
LE CRIME DU 3e ÉTAGE réalisé par Rémi Bezançon, disponible en DVD le 9 juillet 2026 chez M6 Vidéo.
Acteurs : Gilles Lellouche, Laetitia Casta, Guillaume Gallienne, Isabel Aimé González-Sola, Matthias Jacquin, Jenna Knafo, Katayoon Latif, Bénédicte Choisnet…
Scénario : Rémi Bezançon
Photographie : Pierre Cottereau
Musique : Laurent Perez del Mar
Durée : 1h40
Date de sortie initiale : 2026
LE FILM
Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette pour ce prétendu crime. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque, et, à mesure que les indices s’accumulent et que le mystère s’épaissit, ce couple ordinaire se transforme en duo de détectives hors pair. Alors, y a-t-il vraiment eu un crime au 3e étage ?

S’il y a un réalisateur français à la carrière atypique depuis une vingtaine d’années, c’est bel et bien Rémi Bezançon (né en 1971). Entre succès honnêtes (Ma vie en l’air, Un heureux événement, Le Mystère Henri Pick), échecs cinglants (Nos futurs, Un coup de maître) et deux beaux hits (Le Premier Jour du reste de ta vie – nommé 9 fois aux César, Zarafa coréalisé avec Jean-Christophe Lie), il est difficile de cerner l’univers du metteur en scène. Toutefois, on ne pourra pas lui retirer une vraie et grande sensibilité, qui a toujours traversé sa filmographie, ainsi qu’un spleen, sans oublier une solide direction d’acteurs. Après le bide rencontré par Un coup de maître (qui n’a pas franchi la barre des 100.000 entrées), Rémi Bezançon retrouve Gilles Lellouche, auquel il avait offert l’un de ses meilleurs rôles dans les années 2000 (le pote encombrant dans Ma vie en l’air), pour une fantaisie très inspirée (euphémisme) par Fenêtre sur cour – Rear Window d’Alfred Hitchcock et Meurtre mystérieux à Manhattan – Manhattan Murder Mystery de Woody Allen. Si l’on est tout de même à deux doigts du plagiat du second, Le Crime du 3e étage tire son épingle du jeu grâce à la légèreté des comédiens, ainsi qu’à leur indéniable complicité. Le pétillant tandem Gilles Lellouche – Laetitia Casta fonctionne à plein régime et l’on suit avec amusement cette agréable comédie, qui ne se prend pas au sérieux et qui fait de multiples clins d’oeil aux cinéphiles.


Yann Kerbec, comédien, invite ses nouveaux voisins à une représentation de l’Hamlet dans lequel il joue. François Tarnowski, écrivain de romans policiers historiques, n’est guère enthousiasmé par l’idée, mais sa compagne, Colette Courreau, spécialiste d’Alfred Hitchcock, le convainc de ne pas laisser passer cette occasion d’une sortie. Au retour du spectacle, elle est témoin d’une scène dans l’appartement en vis-à-vis dans lequel logent désormais Yann et de son épouse. Colette est persuadée d’avoir été le témoin d’un crime en regardant par sa fenêtre sur cour comme dans le film de Hitchcock de ce nom.


Il y a aussi une référence évidente au Magnifique de Philippe de Broca avec ce « film dans le film », quand François s’imagine dans la peau de son personnage, Guillaume Marchenville aka Le Marquis de la Rose, détective à la Nicolas Le Floch, grâce auquel il peut laisser libre cours à ses fantasmes, en y intégrant son épouse Colette (sous le nom de Rebecca Daumas-Gassac), avec laquelle la routine s’est installée avant l’heure. Les deux sont d’ailleurs en crise, font chambre à part, s’écoutent à peine, en attendant, en espérant, que l’un fasse peut-être le premier pas. On ne sait pas comment, ni pourquoi le couple en est arrivé là. Il n’y a pas d’enfant avec eux. Ceci explique peut-être cela, rien ne sera dit sur le sujet. Toujours est-il qu’un élément va les sortir de cette vie pépère. Colette, universitaire passionnée par l’œuvre d’Hitchcock, dont elle enseigne l’oeuvre à la Sorbonne, se persuade que le voisin d’en face (Guillaume Gallienne, excellent), de l’autre côté de la cour, a assassiné sa femme. Avec son mari, elle se lance dans une enquête aussi risquée qu’absurde. L’occasion pour le couple de se retrouver, de sourire à nouveau, de se regarder.


Rien de tout ceci n’est évidemment plausible, ni réaliste. Par ses partis-pris, Le Crime du 3e étage rappelle étrangement certaines œuvres de Pascal Thomas (y compris l’affiche du film et sa typographie), notamment la trilogie Mon petit doigt m’a dit…/Le Crime est notre affaire. De là à dire que Rémi Bezançon a mûri, il n’y a qu’un pas. Son cinéma s’est « assagi » dans le sens où il a évolué en même temps que son public, à l’instar de Gilles Lellouche, qui avait seulement 32 ans dans Ma vie en l’air et qui est désormais rendu au mitan de sa cinquantaine. Cela lui va bien de prendre de la bouteille, tout comme Laetitia Casta, qui n’a jamais été aussi convaincante depuis quelques années. La comédienne est très à l’aise et spontanée dans le registre de la comédie et celle-ci s’en donne à coeur joie dans Le Crime du 3e étage, où elle donne également, grâce à la magie des effets spéciaux, la réplique au maître du suspense.


Rémi Bezançon ne cache pas le dispositif quelque peu théâtral de son dispositif (il est fort probable qu’une adaptation sur scène voir le jour), avec ses deux appartements rapprochés qui rappellent le tournage en studio des films de sir Alfred Hitchcock (dont on retrouve aussi l’âme dans la musique de Laurent Perez del Mar, aux accents « hermanniens »), qui créait une sensation étouffante dans ses thrillers sophistiqués. On rit pas mal mine de rien devant ce Crime du 3e étage, qui épouse un rythme soutenu du début à la fin, qui ne manque sûrement pas de charme et qui remplit son contrat, faire oublier les tracas du quotidien pendant 90 minutes, tout en rendant un bel hommage au cinéma.


LE DVD
Malgré son score honnête dans les salles avec près de 450.000 entrées, Le Crime du 3e étage ne dispose que d’une édition DVD chez M6 Vidéo. La jaquette, glissée dans un boîtier Amaray classique transparent, reprend le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Même chose concernant le menu fixe et musical.

Aucun supplément.
L’Image et le son
L’éditeur se rattrape sur la qualité technique et force est de constater que le rendu du master est superbe ! La colorimétrie est vive et chatoyante, les teintes chaudes et froides s’allient avec homogénéité, le piqué est acéré. Le cadre fourmille de détails, l’on se régale des séquences extérieures d’une belle clarté. Relief, précision, richesse des contrastes, définition au top, un vrai sans-faute.

Immersion totale que cette piste Dolby Digital 5.1 qui offre un confort sonore dynamique et un bel écrin acoustique. Les dialogues sont exsudés avec force par la centrale, la balance frontale est ardente et les ambiances en extérieur ne sont jamais oubliées. L’éditeur joint les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant, ainsi qu’une piste en audiodescription.


Crédits images : © M6 Vidéo / Julien Panié – Jerico Films – SND / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr
