ses hommes exterminent des vikings installés sur les côtes anglaises et dont le chef, Harald, est tué. Mais un jour, Ruthford ranime la haine. Iron, fils d’Harald, se bat à son tour contre les Anglais tout en s’opposant à son frère Erik, qui se trouve dans le camp opposé.

En 1958, le triomphe international des VikingsThe Vikings de l’immense Richard Fleischer, donne évidemment envie à certains producteurs, en particulier italiens, de surfer sur ce nouvel engouement des spectateurs pour la vie de ces pirates Scandinaves qui ont écumé les mers du VIIe au XIe siècle. L’un de ces premiers ersatz est Le Dernier des Vikings – L’Ultimo dei Vikinghi, réalisé par Giacomo Gentilomo, mais aussi et surtout par Mario Bava, même si ce dernier n’est pas crédité à la mise en scène. En revanche, la même année sort La Ruée des Vikings – Gli Invasori, officiellement le second long-métrage de Mario Bava (autrement dit, pour lequel il se retrouve seul aux manettes), un an après Le Masque du démon – La Maschera del demono. A l’instar d’Hercule contre les vampires – Ercole al centro della terra, qu’il coréalisera avec Franco Prosperi et qui sortira aussi en 1961, Mario Bava prend son envol avec La Ruée des Vikings, dans lequel son art pictural éclate aux yeux des spectateurs, puisqu’en plus du scénario coécrit avec Oreste Biancoli (Le Voleur de bicyclette, Le Petit monde de Don Camillo) et Piero Pierotti (Maciste en enfer, Super 7 appelle le Sphinx), il en signe également la sublime photographie, où l’on reconnaît immédiatement sa griffe. Certes, La Ruée des Vikings a souvent du mal à rivaliser avec son modèle américain, au budget beaucoup plus conséquent, mais Mario Bava s’acquitte fort honorablement des moyens mis à sa disposition. Tourné essentiellement en studio et dans la périphérie de Rome pour les scènes en bord de mer, le film bénéficie aussi de costumes soignés, d’une reconstitution très honnête et surtout de l’oeil de l’artiste, Mario Bava lui-même, dont la première vocation était la peinture (il avait d’ailleurs fait les Beaux Arts), qui concocte des plans crépusculaires à se damner de beauté, tout en jouant déjà avec ses couleurs de prédilection, qui feront sa marque de fabrique et participeront à sa légende. La Ruée des Vikings possède encore un charme fou et la rigueur de Mario Bava lui a permis de traverser la deuxième moitié du XXè siècle sans trop d’encombre. Le divertissement est en tout cas toujours au rendez-vous !

En l’an 786, alors que les Vikings envahissent l’Angleterre, le roi Harald souhaite pactiser avec les Britanniques. Mais celui-ci est trahi par le baron anglais Rutford, qui convoite le trône d’Angleterre détenu par le roi Lothar et son épouse Alice. Harald est lâchement assassiné, laissant sur les lieux de la bataille ses deux jeunes fils. L’aîné, Iron, est secouru par les Vikings qui le ramènent en Norvège. Le cadet, Erik, est quant à lui recueilli par la reine Alice, qui l’adopte dans le plus grand secret. Vingt ans plus tard, ils sont devenus des hommes entraînés au combat, et le destin ne tardera pas à réunir les deux frères… en tant qu’adversaires.

S’il y a un seul bémol dans La Ruée des Vikings, cela provient du choix de Cameron Mitchell (qui venait d’interpréter Harald dans Le Dernier des Vikings), beaucoup trop âgé pour le personnage d’Eron, puisque celui-ci est supposé avoir environ 25 ans, alors que le comédien américain en avait 43 bien tassés. Du coup, le contraste est bien trop marqué avec son partenaire George – ou Giorgio – Ardisson (Guntar dans Le Dernier des Vikings, Thesus dans Hercule contre les vampires et rôle-titre du Zorro l’intrépide – Zorro alla corte di Spagna de Luigi Capuano), bien plus convaincant et qui lui vole d’ailleurs la vedette dans le rôle d’Erik ! Un des éléments les plus marquants de La Ruée des Vikings demeure la présence des sœurs Kessler, Alice et Ellen, chanteuses (elles avaient même représenté leur pays à l’Eurovision), danseuses (elles nous font ici une démonstration de leur talent) et actrices allemandes, vues dans Les Magiciennes (1960) de Serge Friedman et dont la carrière se partageait entre l’Italie, l’Allemagne et la France. Leur beauté et leur talent éclatent aux yeux des spectateurs, tandis que leur aura imprègne le film du début à la fin.

