Test Blu-ray / Madame Bovary, réalisé par Claude Chabrol

MADAME BOVARY réalisé par Claude Chabrol, disponible en DVD et Blu-ray le 22 septembre 2021 chez Carlotta Films.

Acteurs : Isabelle Huppert, Jean-François Balmer, Christophe Malavoy, Jean Yanne, Lucas Belvaux, Christiane Minazzoli, Jean-Louis Maury, Florent Gibassier…

Scénario : Claude Chabrol, d’après le roman de Gustave Flaubert

Photographie : Jean Rabier

Musique : Matthieu Chabrol

Durée : 2h23

Année de sortie : 1991

LE FILM

Au XIXe siècle, fille d’un paysan normand, Emma Bovary a été élevée par les religieuses dans un couvent élégant avant d’épouser un officier de santé. Nourrie de lectures romanesques, elle aspire à des amours romantiques et une vie de luxe que ne lui apportent ni son mari ni la bourgeoisie terne et pontifiante de la ville. Elle devient la maîtresse d’un hobereau local qui l’abandonne, puis d’un clerc de notaire, ainsi que la proie d’un marchand d’étoffes sans scrupules.

« Ardente. Romanesque. Naïve. Rêveuse. Amoureuse. Passionnée. Exaltée. Secrète. Infidèle. Révoltée. Provocante. Audacieuse. Désespérée. C’est Emma Bovary. » (extrait de la bande-annonce). Madame Bovary : Moeurs de province, plus connu sous son titre abrégé Madame Bovary est un des livres les plus célèbres de Gustave Flaubert (1821-1880). Paru en 1857, il s’agit d’une des oeuvres majeures de la littérature française, qui vaudra à son auteur d’être poursuivi pour atteinte aux bonnes moeurs. Le cinéma s’est très vite inspiré de Madame Bovary, roman réaliste et psychologique, puisque la première adaptation connue remonte à 1932. Jean Renoir a lui-même transposé le roman de Flaubert en 1933 avec Valentine Tessier et parmi les adaptations les plus connues citons celle de Vincente Minnelli tournée en 1949 avec Jennifer Jones et James Mason. Si Bollywood s’en est aussi inspiré, tout comme Posy Simmonds avec son roman graphique Gemma Bovery, adapté en 2014 par Anne Fontaine, sans oublier la dernière transposition en date – 2015 donc – sous la direction d’une réalisatrice française, Sophie Barthes, avec la diaphane Mia Wasikowska dans le rôle-titre, l’une des moutures les plus célèbres demeure sans aucun doute celle sortie en 1991 de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert. Le réalisateur s’empare de ce monument, qui lui revenait pour ainsi dire de droit, et respecte scrupuleusement le texte de Flaubert, prenant le roman comme un scénario déjà tout prêt, Chabrol ayant souvent déclaré que l’écrivain avait toujours eu une prose cinématographique. Cette alliance parfaite entre un metteur en scène et sa comédienne font de Madame Bovary un des sommets de leurs carrières respectives.

1837. Le sage et insipide Charles Bovary s’installe comme officier de santé dans un petit village normand paisible. Au cours d’une visite chez l’un de ses patients, le médecin de campagne rencontre Emma Rouault, dont il s’éprend. Fille d’un riche paysan, la belle Emma rêve d’une vie à la fois brillante et pleine d’aventures. Aussi, lorsque Charles la demande en mariage, Emma, persuadée de faire un pas important vers la concrétisation de ses aspirations, accepte aussitôt. Mais très vite, sa vie plate et terne dans les bourgs de Normandie ennuie la jeune femme, et la naissance de sa fille Berthe – aussitôt mise en nourrice – n’y change rien. Lors d’un bal chez un nobliau, Emma découvre un autre monde, plus proche de celui de ses rêves. Parallèlement, pour tuer le temps, elle dépense tout l’argent de son époux en étoffes et bijoux, accumulant les dettes auprès du sinistre Lheureux.

