Test Blu-ray / Le Bossu, réalisé par Philippe de Broca

LE BOSSU réalisé par Philippe de Broca, disponible en DVD & Blu-ray le 20 août 2026 chez Rimini Editions.

Acteurs : Daniel Auteuil, Marie Gillain, Fabrice Luchini, Vincent Perez, Philippe Noiret, Yann Collette, Jean-François Stévenin, Didier Pain…

Scénario : Jean Cosmos, Jérôme Tonnerre & Philippe de Broca, d’après le roman de Paul Féval

Photographie : Jean-François Robin

Musique : Philippe Sarde

Durée : 2h08

Année de sortie : 1997

LE FILM

« Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! ». Telles sont les paroles en forme de serment lancées par Lagardère au comte de Gonzague, qui a ourdi un complot contre son ami, le brillant duc de Nevers, pour capter la fortune de son riche cousin. Il faudra seize ans au chevalier de Lagardère pour venger son ami, faire triompher la morale, sauver l’honneur et trouver l’amour.

Le début des années 1990 est difficile pour le cinéaste Philippe de Broca dont les deux derniers films, Les 1001 nuits (255.000 entrées) et Les Clés du paradis (300.000 spectateurs) ont été de sérieux échecs au box-office. Il se tourne alors vers la télévision et signe Regarde-moi quand je te quitte (1993), avec Isabelle Gélinas et Patrick Chesnais, Le Jardin des plantes (1994), sa seule collaboration avec Claude Rich, Les Hommes et les femmes sont faits pour vivre heureux… mais pas ensemble (1995), comédie-romantique avec Bernard Le Coq et Fanny Cottençon, et Le Veilleur de nuit (1996), sa sixième collaboration avec Philippe Noiret. En 1997, le producteur Patrick Godeau (Un héros très discret, Baxter) lui offre l’opportunité de revenir au cinéma avec une nouvelle adaptation du Bossu. Le roman de cape et d’épée écrit par Paul Féval en 1857, avait déjà connu plusieurs transpositions, en 1944 par Jean Delannoy avec Pierre Blanchar dans le rôle de Lagardère, et bien sûr en 1959 par André Hunebelle avec Jean Marais et Bourvil. Avec son budget conséquent de 143 millions de francs, soit plus de 20 millions d’euros aujourd’hui, Philippe de Broca revient à ses premières amours, le film d’aventures et le divertissement populaire, pour lequel il écrit le scénario avec Jean Cosmos (Le Colonel Chabert, La Fille de d’Artagnan) et Jérôme Tonnerre (Chouans !). Réalisé avec un panache contagieux, génialement interprété, Le Bossu est le chant du cygne du réalisateur des mythiques L’Homme de Rio, Les Tribulations d’un chinois en Chine, Le Diable par la queue, Tendre poulet et bien d’autres classiques et chefs d’oeuvres gravés dans les mémoires.

Pour percer le secret de la fameuse « botte » du duc Philippe de Nevers, Lagardère entre à son service. Devenu son ami, il le suit auprès de Blanche de Caylus, qui vient d’avoir un enfant de lui. Cousin et héritier du duc, Gonzague sait que cette naissance va le déshériter. Avec son âme damnée Peyrolles et ses hommes de main, il enlève Blanche le lendemain même de ses noces avec Philippe et, masqué, tue traîtreusement ce dernier dans le dos. Lagardère parvient à le blesser à la main en clamant serment de vengeance. À son ami agonisant qui venait de le faire chevalier, Lagardère promet de s’occuper du bébé. Une troupe de comédiens italiens va l’aider à échapper à Gonzague en le faisant passer pour mort, emporté avec l’enfant par un torrent. Pendant seize ans, il partage leur vie itinérante, élevant patiemment sa jeune protégée Aurore, à qui il enseigne la science des armes et à qui il révèle enfin ses vraies origines.

Daniel Auteuil, qui sortait de Lucie Aubrac de Claude Berri et qui venait d’être récompensé par le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes avec Pascal Duquenne pour Le Huitième Jour de Jaco Van Dormael, campe un Lagardère à la fois fougueux et prolo, mais aussi élégant, rusé et charmeur. À ses côtés, Fabrice Luchini, qui renfile un bel habit après Beaumarchais, l’insolent d’Édouard Molinaro, est fourbe à souhait, Marie Gillain, qui a alors à le vent en poupe depuis Mon père ce héros de Gérard Lauzier et L’Appât de Bertrand Tavernier, est délicieuse.

On retrouve aussi Vincent Pérez, de retour des États-Unis où il venait de tourner The Crow : La Cité des anges The Crow : City of Angels de Tim Pope, s’avère toujours impérial dans les rôles à costumes, Yann Collette est venimeux à souhait dans le rôle de Peyrolles et Philippe Noiret se délecte à endosser le costume de Philippe d’Orléans, plus de vingt ans après Que la fête commence.

