
TOUT L’OR DU MONDE réalisé par René Clair, disponible en DVD & Blu-ray le 21 juillet 2026 chez Coin de Mire Cinéma.
Acteurs : Bourvil, Alfred Adam, Philippe Noiret, Claude Rich, Colette Castel, Annie Fratellini, Nicole Chollet, Max Elloy…
Scénario : René Clair, Jean Marsan & Jacques Rémy
Photographie : Pierre Petit
Musique : Georges Van Parys
Durée : 1h29
Date de sortie initiale : 1961
LE FILM
Lassé par le bruit et la pollution des villes, un promoteur immobilier, Victor Hardy, décide de créer un lieu idéal qu’il nomme Longuevie. Il décide pour cela d’acheter le petit village de Cabosse et sa source qui serait à l’origine de la longévité des habitants. Il réussit à convaincre le maire et tous les habitants sauf un, le vieux Mathieu, un paysan obstiné, et son fils Toine, qui posent des conditions qui compromettent l’opération…

Depuis son retour des États-Unis, tout va pour le mieux pour René Clair (1898-1981). Rendez-vous compte, du Silence est d’or (1947) à La Française et l’Amour (1960), ses films ont attiré près de 23 millions de spectateurs dans les salles françaises. Après son sketch dit du Mariage pour le film collectif La Française et l’Amour, le réalisateur dirige Bourvil pour la seule et unique fois de sa carrière. Ainsi, après Maurice Chevalier, François Périer, Michel Simon, Gérard Philipe, Michèle Morgan et Pierre Brasseur, René Clair s’octroie le talent d’un autre monstre du cinéma, Bourvil donc, pour Tout l’or du monde, dans lequel le comédien incarne pas moins de trois personnages, sur le même modèle que Fernandel dans Le Mouton à cinq pattes de Henri Verneuil. Cette comédie qui connaîtra un grand succès à sa sortie avec près de 2,5 millions d’entrées, annonce étonnamment Le Viager de Pierre Tchernia, que ce dernier signera avec René Goscinny dix ans plus tard. Avec ce personnage d’irréductible paysan à moustaches qui résiste encore à l’envahisseur (immobilier), il y a aussi une touche d’Astérix dans Tout l’or du monde, ce qui est plus plausible, puisque le petit gaulois avait fait son apparition dans le numéro 1 du journal Pilote en octobre 1959. Autant dire que la redécouverte est plus que jamais conseillée, tout comme il est toujours bon de se replonger dans l’élégance du cinéma de René Clair.



C’est dans le village de Cabosse situé au centre de la France que le taux de mortalité est le plus bas, en d’autres termes que la moyenne de vie est la plus longue. Quelques lignes publiées à ce sujet par un statisticien ont enflammé l’imagination de Victor Hardy qui est un grand homme d’affaires. Pourquoi ne pas vendre de la longévité ? À Cabosse, le terrain ne vaut presque rien, mais il vaudra très cher quand ce village sera devenu le domaine de Longuevie (avec sa source thermale, ses hôtels, son casino, son golf, etc.). En quelques semaines, Victor et son associé Fred ont récolté des promesses de vente qu’ont signées tous les propriétaires du canton. Tous, sauf un : le vieux Mathieu Dumont…


Certains l’ignorent, mais l’affiche originale d’exploitation de Tout l’or du monde présente bien Bourvil dans son double-rôle principal, Toine, la jeune quarantaine, et le vieux Mathieu. Le comédien semble prendre beaucoup de plaisir à passer d’une identité à l’autre, tandis que le montage, malin, nous fait croire à l’interaction entre le père bougon et son fils, berger qui passe les trois quarts de ses journées en haute montagne, avec ses moutons. Tout irait pour le mieux dans ce petit paradis terrestre, mais c’était sans compter sur un promoteur immobilier sans scrupule, qui décide d’exploiter ce coin perdu réputé pour favoriser la longévité de ses habitants…Les gens du coin acceptent cette proposition alléchante. Tous ? Non ! Car un paysan obstiné s’oppose encore et toujours aux parisiens tête de chien, en leur plombant les fesses de gros sel. Alors les « parigos » se tournent vers son fils, Toine, sans doute plus « tendre » et donc facile à convaincre.


