Test Blu-ray / Mission 633, réalisé par Walter Grauman

MISSION 633 (633 Squadron) réalisé par Walter Grauman, disponible en DVD et Blu-ray le 22 juillet 2021 chez Rimini Editions.

Acteurs : Cliff Robertson, George Chakiris, Maria Perschy, Harry Andrews, Donald Houston, Michael Goodlife, John Meillon, John Bonney…

Scénario : James Clavell & Howard Koch, d’après le roman de Frederik E. Smith

Photographie : Edward Scaife

Musique : Ron Goodwin

Durée : 1h35

Année de sortie : 1964

LE FILM

En Norvège pendant la seconde Guerre Mondiale, la catastrophe est imminente : les services secrets britanniques ont repéré une usine de carburant, destinée à alimenter les fusées allemandes. Le commandant Bergman dispose de très peu de temps pour entraîner l’escadrille 633 en vue de la périlleuse mission qui attend ses hommes : détruire l’usine avant qu’il ne soit trop tard.

Les années 1960 ont vu fleurir moult films consacrés aux événements ayant marqué la Seconde Guerre mondiale. On peut citer en vrac L’enfer est pour les héros Hell is for Heroes de Don Siegel, bien évidemment Le Jour le plus long The Longest Day de Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald et Darryl F. Zanuck, Les Canons de Navarone – The guns of Navarone de J. Lee Thompson, Les Maraudeurs attaquent Merrill’s Marauders de Samuel Fuller, La Grande Pagaille Tutti a casa de Luigi Comencini et La Grande Évasion The Great Escape de John Sturges. C’est ce dernier qui devait réaliser le film qui nous intéresse aujourd’hui, Mission 633 633 Squadron. Dès la fin des années 1950, le cinéaste prend en main le scénario avec l’aide de Rod Serling, créateur en 1959 de la mythique série La Quatrième dimension The Twilight Zone, tout en pensant offrir le rôle principal à Jack Lord (Les Détrousseurs d’Alan Rafkin). Mais John Sturges abandonne le projet au profit des Sept Mercenaires The Magnificent Seven, grandement inspiré du film japonais Les Sept Samouraïs réalisé par Akira Kurosawa en 1954. Mission 633 revient donc dans l’escarcelle du producteur américain Walter Mirisch, producteur exécutif des Sept Mercenaires, de L’Homme de l’Ouest d’Anthony Mann, de Deux sur la balançoire de Robert Wise et de La Grande évasion, qui emballé par le roman de Frederick E. Smith et voyant que les films de guerre ont fla cote auprès des spectateurs, reste convaincu du potentiel commercial du film. Ce sera finalement Walter Grauman (1922-2015), réalisateur américain jusqu’alors spécialisé dans les séries télévisées (L’Homme à la Rolls, Les Incorruptibles, Le Gant de velours, Perry Mason), qui ne compte qu’un seul long-métrage à son actif (La Sorcière du diableThe Disembodied en 1957), qui se voit confier les manettes de cette production confortable, au casting porté par Cliff Robertson (1923-2011), vu dans Picnic de Joshua Logan, Feuilles d’automne Autumn Leaves de Robert Aldrich, Les Nus et les Morts The Naked and the Dead de Raoul Walsh et Les Bas-fonds new-yorkais Underworld U.S.A. de Samuel Fuller, et George Chakiris, tout juste auréolé de l’Oscar et du Golden Globe du Meilleur acteur dans un second rôle pour West Side Story. Représentatif de son époque, Mission 633 n’a certes pas le prestige des grands classiques et chefs d’oeuvre du genre, il n’a d’ailleurs jamais eu la prétention de rivaliser avec eux, mais n’en demeure pas moins un excellent divertissement, mené sans temps mort, formidablement interprété et mis en scène avec beaucoup de savoir-faire. Et pour vous convaincre d’y jeter un coup d’oeil, sachez que le point culminant de 633 Squadron, autrement dit la scène où l’escadron vole à travers le fjord norvégien en évitant le feu des canons anti-aériens, inspirera George Lucas pour la séquence dite de la tranchée du tout premier Star Wars !

