
L’AMANT DE 5 JOURS réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD & Blu-ray le 15 septembre 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Jean Seberg, Micheline Presle, Jean-Pierre Cassel, François Périer, Carlo Croccolo, Albert Michel, Claude Mansard, Albert Mouton…
Scénario : Philippe de Broca & Daniel Boulanger, d’après le roman de Françoise Parturier
Photographie : Jean Penzer
Musique : Georges Delerue
Durée : 1h23
Année de sortie : 1961
LE FILM
Madeleine, directrice d’une maison de haute couture, et Claire, mariée, deux enfants, sont très bonnes amies. Antoine, amant de Madeleine et homme entretenu, vient à rencontrer Claire. Claire et Antoine entament une relation clandestine bientôt découverte par Madeleine. Cette dernière décide d’organiser une petite vengeance en conviant Claire et son mari ainsi qu’Antoine à une petite soirée. Claire et Antoine vont tous les deux se voir d’un œil différent.

On ne change pas une équipe qui gagne, ou tout du moins qui fonctionne. Après Les Jeux de l’amour (681.000 entrées) et Le Farceur (442.000 spectateurs), sortis à sept mois d’intervalle, en juin 1960 pour le premier et en janvier 1961 pour le second, Philippe de Broca et Jean-Pierre Cassel s’unissent encore pour L’Amant de 5 jours, qui quant à lui déboule sur les écrans le 24 février 1961. Autant dire que les deux hommes n’ont pas chômé et que ce rythme effréné de tournage s’avère déjà représentatif du réalisateur. C’est un nouveau demi-succès puisque 650.000 français viendront découvrir cette nouvelle comédie dans les salles. Ce n’est pas un secret, il y a un autoportrait de Philippe de Broca dressé dans cette fausse « trilogie », chaque opus dévoilant quelques aspects de leur auteur, qui attendait sûrement un meilleur accueil de la part du public. Quand bien même le cinéaste et son coscénariste Daniel Boulanger adaptent le roman éponyme de Françoise Parturier (publié en 1959), il y a bel et bien de nombreux éléments personnels dans L’Amant de 5 jours. Si Jean-Pierre Cassel, sublime comme à son habitude, demeure le premier alter ego de Philippe de Broca à l’écran (la ressemblance physique est par ailleurs troublante, comme Truffaut avec Léaud), on peut imaginer que le second s’est également « projeté » dans le personnage merveilleusement incarné par François Périer, qui campe comme qui dirait une version mature de lui-même. Rebondissant toujours afin d’éviter de rester sur place, ce qu’il détestait et ce que l’on remarque souvent sur de nombreuses photos de tournage, Philippe de Broca a systématiquement vécu ses films comme des moyens d’évasion ou des machines à fantasmes. L’Amant de 5 jours fait la part belle aux femmes, qui même si elles tournent autour du même homme, restent les plus fortes, les plus courageuses, tandis que la gent masculine se perd dans la peur de l’engagement, de la solitude aussi. Sur des dialogues magnifiques signés Daniel Boulanger (quel plaisir, quelle poésie d’écouter ça…), un rythme incroyable et bercé par la composition de Georges Delerue qui vous transperce le coeur, L’Amant de 5 jours est un bijou méconnu, pourtant conspué par le réalisateur (sans doute parce qu’il se dévoilait trop à son goût), à voir et à revoir sans modération.


À la présentation de la collection de la maison de haute couture dirigée par Madeleine de Seaulieu, Antoine Chenier, son amant, rencontre Claire Thiébaut, sa meilleure amie. Chacun entreprend de se valoriser : Antoine, qui est entretenu par Madeleine, se fait passer pour riche ; Claire, qui est mariée à un archiviste, Georges, fait croire que son époux est un important diplomate. Ils se revoient le lendemain, mais le week-end qui suit renvoie chacun à sa triste réalité : comme chaque dimanche, Claire visite en famille le château de Chantilly dont Georges connaît tout l’historique alors qu’Antoine s’occupe de l’entretien du jardin de la propriété que possède Madeleine à Montfort-l’Amaury. Ils se rejoignent cependant le lundi. Claire décide de passer la nuit de mardi à mercredi avec Antoine. Pour ce faire, elle dit à son mari qu’elle va passer la nuit chez Madeleine. Se retrouvant au Marché aux Puces le mardi matin, les deux amies évoquent leur amant respectif sans se douter qu’il s’agit de la même personne.