« Flaubert était penché sur mon épaule. Il m’a beaucoup aidé. Son livre était écrit pour le cinéma. Tout y est, les sons, les gestes, les mouvements, je n’ai eu qu’à les suivre. […] Emma me poursuit depuis l’âge de treize ans. Avec elle, j’ai découvert l’amour et réussi mes examens. Chaque fois, que ce soit au bac ou au certificat de littérature française en Sorbonne, je suis tombé sur elle et ça m’a porté chance. C’est peut-être mon ange gardien. » – Claude Chabrol

Tout le roman de Gustave Flaubert se retrouve dans cette adaptation. On suit la jeune Emma (un pari pour Isabelle Huppert, déjà âgée de 37 ans) se marier et s’installer dans une petite ville de province. Une entrée violente dans le monde adulte. Emma va aller de désillusion en désillusion. Jeune femme naïve (mais pas tant que ça en fait), en apparence sensible et fragile, elle est animée d’une soif de vivre mais va se retrouver seule et coincée loin de Paris où elle rêve d’une vie mondaine. La comédienne est comme à son habitude parfaite et envoûtante, s’approprie ce personnage mythique et lui restitue toute son ambivalence, notamment quand Emma décide de tromper son ennui. Si l’empathie sera subjective avec le personnage, on ne peut s’empêcher d’avoir de la compassion pour cette femme, qui rêvait d’une vie de luxe et de plaisirs, et découvre alors la morne existence des épouses de notables.

Claude Chabrol, qui avait longtemps envisagé d’adapter le roman de Gustave Flaubert, mais qui n’avait de cesse de repousser ce projet qu’il considérait très risqué, reste évidemment très fidèle à l’esprit de l’écrivain, soigne sa reconstitution, sobre, mais très efficace, tout en dirigeant un merveilleux casting, Isabelle Huppert donc (leur troisième collaboration après Violette Nozière et Une affaire de femmes), mais aussi Jean-François Balmer (superbe dans le rôle de Charles Bovary, veuf et désireux de refaire sa vie), Christophe Malavoy (Rodolphe Boulanger), Lucas Belvaux (Léon Dupuis), Jean Yanne (M. Homais, le pharmacien), Jean-Louis Maury (M. Lheureux, le marchand de nouveautés), une petite apparition de Jean-Claude Bouillaud dans la peau de Monsieur Rouault, le père d’Emma, et les seconds et troisièmes rôles indispensables, impeccablement campés par les talentueux Jacques Dynam, Henri Attal, Dominique Zardi, Yves Verhoeven et la voix de François Périer, narrateur du film. Le cinéaste trouve immédiatement le ton juste et apporte constamment un vent de fraîcheur, qui reflète celui de la modernité de l’écrit de Gustave Flaubert, loin d’un académisme pompier.

Il est certes difficile au départ de s’attacher à cette héroïne accablée par la médiocrité de son époux et la morosité de son quotidien. Puis, quand Emma sombre indéniablement dans la dépression, ses failles se dévoilent, avant qu’elle ne devienne la proie du séduisant Rodolphe Boulanger, qui profitera de ses fantasmes pour mieux se l’approprier. Persuadée qu’elle devient l’un des personnages sentimentaux dont elle raffole, Emma se jette à corps perdu dans cette relation, jusqu’à ce que Rodolphe se lasse de son jouet, lui fasse miroiter leur évasion, avant de l’abandonner purement et simplement, la laissant désespérée. Après une autre possible relation, rattrapée par ses dettes secrètes, elle ne trouvera rien de mieux que de s’empoisonner. Quitte à ne pas avoir réussi sa vie, Emma compte bien partir en beauté. Mais même cela lui est refusé, car son agonie sera hideuse et surtout interminable, alors qu’elle désirait s’endormir paisiblement dans son sommeil.

