Test Blu-ray / Rue Málaga, réalisé par Maryam Touzani

RUE MÁLAGA réalisé par Maryam Touzani, disponible en DVD & Blu-ray le 7 juillet 2026 chez Ad Vitam.

Acteurs : Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso, Sanae Regragui, Miguel Garcés, La Imén, Tarik Rmili…

Scénario : Nabil Ayouch & Maryam Touzani

Photographie : Virginie Surdej

Musique : Freya Arde

Durée : 1h56

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l’a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d’une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir.

Maryam Touzani est tout d’abord remarquée pour son travail comme scénariste pour Much Loved (2015), réalisé par son compagnon Nabil Ayouch, interdit dans les salles marocaines par les autorités du pays en raison de son sujet brûlant, la prostitution. Elle se lance à son tour derrière la caméra pour signer son premier long-métrage comme réalisatrice, Adam, sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un certain regard et qui remporte plus d’une vingtaine de prix dans le monde. Elle devient également la première femme marocaine à prétendre à l’Oscar en 2020. Elle revient sur la Croisette en 2022, toujours dans la même section, pour y présenter cette fois Le Bleu du caftan, qui se penche sur la vie d’un homme marié et homosexuel dans le Maroc répressif d’aujourd’hui, film qui lui vaut d’être récompensée par le prix FIPRESCI. Avec Rue Málaga elle rend hommage à sa grand-mère, tourne pour la première fois en espagnol et situe son récit à Tanger, où elle est née et a passé une bonne partie de sa jeunesse, comme beaucoup d’espagnols ayant fui le régime franquiste, qui se sont installés dans ce port marocain, pour ne plus jamais en repartir. Qui de mieux que la grande Carmen Maura pouvait le mieux incarner cette force et cette vitalité d’une « jeune » femme de 80 printemps ? Encore très active, la comédienne qui aura tourné sept fois avec Pedro Almodóvar, qui détient encore à ce jour le record du plus grand nombre de prix Goya de la meilleure actrice principale (qu’elle a obtenu à trois reprises) et qui fête bientôt ses soixante ans de carrière trouve incontestablement l’un de ses plus beaux rôles dans Rue Málaga, dans lequel elle est pour ainsi dire de toutes les scènes, de tous les plans, où elle crève l’écran une fois de plus. Maryam Touzani la filme sous tous les angles, capture sa peau, ses rides, ses tâches en gros plans, célèbre la vieillesse, la vie qui reste, l’amour, y compris la sexualité. Et c’est superbe.

Maria est à l’aube de ses 80 ans. Espagnole installée depuis 40 ans à Tanger, elle savoure son quotidien dans cet appartement dans lequel elle a vécu de longues années de bonheur avec son mari, décédé il y a une vingtaine d’années. Sa fille Clara, infirmière habitant Madrid, où elle élève désormais seule ses deux enfants, Sonia et Victor, débarque en ville. Cette dernière, divorcée et ayant besoin d’argent, émet le souhait de vendre leur appartement marocain, qui est en réalité à son nom. Résignée au bout de quelque temps, Maria Angeles vend meubles, trie des vêtements, donne à sa voisine son plat à paella, s’installe dans une maison de retraite locale. Mais rapidement excédée, elle organise un faux départ pour Madrid et réussit à se cacher dans son ancien appartement, où des visites d’acquéreurs potentiels ont lieu…

Rue Málaga Calle Málaga a rencontré un beau succès dans les salles françaises avec plus de 265.000 entrées. Maryam Touzani (née en 1980) voit sa cote grimper en flèche de film en film et a battu son propre record détenu jusqu’à présent par Le Bleu du caftan (210.000 spectateurs). Ancienne journaliste et documentariste, elle filme les rues de Tanger avec sensualité, restitue les ambiances ininterrompues (gros travail sur le son), son brassage des cultures et des langues, les parfums des boutiques placées autour de l’appartement de Maria, nous fait ressentir le vent lors d’une virée au bord de mer dans une décapotable. Nous partageons l’existence de cette dame d’un âge respectable durant près de deux heures et passer un peu plus de temps avec elle ne nous aurait pas dérangés.

