Test Blu-ray / Aucun autre choix, réalisé par Park Chan-wook

AUCUN AUTRE CHOIX (Eojjeolsuga eobsda) réalisé par Park Chan-wook, disponible en DVD & Blu-ray le 11 juin 2026 chez ARP Sélection.

Avec : Lee Byung-Hun, Son Ye-jin, Cha Seung-Won, Park Hee-soon, Lee Sung-min, Yeom Hye-ran, Oh Dal-su, Woo Seung Kim…

Scénario : Park Chan-Wook, Lee Kyoung-mi, Lee Jahye & Don McKellar, d’après le roman Le Couperet de Donald Westlake

Photographie : Kim Woo-hyung

Musique : Cho Young-wuk

Durée : 2h15

Date de sortie initiale : 2025

LE FILM

Yoo Man-soo, ingénieur dans une usine à papier depuis 25 ans, est soudainement licencié. Il cherche alors à tout prix un nouvel emploi, pour protéger sa femme Mi-ri et leurs deux enfants. Il tente surtout de garder leur maison familiale qu’il avait rachetée avec beaucoup de difficultés. Il n’a d’autre choix que de préparer sa propre guerre contre les potentiels candidats d’une offre d’emploi dans une usine japonaise.

Alors celle-là, on ne s’y attendait pas ! Park Chan-wook livre une nouvelle adaptation du roman Le Couperet The Ax (publié en 1997), déjà transposé en 2005 par Costa-Gavras, mais à laquelle il pensait visiblement depuis le début des années 2000. S’il dédie son film à ce dernier, le réalisateur Coréen s’offre comme qui dirait une récréation avec sa propre version. Nous sommes ici en pleine fable sociale, une satire où Park Chan-wook décide une fois de plus de pousser les curseurs à fond pour illustrer son propos, avec cet homme, chômeur de longue durée, acculé financièrement, qui en vient à éliminer, autrement dit de faire passer de vie à trépas, les postulants les plus sérieux aux mêmes emplois que lui. Le cinéaste réduit le nombre de concurrents à trois (au lieu de six chez Costa-Gavras) et donc de nouvelles victimes potentielles dans Aucun autre choix, qui parvient à être à la fois fidèle au chef d’oeuvre de Donald Westlake et en même temps différent du film de Costa-Gavras. Mais il n’est pas interdit de préférer la première mouture et de trouver le temps long (euphémisme) devant Aucun autre choix, d’autant plus que l’attachement que l’on pouvait tout de même avoir pour le personnage joué par José Garcia il y a plus de vingt ans, n’est pas le même que pour celui, pourtant brillamment incarné par Lee Byung-hun (Joint Security Area, Trois Extrêmes, Le Bon, la Brute et le Cinglé, Squid Game). Dans le roman, l’écrivain y allait déjà à fond dans le cynisme et l’ironie, partis-pris conservés par Costa-Gavras dans sa version, qui flirtait avec le surréalisme, tout en restant les pieds bien ancrés sur terre, ce qui faisait ressortir son propos implacable. Park Chan-wook n’est pas connu pour sa subtilité et Aucun autre choix va encore plus loin, ce qui dessert évidemment sa critique sociale. On retrouve plus ou moins les mêmes situations cocasses, dues la plupart du temps à la maladresse de notre antihéros, car on ne s’improvise pas assassin du jour au lendemain (thème que Westlake a par ailleurs décliné à plusieurs reprises, comme dans Le Contrat), mais une fois lancé, difficile, voire impossible de reculer. On regarde Aucun autre choix avec un ennui poli après pourtant une très bonne installation, mais le rythme tend à s’essouffler rapidement et il n’est pas aisé de rester concentrer jusqu’au bout de ces (longues) 135 minutes.