Après que le chef de la résistance norvégienne, le lieutenant de la Marine royale norvégienne, Erik Bergman (George Chakiris, qui a un peu de mal à passer pour un scandinave) se soit rendu en Grande-Bretagne pour signaler l’emplacement d’une usine allemande de carburant pour fusées V-2, le 633e Escadron de la Royal Air Force est chargé de la détruire. L’escadron est dirigé par le colonel Roy Grant (Cliff Robertson, la classe), un ancien pilote de l’Eagle Squadron, américain servant dans la RAF avant que les États-Unis n’entrent en guerre. L’usine ciblée se trouve dans un endroit apparemment imprenable, au coeur d’une falaise, au bout d’un long et étroit fjord bordé de nombreux canons anti-aériens. La seule façon de détruire l’usine est de bombarder la falaise jusqu’à ce qu’elle s’effondre et enterre l’installation, un travail pour les Mosquitos, rapides et maniables du 633e Escadron. L’escadron s’entraîne en Écosse, où se trouvent des vallées étroites semblables au fjord. Là, Grant est présenté à la sœur de Bergman, Hilde (la sexy Maria Perschy, vue dans Freud, passions secrètes de John Huston et Le Sport favori de l’homme Man’s Favorite Sport de Howard Hawks). Ils sont attirés l’un par l’autre, malgré l’aversion de Grant pour les relations en temps de guerre. La résistance norvégienne est chargée de détruire les défenses antiaériennes de l’installation immédiatement avant l’attaque prévue. Lorsque des renforts allemands inattendus arrivent, Bergman retourne en Norvège pour essayer de rassembler plus de forces. Cependant, il est capturé alors qu’il transportait des armes dont il avait désespérément besoin, emmené au siège de la Gestapo et torturé pour information. Comme Bergman en sait trop, il faut le faire taire avant qu’il ne craque et dévoile toute l’opération.

Si Mission 633 vaut assurément le coup d’oeil, c’est pour ses scènes aériennes, littéralement bichonnées par Walter Grauman, collectionneur d’avions d’époque et ancien pilote de bombardier de l’United States Army Air Forces. Il signe une petite épopée aux protagonistes très attachants, prenant bien soin de dépeindre un par un les éléments de l’escadron, dont chaque pilote aurait bien voulu profiter d’une permission bien méritée, mais où tous sont envoyés au casse-pipe, dans une mission disons-le suicide, où très peu sont susceptibles de revenir indemnes. 633 Squadron n’est pas adapté d’une histoire vraie, mais de divers épisodes survenus durant la Deuxième Guerre Mondiale, narrés dans le livre éponyme – publié en 1956 – de Frederick E. Smith, également l’auteur du formidable Devil Doll La Poupée diabolique (1964) de Lindsay Shonteff, raccordés à une intrigue fictive. L’écrivain était lui aussi un ancien officier de la Royal Air Force et s’inspirait ici de quelques vraies opérations. Walter Grauman disposait donc d’un sérieux bagage technique, de connaissances approfondies sur son sujet et de moyens suffisants qui allaient lui permettre d’utiliser d’authentiques avions d’époque et surtout de tourner le premier film d’aviation en couleur et en Panavision. Si les effets spéciaux, les miniatures surtout, se voient parfois, le montage de Bert Bates (Les Amants du Capricorne Under Capricorn d’Alfred Hitchcock, Le Deuxième Homme The Running Man de Carol Reed) est suffisamment roublard et efficace pour lier les prises de vue réelles et les maquettes destinées à percuter la fameuse falaise qui donne du fil à retordre à l’équipe.

Quelque peu accueilli froidement par une critique blasée, qui s’attaquait notamment au jeu des comédiens et à l’intrigue « passe-partout », Mission 633 a été très bien reçu par les spectateurs du monde entier, tandis que la réussite des scènes aériennes était saluée de toutes parts. Aujourd’hui considéré comme l’un des cent plus grands films de guerre par le public anglais (où le film passait régulièrement les jours fériés, plus particulièrement pendant les fêtes de fin d’année), 633 Squadron contient son lot d’actes héroïques, d’amitié virile, de beuveries au pub du coin, sans oublier l’amourette de service et l’ensemble fonctionne encore très bien.

LE BLU-RAY

En cherchant bien, on trouve une ancienne édition DVD de Mission 633, sortie en 2003 chez MGM / United Artists, aujourd’hui épuisée et ne disposant que de la bande-annonce en guise de bonus. Rimini déterre le film de Walter Grauman et le propose à la fois en éditions Standard et en Blu-ray. Visuel très élégant, sérigraphie soignée, boîtier de couleur noire glissée dans un surétui cartonné. Le menu principal est animé et musical.