On se sent bien à ses côtés, on souhaiterait l’aider, la défendre. Mais on se rend compte très vite que Maria n’est pas du genre à se laisser faire ou à se laisser dicter sa conduite. Elle se fond parfaitement dans la masse, y compris auprès des jeunes, qui ne l’impressionnent guère et dont elle adopte, quand il le faut, le même langage. Maria est viscéralement attachée à cette terre, à laquelle elle se sent appartenir. Alors, quand sa fille, impeccablement campée par la magnifique Marta Etura (Malveillance, The Impossible), vient lui annoncer qu’elle va vendre l’appartement, Maria voit son univers s’écrouler. Mais elle va immédiatement et secrètement relever la tête en se rebellant, en squattant littéralement son petit nid douillet. Jusqu’à quand ? Normalement quand l’appartement trouvera preneur. En attendant, Maria profite et tombe même amoureuse.

La dernière image de ce film drôle et délicat entretient une certaine ambiguïté et le spectateur est libre d’interpréter le dénouement comme il le souhaite. On passe un formidable moment aux côtés de Maria, avec laquelle on rit, on aimerait partager une bière en regardant un match de football (même si on déteste ça), en espérant qu’elle s’en sorte, qu’elle soit heureuse et apaisée.

LE BLU-RAY

Après son beau succès dans les salles, Rue Málaga, comme c’était le cas pour Adam et Le Bleu du caftan, débarque en DVD et en Blu-ray chez Ad Vitam. Le visuel reprend celui de l’affiche d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Aux côtés de la bande-annonce et du Dossier de presse disponible en partie ROM, l’éditeur fournit deux interviews réalisées à l’occasion de la sortie française de Rue Málaga. Dans la première, Carmen Maura (4’) s’exprime sur les conditions de tournage à Tanger, sur sa rencontre avec Maryam Touzani, avant d’expliquer comment elle a créé son personnage, tout en indiquant qu’elle n’a rencontré aucune difficulté à tourner nue. De son côté, la réalisatrice (11’) se penche sur la genèse de Rue Málaga (« un film né de la douleur et de la perte de ma mère »), sur l’importance de tourner à Tanger (sa ville natale) et sur ses intentions (« C’est une lettre d’amour à cette ville, aux liens humains, aux sons de la rue […] J’avais envie de faire sentir les odeurs et le soleil de Tanger »). Maryam Touzani parle aussi de sa rencontre avec Carmen Maura (qui a accepté très vite de faire le film), de son envie de célébrer la vieillesse et sa beauté, la vie, l’amour et la sensualité, montrer la beauté des corps vieillissants, de sublimer les rides.

L’Image et le son

Ad Vitam livre une édition HD de Rue Málaga de très grande classe et même irréprochable. Full HD (1080p), cette édition restitue les superbes couleurs de la photo signée Virginie Surdej (Much Loved, Une famille syrienne, Everybody Loves Touda) qui fait la part belle aux teintes chatoyantes, parfois ambrées, le piqué est acéré, les détails abondants et les contrastes tranchants. La luminosité des scènes diurnes flatte constamment la rétine, le relief est omniprésent.

Deux versions, originale et française 5.1., qui font jeu égal. Celles-ci s’avèrent tout d’abord dynamiques, spatialisées avec une ardeur inattendue. Les latérales sont actives dès la première image, les frontales sont également percutantes et le spectateur est immédiatement plongé dans l’ambiance de la rue éponyme. Après certains effets remuants, le mixage suit l’évolution du film, qui devient plus « intimiste » et le principal de l’action reste la plupart du temps axé sur les enceintes avant. En revanche, les dialogues restent souvent fluides sur l’enceinte centrale. Présence de deux Stéréos percutantes et qui devraient largement contenter celles et ceux qui ne seraient pas équipés sur la scène arrière, sans oublier une piste Audiodescription et les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant.

Crédits images : © Les Films du Nouveau Monde / Ad Vitam / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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