Tout l’or du monde passe un peu du coq à l’âne et l’on retiendra moins la partie parisienne où Toine est élevé au rang de vedette par l’intermédiaire de la presse et de la télévision, que le premier et le dernier acte qui se déroulent dans la petite bourgade, qui paraissent plus inspirer. Ceci dit, le réalisateur anticipe l’engouement pour les célébrités soudaines et éphémères qui font les choux gras, ainsi que les « animateurs » de la télé dite poubelle. Le film demeure non seulement pertinent et intelligent, mais aussi un savoureux divertissement qui repose sur de formidables acteurs. Bourvil sort des cartons successifs des Misérables de Jean-Paul Le Chanois, du Bossu et du Capitan d’André Hunebelle et de Fortunat d’Alex Joffé quand il tourne Tout l’or du monde. La même année, il retrouvera Alex Joffé pour le méconnu et étonnant Le Tracassin ou Les Plaisirs de la ville, parfois proche dans sa critique sociale et dans ses partis-pris du film de René Clair. Alfred Adam, qui incarnera aussi en 1961 le chauffeur de Jean Gabin dans Le Président de Henri Verneuil, est impeccable, Philippe Noiret, dans un de ses premiers vrais rôles au cinéma, est suintant à souhait, Claude Rich, lui aussi au début de sa carrière sur grand écran, vole la vedette à chaque apparition par son énergie, son phrasé unique et son charisme. On reconnaîtra aussi la jeune Françoise Dorléac, trois ans avant d’exploser dans L’Homme de Rio de Philippe de Broca.


René Clair, tout juste nommé à l’Académie française et qui n’avait plus rien à prouver, dirige tout ce beau monde tel un chef d’orchestre, dans le seul but de distraire et de donner du bon temps au public.


LE BLU-RAY
Plus de vingt ans après sa première édition en DVD chez LCJ Éditions & Productions (dans l’anthologie Les Films du Collectionneur), Tout l’or du monde revient dans les bacs en DVD et pour la première fois en Blu-ray chez Coin de Mire Cinéma, dans un nouveau master restauré 4K. La dernière vague à ce jour de l’éditeur se compose des opus suivants : Un aller simple (1971, restauré HD) et Où est passé Tom ? (1971, restauré 4K) de José Giovanni, de Peau de banane (1963, restauré 4K) de Marcel Ophüls et Échappement libre (1964, restauré 4K) de Jean Becker, ainsi que de Tout l’or du monde (1961, restauré 4K) de René Clair, soit cinq nouveaux titres qui rejoignent la collection dite de La Séance Sélection, qui a démarré en octobre 2018 et que nous accompagnons depuis les débuts. Aujourd’hui, nous nous penchons sur Tout l’or du monde. Le disque HD repose dans un boîtier classique de couleur noire. Jaquette comme toujours très élégante, qui arbore les couleurs habituelles de l’anthologie. Le tout est glissé dans un surétui cartonné, liseré bleu. Le menu principal est fixe et musical. Si vous désirez en savoir plus sur cette collection, n’hésitez pas à relire notre critique d’Archimède le clochard, la première que nous avons réalisée pour le compte de l’éditeur !

Si vous sélectionnez de visionner le film en mode « Séance », l’éditeur vous propose de regarder les informations, les réclames publicitaires et une bande-annonce, celle du Tracassin ou Les Plaisirs de la ville (prochainement à l’affiche).
On attaque avec les actualités de cette 44è semaine de l’année 1961 (9’). Grève dans les transports parisiens, celles et ceux qui doivent se rendre au travail devront s’armer de patience s’ils ont pris leur voiture, qui se retrouvera coincée dans les innombrables embouteillages. Au Jardin d’acclimatation, on célèbre la « cravate du jour ». En Angleterre, les 300.000 habitants d’une ville sont invités à venir se faire vacciner contre la polio. Un avion intercontinental allemand a survolé le ciel souillé par les dernières bombes soviétiques : résultat, le compteur Geiger s’est affolé, car l’engin est désormais contaminé par les poussières radioactives. À l’Élysée, De Gaulle reçoit Hubert Maga, président de la république du Dahomey. À Berlin, un hélicoptère survole la ville séparée en deux par un mur. Puis, on célèbre les 80 ans de Pablo Picasso.