Si le récit de La Ruée des Vikings s’inspire donc grandement du chef d’oeuvre de Richard Fleischer, Mario Bava parvient à s’en démarquer, d’une part en lui insufflant son génie graphique et formel, qui confère au film un aspect presque fantastique sur les scènes se déroulant sur les terres des Vikings, d’autre part par son traitement des personnages. La Ruée des Vikings démarre d’emblée sur un assaut étonnamment violent où même les femmes et les enfants ne sont pas épargnés. Le baron Rutford (le suintant Andrea Checchi) ordonne à ses troupes l’anéantissement d’une colonie Viking installée sur les côtes écossaises. Le roi Lothar (Franco Ressel qui vient faire un petit coucou), décide alors de retirer son commandement à Rutford, mais celui-ci le fait assassiner. Le roi Viking, laisse deux fils : Iron qui parvient à s’enfuir et Erik, recueilli par la reine Alice (la belle Françoise Christophe, qui la même année incarnait Anne d’Autriche dans le diptyque Les Trois Mousquetaires de Bernard Borderie) qui ignore tout de ses origines. Iron (Cameron Mitchell), devenu roi des Vikings, est amoureux d’une belle vestale, Daya (Ellen Kessler). De son côté, Erik (George Ardisson), parvenu à l’âge d’homme, est fait duc d’Helfort et commandant de la flotte écossaise au grand dam de Rutford, fou de jalousie. Celui-ci s’arrange alors pour faire couler le bateau d’Erik lors d’un affrontement maritime…

Tout y est dans La Ruée des Vikings, de l’action (des duels à l’épée bien bourrins, des batailles navales dynamiques, même si le ciel fait de draperie peine à convaincre), de l’aventure, un peu d’humour, deux romances croisées, de l’émotion, le tout saupoudré de tragédie grecque et donc shakespearien en diable. C’est du beau et grand spectacle, épique et ultra-divertissant. Mario Bava reviendra aux Vikings en 1966, qui clôt ainsi une trilogie consacrée au genre, avec Duel au couteauI coltelli del vendicatore.

LE BLU-RAY

Après Bruno Battei et Claudio Fragasso, Le Chat qui fume déroule le tapis rouge à Mario Bava en proposant La Ruée des Vikings en Blu-ray et Les Trois visages de la peur en combo 4K UHD & Blu-ray ! Aujourd’hui, nous passons en revue l’édition de La Ruée des Vikings qui se présente sous la forme d’un Digipack à trois volets, glissé dans un fourreau cartonné au visuel clinquant. Édition limitée à 1000 exemplaires. Le menu principal est animé et musical. Le Blu-ray est disponible à la vente sur le site du Chat qui fume, ainsi que sur celui de la boutique Métaluna Store.

Un seul petit bonus à se mettre sous la dent ici, une interview de l’acteur Loris Loddi (16’), qui interprète Erik enfant dans la première séquence de La Ruée des Vikings. Né en 1957, Lorris Loddi avait donc trois ou quatre ans dans le film de Mario Bava. S’il a ensuite fait une belle carrière en jouant chez Sergio Corbucci, Carlo Lizzani, Lewis Gilbert, Liliana Cavani, Pupi Avati et bien d’autres, le comédien en était évidemment à ses débuts dans La Ruée des Vikings. Toutefois, malgré son très jeune âge à l’époque, Lorris Loddi se remémore le tournage avec grand plaisir, en parlant de Mario Bava (« On n’aura jamais plus de réalisateur comme lui… »), des acteurs du film (il est d’ailleurs extrêmement ému en évoquant George Ardisson), du travail sur les couleurs, tout en dévoilant que ses pleurs au début du film n’étaient pas feints…Mais on vous laissera découvrir pourquoi !

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce (américaine).

L’Image et le son

Le Chat qui fume a pu mettre la main sur la copie restaurée en 2K réalisée par les laboratoires L’Immagine Ritrovata di Bologna et Hiventy (Paris) à partir du négatif 35mm original et du négatif son italien original, déjà sortie chez Arrow. Force est de constater que le rendu est ici pointilleux, surtout en ce qui concerne la restitution des couleurs disparates et baroques (rouges, violets, verts, tout y passe), un vrai ravissement dès le générique en ouverture avec comme point d’orgue toutes les scènes se déroulant chez les Vikings. Le nouveau master est d’une propreté jamais (ou très rarement, avec diverses rayures verticales) démentie, le grain très bien géré, l’image stable (à l’exception de décrochages sur les fondus enchaînés), les noirs plutôt denses, même si aléatoires car parfois jaunâtres. Les quelques plans flous semblent d’origine. La qualité des gros plans est évidente avec moult détails et un piqué étonnant. Sublime cadre large. Une superbe (re)découverte.

En italien (plus fluide et dynamique) comme en français (très bon doublage), les pistes mono 2.0 s’avèrent plutôt bien nettoyées et offrent des conditions acoustiques suffisantes. Aucun souffle intempestif. Les sous-titres français ne sont pas imposés sur la version originale. Il s’agit ici de la version intégrale non censurée.

Crédits images : © Le Chat qui fume / Cinématographique Lyre, Compagnie Méditerranéenne Cinématographique Cineum Cannes – Restauration 2K 2019 / Captures du Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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