Extraordinaire mécanique que celle de L’Amant de 5 jours, qui calfeutre un spleen à couper au couteau, derrière encore une fois un personnage qui ne tient pas en place et qui perd pied quand il s’arrête. Jean-Pierre Cassel est démentiel et on peut dire que tout ce qui fera la sève des personnages incarnés plus tard par Jean-Paul Belmondo, dirigé par le même cinéaste, notamment dans L’Incorrigible, est déjà présent dans ce troisième long-métrage. Si par la suite les deux hommes s’éloigneront quelque peu, ils se retrouveront en 1964 pour Un monsieur de compagnie et pour la dernière fois en 1988 pour Chouans !, on peut dire qu’ils se sont trouvés au bon moment au début des années 1960.


Jean Seberg crève l’écran une fois de plus, un an après À bout de souffle de Jean-Luc Godard, dans la peau d’un personnage qui aurait pu être peu aimable (une femme et mère de deux enfants, qui prend le temps de batifoler), à laquelle elle apporte beaucoup de sensibilité ambiguë et une force que n’aura jamais Antoine, bien plus préoccupé par l’instant présent et le côté éphémère des sentiments, même si finalement celui-ci était peut-être prêt à changer son fusil d’épaule et à accepter une vraie relation. L’autre femme, et non des moindres, n’est autre que Micheline Presle, impériale, au sommet de sa beauté, de son élégance et de sa féminité, magistralement photographiée par Jean Penzer (La Voleuse, Le Diable par la queue, Tenue de soirée, Sans mobile apparent).


Indignée, mais revancharde, Madeleine finira par inviter Georges et sa femme, mais aussi Antoine, à une réception qu’elle donne un soir, histoire de confronter indirectement tout ce beau monde. S’il n’y aura pas d’esclandres, cet événement ne sera pas sans conséquences. Georges reprochera seulement à sa femme de ne pas être heureuse. Claire, même s’il lui manque la fantaisie et la légèreté d’Antoine, reviendra vers son mari, quittera son amant, qui lui sera encore plus paumé qu’avant. Mais il faut continuer de sourire et à avancer.


Philippe de Broca souhaite évoluer et passer à autre chose. Pour son projet suivant, un film de cape et d’épée, d’aventure, d’action et d’amour, il délaissera momentanément son comédien fétiche au profit de Jean-Paul Belmondo, qui a alors le vent en poupe depuis l’explosion de la Nouvelle vague, courant que suivait le réalisateur, par ailleurs parrainé par Claude Chabrol dès Les Jeux de l’amour. Cartouche sort un an après L’Amant de 5 jours et connaîtra un triomphe sans précédent avec plus de 3,5 millions.


LE BLU-RAY
Plus de dix ans après sa première apparition en HD dans les bacs (c’était chez TF1 Studio), L’Amant de 5 jours refait surface, toujours en Blu-ray, sauf que le film de Philippe de Broca change de crèmerie, en l’occurrence Rimini Éditions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé et musical. On aurait aimé retrouver le visuel de l’affiche originale d’exploitation, mais la jaquette est raccord avec la nouvelle Collection Philippe de Broca proposée par Rimini Éditions, qui présente à nouveau Le Bossu, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Cavaleur et L’Amant de 5 jours.