You Man-su travaille comme cadre dans une usine de papier coréenne. Il a réussi sur tous les plans, est marié avec une femme qu’il aime, a deux enfants, un garçon ado et une fille, et deux énormes chiens. Comme il le dit lui-même : il a tout. Mais lorsque l’usine est rachetée par les Américains, une coupe de 20 % a lieu dans les effectifs. Licencié, il fait partie d’un groupe de soutien, censé l’aider à accepter la situation et à retrouver du travail. Mais 13 mois plus tard, il se fait à nouveau virer d’un emploi de manutentionnaire. Acculé, sur le point de perdre la maison, qui est celle de son enfance, il promet à sa fille qu’ils ne partiront pas. Et pour cela, il n’a pas le choix, il doit éliminer ses concurrents dans le domaine du papier. Il prétend alors vouloir monter sa propre boite et devoir sélectionner les 3 meilleurs candidats…

Je mène une guerre pour notre famille…

Les fans (et Dieu sait s’ils sont nombreux) du metteur en scène de Sympathy for Mister Vengeance (2002), de Old Boy (2003), de Lady Vengeance (2005) et du magnifique Mademoiselle (2016) reconnaîtront sa patte, son style, son cadre, sa folie, sa violence dans Aucun autre choix. Mais cette fois, il est peu aisé pour Park Chan-wook de passer après Costa-Gavras, car il lui manque la finesse, la nuance et la perspicacité de son aîné. En revanche, rien à redire sur la mise en scène, souvent virtuose, stylisée, sophistiquée, recherchée (certains diront maniérée), ni sur la beauté et l’élégance de la photographie de Kim Woo-hyung (déjà à l’oeuvre sur la série The Little Drummer Girl), Aucun autre choix est un film qui a de la gueule et qui flatte les rétines.

C’est juste que l’on se lasse étonnamment des actions de ce pauvre type qui tente de retrouver son bonheur perdu, malgré le soutien de son épouse (Son Ye-jin) qui malgré tout reste optimiste. Le gros problème d’Aucun autre choix provient donc plus du manque d’empathie pour les personnages, dont le dilemme est non pas opaque, mais peu stimulant. Le récit s’étire inutilement, l’ensemble est peu captivant, certaines scènes relancent heureusement la mécanique, mais pas pour longtemps et le tout se suit trop en pointillés.

Si la critique demeure, c’est évidemment grâce à la portée universelle et probablement intemporelle du livre de Donald Westlake, qui est heureusement conservée dans la version de Park Chan-wook, tout comme l’humour noir et féroce qui reflète l’entreprise tragi-comique, pour ne pas dire « burlesque » du personnage. Mais le traitement accordé à ce jeu de massacre peine à convaincre et notre préférence se tournera donc bel et bien vers la sobriété de Costa-Gavras.

LE BLU-RAY

Après M6 Vidéo (Decision to Leave, Mademoiselle), c’est au tour d’ARP Sélection de nous gratifier du dernier film en date de Park Chan-wook. Après un grand succès dans les salles (dont dix millions de dollars récoltés sur le sol américain et plus de 250.000 entrées chez nous), Aucun autre choix est disponible en DVD et en Blu-ray. Le disque HD repose dans un boîtier classique de couleur bleue, glissé dans une surétui cartonné, qui reprend le visuel de l’affiche originale d’exploitation. Le menu principal est animé et musical.

Aux côtés de la bande-annonce, nous trouvons un making of (9’), composé essentiellement de rapides photos et d’images de tournage, ainsi que de propos de l’équipe (acteurs, réalisateur, directeur de la photographie, chef décoratrice…). Un documentaire classique, mais plutôt efficace, qui rend compte de l’investissement des comédiens, aux côtés d’un metteur en scène toujours très à l’écoute de sa distribution.

L’Image et le son

On ne saurait faire mieux. Le cinéaste Park Chan-wook collabore à nouveau avec le chef opérateur Kim Woo-hyung (The Little Drummer Girl). Les partis pris esthétiques originaux sont magnifiquement rendus à travers ce Blu-ray d’une folle élégance. Le piqué est affûté, les contrastes fabuleusement riches, les détails sont abondants aux quatre coins du cadre, le relief est omniprésent, les couleurs éclatantes, bigarrées, tandis que le codec AVC consolide l’ensemble avec fermeté.

Nous n’attendions pas une immersion comme celle-là ! La piste DTS HD Master Audio 5.coréenne s’en donne à coeur joie dans la spatialisation musicale, les effets sur les latérales, une balance frontale percutante et un report saisissant des voix sur la centrale… Toutes les enceintes sont joliment mises à contribution et donnent vraiment l’impression d’accompagner les deux protagonistes sur la route.

Crédits images : © ARP Sélection / Captures Blu-ray : Franck Brissard pour Homepopcorn.fr

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