Si quelques baisses de rythme se font parfois ressentir après l’assassinat du Duc de Nevers, Le Bossu n’a rien à envier à ses prédécesseurs et démontre que Philippe de Broca en avait encore sous le capot. L’élégance de sa mise en scène, la beauté de la photo de Jean-François Robin (Nelly et Monsieur Arnaud, 37°2 le matin, Le Coup de Sirocco), le soin apporté aux décors et aux costumes, l’excellente chorégraphie des combats et la musique de Philippe Sarde participent également gracieusement à la grande réussite de cette entreprise, récompensée par un succès public avec plus de 2,3 millions d’entrées en 1997 et huit fois nommée aux César l’année suivante.

LE BLU-RAY

Plus de dix ans après sa première apparition en HD dans les bacs (c’était chez TF1 Studio), Le Bossu refait surface, toujours en Blu-ray, sauf que le film de Philippe de Broca change de crèmerie, en l’occurrence Rimini Éditions. Le disque repose dans un boîtier classique de couleur bleue. Le menu principal est animé sur la musique de Philippe Sarde. On aurait aimé retrouver le visuel de l’affiche originale d’exploitation, mais la jaquette est raccord avec la nouvelle Collection Philippe de Broca proposée par Rimini Éditions, qui présente à nouveau Le Bossu, Tendre poulet, On a volé la cuisse de Jupiter, Le Cavaleur et L’Amant de 5 jours.

Rimini Éditions reprend le très grand making of de 57 minutes, diffusé à la télévision à la sortie du film et déjà disponible sur le Blu-ray TF1 Studio. Complet, merveilleusement illustré par de très nombreuses images de tournage et du plateau, d’interviews de toute l’équipe du film (comédiens, réalisateur, producteur, chef décorateur, chef opérateur, créateur des costumes), ce documentaire exemplaire s’avère indispensable. La genèse, l’évolution du scénario, les dessins préparatoires, la création des décors, les maquillages, la répétition des combats à l’épée avec le maître d’armes Michel Carliez, les effets spéciaux (y compris les images de synthèse), les partis pris, tout est finement et intelligemment abordé. De souvenir, il s’agit probablement d’une référence du genre pour un film français.

À l’occasion de la sortie du Bossu en Blu-ray il y a plus de dix ans, TF1 Vidéo avait chargé Jérôme Wybon de réaliser un petit module rétrospectif complémentaire de 26 minutes. Supplément repris aussi sur cette édition. Les intervenants, Patrick Godeau (producteur), Yves Agostini (caméraman), Alexandra de Broca (épouse de Philippe de Broca) et Henri Lanoë (monteur) reviennent sur l’aventure du Bossu et replacent le film dans la carrière (et la vie) du cinéaste. Même si certains propos font parfois écho avec ce qui a déjà été entendu dans le making of, ce segment porte la marque de fabrique de Jérôme Wybon, dont nous avons toujours défendu le travail, autrement dit des anecdotes pertinentes (on apprend que le premier montage faisait 2h50 !) qui s’enchaînent sur un rythme vif,et illustrées par des photos de plateau.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Après une première édition en 2015, aujourd’hui épuisée, Le Bossu est enfin à nouveau disponible en Haute-Définition (1080p). Le master repris est le même qu’il y a plus de dix ans. Cette promotion technique met toujours aussi bien en valeur le superbe cadre large et la photo Jean-François Robin (37°2 le matin, Nelly & Monsieur Arnaud), qui renaît littéralement durant les séquences diurnes en extérieur où le relief est fort appréciable. Ce très beau Blu-ray relève la palette chromatique, riche, chatoyante et détaillée, le piqué étant également joliment aiguisé et le grain bien géré. La profondeur de champ est étonnante et certains plans, même s’ils s’accompagnent de temps en temps d’un léger bruit vidéo, sont vraiment somptueux. Dépourvu de poussières et d’accrocs divers, ce master HD s’avère lumineux, la définition n’est jamais prise en défaut et les scènes tamisées éclairées sont divines.

Le mixage proposé est une piste DTS-HD Master Audio 5.1 qui ne sert principalement qu’à spatialiser la musique de Philippe Sarde. En dehors de cela, quelques petites ambiances naturelles parviennent à percer sur la scène arrière sur les très nombreuses séquences en extérieur, sinon c’est un peu le calme plat d’autant plus que la délivrance des dialogues manque d’ardeur. Quelques déséquilibres de la balance latérales-frontales nous font souvent jongler avec la télécommande, surtout que la musique tend à prendre le dessus sur tout. Les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants sont également disponibles.

Crédits images : © Rimini Éditions / TF1 Films Productions / Gemini Filmproduction / Cecchi Gori Group Tiger / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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