
ON A VOLÉ LA CUISSE DE JUPITER réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD & Blu-ray le 15 septembre 2026 chez Rimini Editions.
Acteurs : Annie Girardot, Philippe Noiret, Francis Perrin, Catherine Alric, Marc Dudicourt, Paulette Dubost, Roger Carel, Anna Gaylor…
Scénario : Philippe de Broca & Michel Audiard
Photographie : Jean-Paul Schwartz
Musique : Giorgos Hatzinasios
Durée : 1h41
Année de sortie : 1980
LE FILM
Antoine Lemercier et Lise Tanquerelle passent leur voyage de noces en Grèce. Ils y font la rencontre de Charles-Hubert Pochet, un jeune archéologue qui fait bientôt une grande découverte, mais la pièce est dérobée. Lorsque le voleur est retrouvé mort, c’est Charles-Hubert Pochet qui est accusé de meurtre avec la complicité d’Antoine Lemercier.

Devant le succès de Tendre poulet en 1978 (1,8 million d’entrées) et surtout face au semi-échec du Cavaleur (un million de spectateurs) en 1979, Philippe de Broca décide de donner une suite aux tribulations de Tanquerelle et Lemercier. Annie Girardot et Philippe Noiret sont donc de retour pour On a volé la cuisse de Jupiter, qui débute par le mariage de la commissaire de police et du professeur de grec. Cette excellente séquelle propose un angle différent. Là où Tendre poulet combinait parfaitement la comédie et la trame policière, de Broca envoie son couple principal en voyage de noces en Grèce. Si nous retrouvons bien quelques éléments policiers, le ton est ici placé sous le signe de la comédie pure et surtout de l’aventure, genre de prédilection de Philippe de Broca. Aux côtés de Girardot/Noiret, toujours aussi formidables, Catherine Alric (encore plus exquise que dans le premier), interprète un personnage différent que dans Tendre poulet grâce à une petite pirouette (« Il y avait une fille comme elle, elle lui ressemblait, même genre, même style, copie conforme ! » dit Tanquerelle), ainsi que Francis Perrin, tout aussi irrésistible qu’irritant dans la peau de Charles-Hubert Pochet qui passe tout le film à se plaindre, la jambe dans le plâtre.



On retrouve les personnages quasiment là où on les avait laissés. Le « oui » fatal à peine prononcé, Antoine Lemercier emmène son épouse, Lise, en voyage de noces en Grèce afin de l’initier à sa spécialité. Ils y font connaissance d’un jeune archéologue, Charles-Hubert Pochet, qui met peu après à jour un fragment de statue : les hanches et les fesses d’une Aphrodite. La nuit même, le marbre antique est volé par un marin grec, Aristote. Lise retrouve par hasard la trace de ce dernier à Corinthe alors qu’il négocie la vente de l’objet avec un expert von Blankenberg. Peu après, la police surprend Antoine et Charles-Hubert sur le bateau de ce dernier, alors même qu’ils viennent de découvrir le corps du voleur égorgé. Arrêtés pour meurtre, les deux hellénistes parviennent à s’échapper grâce à la complicité d’Agnès, l’épouse de Charles-Hubert. Rejoints par Lise acharnée à éclaircir l’affaire, ils partent à la recherche de Blankenberg dont le témoignage peut innocenter le professeur et l’archéologue. Mais l’homme demeure insaisissable et les quatre amis, traqués par la police, doivent vivre en desperados, bivouaquant dans les collines, dormant à la belle étoile, mangeant le produit de leurs larcins. Ils se rendent cependant au musée d’Athènes où est exposé un buste, complément possible du bassin découvert par Charles-Hubert, qui par un audacieux coup de main, est volé presque sous leurs yeux.