Madame Bovary est un des aboutissements indiscutables de l’oeuvre prolifique et éclectique de Claude Chabrol, même si rétrospectivement parlant, celle de Flaubert avait déjà inspiré d’autres opus du réalisateur. Il branche sa mise en scène au diapason du coeur de son personnage principal, reflète son vertige durant le bal (fabuleuse séquence) dont elle a toujours rêvé en bouleversant son cadre, sans jamais la lâcher une seule seconde. Nul doute que Claude Chabrol n’aura jamais autant mis de lui-même que dans ce 44e long-métrage, succès critique et public, qui attirera 1,3 million de spectateurs dans les salles et vaudra à Isabelle Huppert le Prix d’interprétation féminine au Festival de Moscou. L’année suivante, continuant sur cette lancée, il signera à nouveau un autre fabuleux portrait de femme. Ce sera Betty.

LE BLU-RAY

Dernier Claude Chabrol en date à avoir eu les honneurs d’une restauration 4K avec Betty et Une affaire de femmes, Madame Bovary débarque dans une nouvelle édition DVD et pour la première fois en Blu-ray chez Carlotta Films. MK2 s’était occupé de la première édition en DVD dès 2001 et Carlotta reprend ici une grande partie des anciens suppléments. Le menu principal est fixe et musical. La jaquette est glissée dans un boîtier classique de couleur noire, lui-même glissé dans un surétui cartonné liseré rouge.

On commence par la présentation de Joël Magny (3’). L’historien du cinéma et critique (Les Cahiers du Cinéma), disparu en 2017, avait signé un ouvrage, sobrement intitulé Claude Chabrol, paru en 1987 aux éditions des Cahiers du Cinéma. Sur un montage d’images de Madame Bovary et des photogrammes tirés du film, il revenait ici sur la genèse de cette adaptation du roman de Gustave Flaubert, longtemps rêvée et toujours repoussée par Claude Chabrol, livre qui l’aura accompagné toute sa vie. Cette analyse rapide met en parallèle le personnage d’Emma Bovary avec les héroïnes des autres films de Claude Chabrol, mettant ainsi en évidence leurs relations étroites. Après plusieurs tentatives, le cinéaste décidait à 60 ans de sauter le pas, de peur de le regretter plus tard. Le casting, la fidélité absolue au roman (« rien de plus, rien d’autre et rien de moins »), l’accueil du public à sa sortie et la pérennité du film sont aussi abordés.

Nous trouvons ensuite cinq séquences tirées du film, commentées par Claude Chabrol lui-même en septembre 2000, dont celle du bal (36’). On aperçoit brièvement le cinéaste derrière son micro, puis on l’écoute avec attention, surtout quand il revient sur les partis-pris (« le film devait être vu à travers les yeux d’Emma et de temps en temps à travers ceux de Charles ») et ses intentions (« je voulais être absolument fidèle à Gustave Flaubert, respecter son découpage, son ironie perpétuelle, son rejet du romantisme qu’il détestait »), raconte moult anecdotes de tournage tout en rendant hommage une fois de plus à Isabelle Huppert.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

L’Image et le son

Madame Bovary apparaît pour la première fois en Haute-Définition en France, à travers un master entièrement restauré en 4K. Ce dépoussiérage sied aux partis-pris esthétiques du directeur de la photographie Jean Rabier (En toute innocence, Cold Sweat – De la part des copains, Une affaire de femmes, Le Scandale), dont on peut à nouveau apprécier les nuances, les contrastes, ainsi que le soin apporté aux décors et aux costumes. La copie est stable, très propre, le relief omniprésent, le piqué vif, la texture argentique fine et préservée. En dehors de quelques sensibles pertes de la définition, ce Blu-ray offre les meilleures conditions pour (re)découvrir le magnifique long-métrage de Claude Chabrol.

La piste DTS-HD Master Audio 1.0 s’en tire très bien avec une délivrance solide des dialogues, heureusement d’ailleurs, car Madame Bovary est un film assez bavard et il aurait été dommage de se retrouver face à des répliques peu intelligibles. Carlotta Films fournit également une piste Audiodescription, ainsi que les sous-titres français destinés aux spectateurs sourds et malentendants.

Crédits images : © Carlotta Films / MK2 / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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