Kim Newman est déjà apparu à travers de nombreux suppléments en DVD et Blu-ray, comme sur les galettes du Chien des Baskerville, Harlequin, And Soon the Darkness et Je suis un aventurier. Comme la plupart du temps vêtu de son gilet rouge, l’auteur et critique replace Mission 633 dans le contexte du film de guerre dans les années 1960, tout en partageant ses souvenirs personnels liés au film de Walter Grauman, qu’il regardait très souvent lors de ses diffusions à la télévision les jours fériés (24’). Kim Newman a toujours cette fâcheuse tendance à partir dans tous les sens et va pas forcément au bout de ses arguments. Mais l’enthousiasme du bonhomme pour 633 Squadron est réel et l’on suit avec plaisir cette présentation qui revient entre autres sur l’évolution du film de guerre, sur les liens entre Mission 633 et Les Briseurs de barrages The Dam Busters (1955) de Michael Anderson, sur la musique de Ron Goodwin, sur l’atmosphère du film (« proche de celle d’un film de braquage »), sur le casting, sur le roman de Frederick E. Smith, sur le réalisateur, etc.

Le segment intitulé Un équipage de haut-vol : la stratégie des frères Mirisch (19’), donne la parole à l’historien du cinéma Paul Kerr, qui comme son titre l’indique aborde l’histoire de Walter Mortimer Mirisch (qui fêtera ses cent ans cette année), éminent producteur qui compte à son actif L’Invasion des profanateurs de sépultures, La Loi du Seigneur, L’Homme de l’Ouest, Les 7 mercenaires, West Side Story, La Rumeur, La Grande Évasion, La Panthère rose, Dans la chaleur de la nuit, L’Affaire Thomas Crown, Scorpio, Monsieur Majestyk, Sauvez le Neptune !, Un violon sur le toit et le Dracula de John Badham. Cela, sans compter les innombrables séries B qui ont fait la petite renommée de la Mirisch Company avant que la société accède au prestige des séries A, puis de connaître le déclin au début des années 1970. Parallèlement à ce retour historique, Paul Kerr donne lui aussi quelques détails sur la production de Mission 633 et s’avère d’ailleurs beaucoup plus intéressant et complet que Kim Newman.

Le dernier supplément, Mission Impossible : analyser Mission 633 (17’), arrive un peu après la bataille et mixe les deux bonus précédents. L’universitaire Dr Russ Hunter reprend peu ou prou ce qui a déjà été entendu au cours des présentations de Kim Newman et Paul Kerr, en apportant finalement peu d’éléments nouveau. Ah si, on ne le remerciera jamais assez de s’en prendre au Dunkerque de Christopher Nolan, car chaque critique négative sur cet usurpateur est toujours bonne à prendre.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Bon…il y a à boire et à manger avec ce master HD. De Haute-Définition, il n’y a pas non plus de fulgurances. L’ensemble est totalement aléatoire. Un champ-contrechamp peut à la fois paraître impeccable, stable, détaillé, mais aussi flou, constellé de poussières, avec une texture argentique hasardeuse. Par exemple, quand le plan d’attaque est exposé à la dixième minute ou lors de l’arrivée d’Hilde dans le pub à la trentième minute, les scories ont tendance à se multiplier, des fourmillements font leur apparition, le piqué s’émousse, les couleurs sont défraîchies. Tous ces défauts apparaissent dès le tout premier plan du film avec un grain épais, des tâches et autres marques du passé qui indiquent que Mission 633 n’a pas connu les honneurs d’une restauration, non seulement poussée, mais encore moins récente. Les fondus enchaînés s’accompagnent de décrochages. Certaines séquences ou une poignée de plans sortent du lot et les couleurs s’en sortent plutôt bien. Le master est au format 1080p.

Les pistes anglaise et française (Cliff Robertson bénéficie du doublage du grand Jean-Pierre Duclos) DTS-HD Master Audio Mono 2.0 sont de même acabit. Les deux versions délivrent leurs dialogues avec suffisamment d’ardeur et les ambiances annexes sont dynamiques. S’il fallait vraiment les différencier, la piste originale s’avère plus modérée, les voix des comédiens apparaissent plus fluides et les ambiances plus naturelles et homogènes. Dans les deux cas, aucun souffle intempestif n’est à déplorer, la propreté est de mise et la célèbre partition de Ron Goodwin est restituée avec fracas. Les sous-titres français ne sont pas imposés.

Crédits images : © Rimini Editions / MGM / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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