Michel Audiard et Philippe de Broca se font plaisir avec On a volé la cuisse de Jupiter. Menée tambour battant, cette suite est une grande réussite du cinéaste et emmène le spectateur dans une avalanche de rebondissements, de poursuites et de quiproquos jubilatoires dans de magnifiques décors naturels, même s’il n’est pas interdit de préférer le premier. On renoue avec les mêmes ingrédients que le premier, y compris des meurtres, mais cette fois le réalisateur et son coscénariste s’approprient pleinement les personnages créés par Jean-Paul Rouland et Claude Olivier dans leur roman Le commissaire Tanquerelle et le Frelon pour les emmener ailleurs, autrement dit dans l’univers personnel du metteur en scène. On reconnaît la griffe de ce dernier à chaque scène, à chaque plan, le film étant un cousin éloigné de L’Homme de Rio et La Poudre d’escampette. Ce sera le dernier grand succès personnel d’Annie Girardot, qui allait entamer une longue traversée du désert après On a volé la cuisse de Jupiter, jusqu’à sa « résurrection » inattendue en 1995 avec Les Misérables du XXème siècle de Claude Lelouch, qui lui vaudra le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Les images sont dans toutes les mémoires. Ce ne sera pas du tout le cas pour Philippe Noiret, qui allait enchaîner les collaborations avec Francesco Rosi, Bertrand Tavernier, Pierre Granier-Deferre, Mario Monicelli, Alain Corneau, Claude Zidi, tout en étant nommé aux César à trois reprises (pour Pile ou face, Coup de torchon et Les Ripoux).



C’est Francis Perrin qui se taille la part du lion dans cette seconde aventure, avec son énergie contagieuse et son phrasé légendaire. Son tandem avec Catherine Alric (très impliquée dans les scènes d’action) fonctionne tout autant que celui formé par leurs aînés et le quatuor est aussi fluide que séduisant. Philippe de Broca est manifestement plus à l’aise dans ces grands espaces naturels (par ailleurs élégamment photographiés par Jean-Paul Schwartz) que dans les appartements tristounes aux papiers-peints bariolés en orange et marron typiques de la décennie précédente.



À sa sortie en février 1980, le film trouve évidemment son public, même si son score est finalement inférieur à celui de Tendre poulet avec 1,6 million de spectateurs. Un troisième épisode est envisagé, mais Philippe Noiret préfère passer à autre chose. Cela n’empêchera pas le comédien de retrouver Philippe de Broca trois ans plus tard, pour L’Africain.



LE BLU-RAY
Plus de dix ans après sa première apparition en HD dans les bacs (c’était chez TF1 Studio), On a volé la cuisse de Jupiter refait surface, toujours en Blu-ray, sauf que le film de Philippe de Broca change de crèmerie, en l’occurrence Rimini Éditions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé et musical. On aurait aimé retrouver le visuel de l’affiche originale d’exploitation, mais la jaquette est raccord avec la nouvelle Collection Philippe de Broca proposée par Rimini Éditions, qui présente à nouveau Le Bossu, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Cavaleur et L’Amant de 5 jours.

Outre la bande-annonce composée essentiellement de prises alternatives (« les fesses d’Aphrodite » à la place du « cul » d’Aphrodite »), nous bénéficions d’une petite interview fort sympathique de Catherine Alric (12′), reprise de l’édition TF1 Studio. Comme dans le module consacré à Tendre poulet, la comédienne qui interprète Agnès dans On a volé la cuisse de Jupiter, partage ses souvenirs liés au tournage du film de Philippe de Broca, l’ambiance de tournage en Grèce, la complicité entre les acteurs et la rapidité d’exécution du cinéaste. Catherine Alric évoque également un troisième épisode envisagé suite au succès du second épisode, mais refusé par Philippe Noiret, à la déception d’Annie Girardot. Réalisé par Jérôme Wybon, ce petit module est sans doute trop court mais sait aller à l’essentiel, tandis que de superbes photos du tournage illustrent l’ensemble.












L’Image et le son
Il s’agit ici du même master précédemment édité par TF1 Studio. Voici ce que nous pouvions en dire en 2015 : L’élévation HD est beaucoup plus frappante sur ce deuxième opus, restauré en 2K. La restauration est étincelante, les contrastes d’une indéniable densité, la copie est propre et lumineuse. Les détails étonnent souvent par leur précision, les gros plans sont détaillés à souhait, les couleurs retrouvent un éclat inespéré, le relief des séquences diurnes est inédit (voir les scènes en Grèce) et le piqué demeure acéré. La définition flanche légèrement durant le générique, mais cela reste anecdotique. Un superbe lifting qui rend caduc le master SD édité en 2008.

Le mixage DTS-HD Master Audio Mono instaure un réel confort acoustique. Les dialogues sont ici délivrés avec ardeur et clarté, la propreté est de mise, les effets riches et les silences denses, sans aucun souffle. La composition de Giorgos Hatzinasios perce légèrement les tympans, mais rien de bien méchant, son nouvel écrin phonique est finalement agréable. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.




Crédits images : © Rimini Éditions / TF1 Studios / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