Rimini Éditions reprend les suppléments précédemment proposés par TF1 Studio en 2015.
Valet de pique et amant de coeur (19’30) : Ce module propose un retour sur L’Amant de 5 jours, avec les propos croisés de Jean-Pierre Zarader et Dominique Maillet (auteurs du livre Philippe de Broca, éditions Veyrier), Alexandra de Broca (épouse du réalisateur), Henri Lanoë (monteur) et Michelle de Broca (ex-femme, via un enregistrement audio). Ce troisième long-métrage est replacé dans la carrière du cinéaste, puis on évoque sa rencontre avec le producteur Alexandre Mnouchkine, avant d’en venir au film qui nous intéresse aujourd’hui, « que Philippe de Broca n’aimait pas » et qu’il ne voulait pas que son épouse Alexandra découvre tant qu’il serait en vie. Les intervenants s’expriment sur la raison de ce rejet, venant probablement du fait que le metteur en scène se livrait peut-être « trop », étant d’un caractère habituellement pudique, même s’il profitait justement de son art pour se confier, se livrer. Le fond « terriblement » pessimiste du film, impression renforcée par la musique de Georges Delerue, l’amour de Philippe de Broca pour les femmes, la psychologie des personnages et la redécouverte tardive de L’Amant de 5 jours sont les autres points abordés.








L’autre bonus à ne pas rater est une interview de Vincent Cassel (21’). À l’occasion de la sortie en Blu-ray de L’Amant de 5 jours en 2015, le comédien évoquait la mémoire de son père, son influence, son héritage artistique. Vincent Cassel déclare « Il parlait toujours des films qu’il avait faits avec Philippe de Broca, avec un peu d’amertume quand il disait qu’il avait eu ses plus gros succès avec Jean-Paul Belmondo ». L’acteur indique aussi que les rapports entre son père et Philippe de Broca étaient devenus compliqués et qu’ils ont mis du temps à retrouver, pour Chouans! à la fin des années 1980. Vincent Cassel se livre et avoue avoir mis du temps pour découvrir les films de jeunesse de son père, après la mort de celui-ci : « J’étais fasciné par le côté plus sombre de sa carrière. Mais en découvrant Le Farceur, je suis resté sur le cul, c’est la classe putain ! ». Vincent Cassel en vient ensuite sur ses propres rapports avec son père, sa face cachée (« Dans la vie, il n’était pas comme dans les films de de Broca »), puis évoque ses débuts au cinéma avec le même réalisateur dans Les Clés du paradis en 1991, tournage dont il ne conserve pas un bon souvenir, indiquant aussi qu’il s’est « beaucoup construit contre » celui qui lui a donné la vie, pour construire sa propre identité et trouver sa place dans le métier. De souvenir, il s’agit sans nul doute d’un des meilleurs entretiens avec Vincent Cassel.





L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.
L’Image et le son
Rimini reprend le même master précédemment édité par TF1 Studio. L’Amant de 5 jours a été restauré en 2K. On oublie un générique un peu clair, une copie sensiblement marquée par des points blancs, des griffures et autres poussières diverses, y compris des poils en bord de cadre, car l’ensemble révèle immédiatement un lifting dès le premier plan. C’est stable, malgré de sensibles décrochages sur les fondus enchaînés, les noirs sont denses, les gris riches, le relief est marqué, la texture argentique préservée et organique, la luminosité de mise, les contrastes solides et c’est le piqué qui impressionne surtout, avec des visages aux détails affûtés. Une restauration qui participe encore une fois à la (re)découverte de L’Amant de 5 jours.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono 2.0 permet à la composition de Georges Delerue d’être délivrée avec un coffre inédit. Egalement restauré, le son a subi un dépoussiérage de premier ordre. Le confort acoustique est ici largement assuré, jamais entaché par un souffle quelconque. La musique, les effets annexes, les voix des comédiens, tout est ici mis en valeur avec fluidité probante. Les sous-titres français pour sourds et malentendants sont également disponibles.


Crédits images : © Rimini Éditions / TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