Place aux publicités ! (12’25) Vous prendrez bien une crème glacée Kim, « préparée à la crème fraîche de Normandie » ? Sinon, régalez-vous avec des caramels Isicrem (« en vente dans cette salle ! ») ! Place aux autres produits divers, comme l’huile Shell X-100 Multigrade, la lingerie Scandale, les cigarettes Marigny (« Toutes les femmes devraient offrir les cigarettes Marigny à leur mari ! »), Gitanes et Gauloises, les sweaters Vitos (« Se lave en une minute, sèche en une nuit et ne se repasse pas ! »), les maquillages Gemey, la laque Elnett, l’eau de Cologne Moustache, l’estafette Renault, l’eau Perrier et les biscuits Petit Brun ! Il y en a pour tous les goûts !













En ce qui concerne Tout l’or du monde proprement dit, nous découvrons un petit making of d’époque (4’30), composé d’images de tournage dans le village de Castillonès, situé dans le Lot-et-Garonne, rebaptisé pour l’occasion Cabosse. René Clair s’affaire avec ses acteurs, le réalisateur s’exprime rapidement sur l’histoire de Tout l’or du monde (« Ce n’est pas un film à message ou à idées, une comédie de mœurs peut-être… »), tandis que Bourvil et Alfred Adam apparaissent aussi brièvement.







Bourvil est l’invité d’une émission de télévision, durant laquelle il évoque sa rencontre avec René Clair, qui l’intimidait, avant de se rendre compte que cet homme « très gentil et courtois » n’était pas le dernier à plaisanter et à faire des farces à quelques membres de l’équipe (3’15).

Julien Comelli a fort à faire sur cette nouvelle vague Coin de Mire et le journaliste spécialisé dans la culture pop intervient cette fois encore ici pour nous présenter Tout l’or du monde (14’20). Il nous présente tout d’abord le scénario du film publié chez Gallimard en 1961, qui contient notamment un avant-propos du réalisateur (qui fait l’objet du bonus suivant), dans lequel René Clair règle plus ou moins ses comptes avec les trublions de la Nouvelle vague, qui l’avaient placé dans le lot des « vieux » metteurs en scène. Julien Comelli, qui au passage parle aussi de Jean Renoir, de Marcel Carné et de Julien Duvivier (les autres « grands maîtres » du titre choisi pour ce bonus), en vient au casting de Tout l’or du monde, du challenge pour Bourvil d’incarner plusieurs personnages, au fait divers qui a inspiré René Clair pour son récit, ainsi qu’aux divers partis-pris et scènes qui ne sont pas sans anticiper Le Viager de Pierre Tchernia.

Sur un montage constitué d’images de Tout l’or du monde, Erwan Le Gac lit la préface écrite par René Clair lors de la publication du scénario de son film chez Gallimard (4’20). Un avant-propos franc et direct, dans lequel le réalisateur parle entre autres de son sain rapport avec les spectateurs (« les films sont faits pour éviter l’ennui, pour divertir »).

L’interactivité se clôt sur un lot de bandes-annonces.
L’Image et le son
Tout l’or du monde n’avait sûrement jamais été présente dans de telles conditions. Les contrastes affichent d’emblée une densité vraisemblablement inédite, les noirs sont profonds, la palette de gris riche et les blancs lumineux. Les arrière-plans sont bien gérés, le grain original est respecté, le piqué est souvent dingue et les détails regorgent sur les visages des comédiens. Avec tout ça, on oublierait presque de parler de la restauration 4K du film, réalisée par Studio TF1 Cinéma avec l’aide du C.N.C. et de Coin de Mire Cinéma, à partir des négatifs image et son français. Celle-ci se révèle impressionnante, aucune scorie (ou presque, une rayure verticale ici et là) n’a survécu au scalpel numérique, l’encodage AVC consolide l’ensemble du début à la fin, le relief des matières est palpable. La photo est resplendissante et le cadre, au format respecté, brille de mille feux. Ce master très élégant permet de (re)découvrir ce film un peu oublié de René Clair.
La partie sonore a été restaurée numériquement. Résultat : aucun souci acoustique constaté sur ce mixage DTS-HD Master Audio Mono. Le confort phonique de cette piste unique est total, les dialogues sont clairs et nets. La musique de Georges Van Parys est joliment délivrée et aucun craquement intempestif ne vient perturber l’oreille des spectateurs. L’éditeur joint également les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.



Crédits images : © Coin de Mire Cinéma / Studio TF1 Cinéma – SECA – CINERIZ / Walter Limot / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
